Semi-internat : solution humaine face au vieillissement

Avec le vieillissement rapide de la population, le semi-internat pour seniors émerge au Vietnam. Selon ce modèle, les aînés sont accueillis le jour et retrouvent leur foyer le soir. Une solution humaine qui allie soins professionnels, vie sociale active et maintien des liens familiaux.

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À Genki House, les seniors cuisinent ensemble pour renforcer leurs liens. 
Phôt : CTV/CVN

Le modèle de semi-internat est perçu comme une orientation humaine et parfaitement adaptée à la culture vietnamienne. Il offre aux aînés la possibilité de maintenir leur forme physique et cognitive, de cultiver des liens sociaux, tout en garantissant la cohésion familiale. Cette approche contribue ainsi à alléger le fardeau des aidants et à bâtir un écosystème durable de prise en charge des seniors.

M. Hiêu, un résident de Thu Duc à Hô Chi Minh-Ville, raconte les six années passées à s’occuper de sa mère de 85 ans, dont la mémoire décline. Excluant d’emblée l’idée de la placer en institution - considérant qu’il est du devoir filial de prendre soin de ses parents - il avait tenté l’option d’une aide à domicile facturée 15 millions de dôngs mensuels, mais sans être pleinement rassuré.

Aujourd’hui, M. Hiêu se montre très favorable au semi-internat : “Si un tel dispositif existait, où l’on dépose sa mère le matin pour la récupérer le soir, je serais preneur. Elle aurait un lieu d’activités, et je pourrais travailler sereinement”. Il insiste toutefois sur la nécessité de maintenir des coûts abordables, la plupart des aînés ne touchant pas de retraite. Il propose enfin que chaque localité ouvre sa propre “classe de jour”, en exploitant les infrastructures libérées par les fusions administratives.

À Hô Chi Minh-Ville, le Centre d’activités et de soins pour personnes âgées Genki House (quartier de Phu Thuân) fait figure de pionnier. Ses responsables soulignent que l’accompagnement des seniors dépasse largement la simple gestion de la nutrition et des traitements médicaux ; il exige une approche globale intégrant la santé, la psychologie et une grande compréhension de leurs attentes.

Une “école” pour la 3e jeunesse

Les besoins des aînés sont diversifiés : si certains requièrent un soutien spécialisé face à la démence ou à la maladie, d’autres, encore alertes, cherchent avant tout à vaincre l’isolement en trouvant une communauté. C’est pourquoi Genki House a été conçu comme une véritable “école pour les seniors”. Chaque matin, les participants sont déposés par leurs proches. Ils se rencontrent, socialisent, pratiquent des exercices physiques, s’engagent dans des activités culturelles et stimulent leurs capacités cognitives. Sur place, des professionnels de la santé jouent le rôle de “professeurs”, assurant le suivi médical. Le soir, ils retournent auprès des leurs.

Le principal atout de ce semi-internat réside dans l’équilibre qu’il procure : loin de l’isolement d’un établissement à temps plein, les personnes âgées profitent d’une vie communautaire en journée tout en préservant le réconfort du cercle familial le soir. Cette formule, qui respecte les traditions culturelles, répond parfaitement aux contraintes du milieu urbain, souvent dépourvu d’espaces de loisirs pour cette tranche d’âge. Elle permet, de surcroît, de lever la forte réticence culturelle face aux maisons de retraite, partagée par les aînés et leurs descendants.

Une pertinence socio-culturelle et économique

Personnes âgées participant à des activités ludiques pour stimuler leur mémoire. 
Photo : CTV/CVN

Le Dr. Dang Van Sang, directeur de l’École polytechnique de Hô Chi Minh-Ville, estime que le modèle de semi-internat est essentiel et parfaitement en phase avec le contexte socio-culturel vietnamien actuel. Il souligne que le placement permanent en maison de retraite suscite encore un sentiment de culpabilité, tandis que le semi-internat, plus flexible, garantit des soins professionnels en journée tout en préservant le lien familial le soir.

Le spécialiste ajoute que si la classe moyenne est de plus en plus disposée à investir dans des services de qualité, elle tient ardemment à préserver la tradition des “grands-parents à la maison”. Un autre avantage réside dans la possibilité, pour ces centres de jour, en collaboration avec les établissements de santé, d’assurer le suivi régulier des maladies chroniques, ce qui désengorgerait les hôpitaux et optimiserait l’efficacité des soins communautaires.

De son côté, Pham Thi My Lê, vice-présidente du Comité de représentation de l’Association des personnes âgées de Hô Chi Minh-Ville, salue les “classes de semi-internat” comme une excellente initiative. À l’image des enfants à la maternelle, elle insiste sur le besoin des aînés d’un lieu d’accueil sécurisé. Ainsi, les parents sont pris en charge pour les repas et la socialisation, permettant à leurs enfants de travailler l’esprit tranquille. Elle met néanmoins en garde : tous les aînés ne sont pas prêts à franchir le pas, et le coût reste un facteur déterminant, limitant ce modèle aux familles aisées ou à celles sans aidant familial direct.

Néanmoins, des défis majeurs persistent : le manque de personnel qualifié en gériatrie et en travail social, la nécessité d’une évolution des mentalités, l’impératif de soutien financier pour les aînés à faible revenu, sans oublier la logistique du transport quotidien, souvent contraignante pour les familles aux horaires chargés ou résidant loin.

“Le semi-internat a un potentiel immense au Vietnam, mais son essor à grande échelle dépendra de la levée simultanée des barrières de percep-tion, des limites d’infrastructure et, fondamentalement, de la question des ressources humaines”, résume le Dr. Sang. Il conclut : “Avec un soutien étatique en politique, l’encouragement de la privatisation et la mise en place de transports publics adaptés, ce modèle est viable et pourrait se développer fortement d’ici 10 à 20 ans, compte tenu de l’accélération du vieillissement”.

Un représentant de Genki House plaide d’ailleurs pour un partenariat public-privé solide. Il exhorte l’État à mettre en place des politiques d’accompagnement : programmes de promotion des services, subventions pour l’acquisition ou la location de terrains, priorité à la formation de personnel spécialisé, et campagnes de communication pour mieux sensibiliser la population à la prise en charge des aînés.

Pour le développement, le Dr. Sang suggère au Vietnam d’adopter une approche hybride : s’inspirer des modèles de financement japonais, de la gestion locale coréenne et de l’approche personnalisée européenne, tout en l’adaptant à la réalité socio-culturelle nationale. L’intégration de ces services de jour au système de protection sociale, associée à des aides financières et à un maillage de proximité (via les centres de santé ou maisons de la culture), réduirait les coûts. Enfin, l’usage de la technologie - comme la télésurveillance de la santé et le partage de données entre centres et structures médicales - est jugé indispensable pour optimiser la qualité des soins.

Dan Phuong - Huong Linh/CVN

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