"Tant que la langue vietnamienne vivra, il existera un chemin vers les racines"

La Résolution n°23-NQ/TW place, pour la première fois de manière explicite, la préservation et la diffusion de la langue vietnamienne auprès des jeunes Vietnamiens de l’étranger parmi les priorités de la politique à l’égard de la diaspora.

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Pour Nguyên Duy Anh, membre du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam au Japon et secrétaire général du Réseau mondial pour l'enseignement de la langue et de la culture vietnamiennes, la langue constitue bien plus qu’un outil de communication : elle est un fil culturel qui relie les générations à leurs racines. De l’adaptation des méthodes pédagogiques à la création d’un écosystème mondial, il plaide pour que les jeunes de la diaspora deviennent eux-mêmes des acteurs de la transmission de la langue et de la culture vietnamiennes. Rencontre avec lui afin de mieux comprendre cette question. 

La Résolution n°23-NQ/TW fait pour la première fois de manière très explicite de la préservation et de la diffusion de la langue vietnamienne auprès des jeunes Vietnamiens de l’étranger une mission importante. Au regard des activités du Réseau, quelle est, selon vous, la principale signification du maintien de la langue vietnamienne pour renforcer le lien entre les jeunes générations de la diaspora et leurs racines ?

En tant que Vietnamien vivant à l’étranger et engagé dans les activités communautaires, je considère que la principale signification du maintien de la langue vietnamienne est de préserver le lien entre les générations et de maintenir ouvert, pour les jeunes générations, le chemin qui les relie à leurs racines et à leur identité nationale.

Nguyên Duy Anh, membre du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam au Japon et secrétaire général du Réseau mondial pour l'enseignement de la langue et de la culture vietnamiennes. Photo : NVCC/CVN

Un enfant qui parle encore vietnamien peut continuer à échanger avec ses grands-parents, comprendre les berceuses de sa mère et les histoires de sa famille. La maîtrise du vietnamien lui ouvre également une porte vers l’histoire, la culture, les traditions, la littérature et les arts de son pays d’origine, et lui permet de mieux comprendre d’où il vient.

À travers notre expérience au Japon et nos échanges avec les communautés vietnamiennes dans de nombreux pays, nous constatons que le vietnamien n’est pas seulement une langue de communication. Il constitue également une composante de l’identité culturelle. Pour les deuxième et troisième générations nées à l’étranger, cette dimension revêt une importance particulière, car leur environnement de vie, leur système éducatif et la langue qu’elles utilisent principalement sont ceux de leur pays de résidence.

Je suis particulièrement favorable au fait que la Résolution n°23 inscrive la préservation de la langue vietnamienne dans une vision plus large : celle d’une communauté vietnamienne à l’étranger attachée à son pays d’origine, tout en étant pleinement intégrée et en contribuant activement à la société dans laquelle elle vit.

Il ne s’agit pas de choisir entre intégration et préservation de l’identité. L’objectif doit être d’aider les jeunes Vietnamiens de l’étranger à devenir de bons citoyens dans leur pays de résidence, tout en connaissant, en aimant et en étant fiers de leurs origines vietnamiennes. La langue vietnamienne constitue l’un des fondements essentiels de ce lien.

Dans les faits, de nombreux jeunes Vietnamiens nés et ayant grandi à l’étranger utilisent de plus en plus la langue de leur pays de résidence, au détriment du vietnamien. Selon vous, quels sont les principaux obstacles au maintien du vietnamien chez les deuxième et troisième générations, et quelle approche permettrait de les aider à apprendre la langue de manière naturelle, volontaire et durable ?

Je pense qu’il faut avant tout considérer cette situation comme une conséquence naturelle du processus d’intégration, plutôt que de l’interpréter simplement comme un manque de volonté des jeunes d’apprendre le vietnamien.

Un enfant né au Japon, en République de Corée, en France ou aux États-Unis passe la majeure partie de son temps à l’école et dans son environnement social en utilisant la langue du pays de résidence. Le vietnamien est généralement limité à la sphère familiale ou à quelques heures de cours le week-end.

À travers nos échanges avec des enseignants et des parents dans différents pays, nous avons identifié trois grandes difficultés.

Premier examen en ligne d’évaluation des compétences en vietnamien destiné aux étrangers, le 15 août à Osaka (Japon).
Photo : Nguyên Tuyên/VNA/CVN

La première est le manque d’un environnement permettant d’utiliser régulièrement le vietnamien. La deuxième tient au fait que les supports pédagogiques et les méthodes d’enseignement ne sont pas toujours adaptés aux enfants qui grandissent dans un environnement multilingue. La troisième concerne la motivation : si le vietnamien est perçu uniquement comme une matière supplémentaire imposée le week-end, il est très difficile pour les enfants de maintenir leurs efforts sur le long terme.

Il faut donc, à mon sens, passer d’une logique consistant à "enseigner le vietnamien" à une logique visant à "créer un environnement dans lequel les enfants ont envie d’utiliser le vietnamien".

La langue doit sortir de la salle de classe. Les enfants peuvent l’apprendre à travers la musique, les jeux, la cuisine, l’ao dài, l’histoire familiale, les voyages à la découverte de leurs racines, les concours d’éloquence, la réalisation de vidéos ou encore le fait de raconter à des amis étrangers une histoire sur le Vietnam.

Dans les activités du Réseau, nous nous efforçons toujours d’associer l’apprentissage de la langue à des expériences culturelles. Lors des activités destinées aux enfants et aux adolescents, ils utilisent le vietnamien pour présenter leur pays d’origine, se produire sur scène, raconter des histoires et échanger avec les autres. Le vietnamien n’est alors plus un "devoir", mais devient un moyen pour eux d’exprimer leur propre identité.

Pour qu’un enfant conserve sa langue, il faut avant tout lui donner une raison de l’aimer et d’avoir envie de la parler. Je considère que c’est un point de départ essentiel.

Vous avez participé à la constitution de bibliothèques, à la distribution de supports pédagogiques et à la mise en réseau d’activités d’enseignement du vietnamien auprès des communautés vietnamiennes dans différents pays. Selon vous, comment les supports pédagogiques et les méthodes d’enseignement doivent-ils évoluer pour mieux répondre aux besoins des enfants vietnamiens qui grandissent dans un environnement multilingue ?

Il faut, avant tout, établir un constat très clair : les enfants vietnamiens nés et élevés à l’étranger ont un profil linguistique différent de celui des enfants scolarisés au Vietnam. Nous ne pouvons donc pas simplement transposer à l’étranger une méthode ou un manuel conçu pour les enfants vivant au Vietnam.

Au cours d’une année d’activité, le Réseau a organisé des programmes de formation en ligne pour plus de 500 participants dans plusieurs pays, ainsi que des formations et des tables rondes en présentiel au Laos, en Thaïlande, à Taïwan (Chine) et en République de Corée. Nous avons ainsi constaté que la demande de supports pédagogiques adaptés aux enfants multilingues est considérable.

À mon sens, les supports pédagogiques doivent évoluer dans trois directions.

Primo, ils doivent être structurés selon le niveau de maîtrise du vietnamien plutôt que selon le seul critère de l’âge. Un enfant de 10 ans peut être débutant en vietnamien, tandis qu’un enfant plus jeune peut déjà communiquer relativement bien dans cette langue au sein de sa famille.

Secundo, l’apprentissage de la langue doit être étroitement associé à celui de la culture. Une leçon de vocabulaire peut être accompagnée d’une histoire sur le Têt traditionnel, la Fête de la mi-automne, l’ao dài, la cuisine vietnamienne, les paysages emblématiques ou une figure historique. Lorsque les enfants comprennent le contexte culturel d’un mot, ils mémorisent naturellement mieux la langue.

Tertio, il faut accélérer le développement des supports numériques et des méthodes interactives. Aux côtés des livres, nous avons besoin de vidéos, de contenus audio, de jeux, de cartes pédagogiques, d’applications et de contenus courts adaptés aux modes d’apprentissage des jeunes générations.

La publication, avec la participation du Réseau, de la collection en deux volumes Vui học tiếng Việt (Apprendre le vietnamien en s’amusant) - s’inscrit précisément dans cette démarche : l’apprentissage du vietnamien doit être accessible, ludique et source d’émotions positives pour les enfants.

Nguyên Duy Anh (droite) remis le livre Vui học tiếng Việt aux élèves à l'occasion de l'ouverture des cours de langue vietnamienne en République de Corée.
Photo : NVCC/CVN

À plus long terme, nous souhaitons progressivement constituer une plateforme commune de ressources pédagogiques en vietnamien, afin qu’un enseignant au Japon, au Laos ou en France, ou qu’un parent dans n’importe quel pays, puisse accéder à des supports adaptés, de qualité et régulièrement actualisés.

La Résolution n°23 insiste sur la construction d’un "écosystème durable de connexion" entre les Vietnamiens de l’étranger. Au regard de l’expérience du Réseau, comment imaginez-vous l’organisation d’un réseau mondial pour l’enseignement du vietnamien et la préservation de la culture vietnamienne, afin que les enseignants, les parents, les associations et les jeunes eux-mêmes puissent devenir des acteurs de la préservation de la langue ?

À mon sens, le mot-clé est ici celui d’"écosystème". Cela signifie qu’aucun enseignant, aucune classe et aucune association ne doit être laissé seul dans sa mission de préservation du vietnamien.

À partir de l’expérience acquise au cours de la première année de construction du Réseau, nous estimons que cet écosystème doit associer au moins quatre catégories d’acteurs : les organismes au Vietnam et les représentations vietnamiennes à l’étranger ; les enseignants et les experts ; les associations et les familles ; et, surtout, les jeunes Vietnamiens de l’étranger.

Chaque acteur a un rôle différent. Les institutions publiques définissent les orientations, mettent en place les mécanismes nécessaires et facilitent la mobilisation des ressources ; les experts et les enseignants apportent leur expertise et élaborent les supports pédagogiques ; les associations créent un environnement communautaire ; les familles font vivre le vietnamien au quotidien. Quant aux jeunes, ils ne doivent pas être considérés uniquement comme des "apprenants", mais comme de véritables acteurs de la création et de la diffusion de la langue vietnamienne.

Nous proposons actuellement plusieurs initiatives concrètes. La première consiste à mettre en place une "Carte mondiale du vietnamien", afin de recenser progressivement les enseignants, les classes, les centres, les associations et les ressources consacrés à l’enseignement du vietnamien dans les différentes communautés.

Notre ambition est très simple : où qu’une famille vietnamienne s’installe, elle doit pouvoir trouver une structure permettant à ses enfants de poursuivre leur apprentissage du vietnamien.

Il s’agit également de constituer une bibliothèque numérique commune de ressources pédagogiques, de maintenir des programmes de formation pour les enseignants et de faire émerger des "pôles vietnamiens" au sein de chaque communauté.

Infographie : VNA/CVN

Nous souhaitons tout particulièrement développer le programme "Je suis ambassadeur de la langue et de la culture vietnamiennes", destiné à mettre en relation de jeunes Vietnamiens attachés à leur langue dans le monde entier. Ils pourraient raconter des histoires, réaliser des vidéos, participer à des concours d’éloquence et présenter la culture, l’histoire, la gastronomie ou le patrimoine du Vietnam dans leur propre langue et avec les codes d’expression de leur génération.

Lorsque l’État, la communauté et les familles créent ensemble les conditions nécessaires, et que les jeunes se voient confier un véritable rôle d’acteurs, je suis convaincu que cet écosystème pourra se développer durablement.

Si l’on considère le vietnamien non seulement comme une langue, mais aussi comme un "fil culturel" reliant les générations de Vietnamiens à travers le monde, quels changements concrets espérez-vous que la Résolution n°23 permettra d’apporter à l’enseignement et à l’apprentissage du vietnamien à l’étranger au cours des cinq à dix prochaines années ?

Ce que j’espère avant tout, c’est que, dans les cinq à dix prochaines années, nous puissions passer de quelques "initiatives remarquables" isolées à un système mondial d’accompagnement de l’enseignement du vietnamien, véritablement connecté et durable.

Aujourd’hui, dans de nombreux pays, des enseignants, des parents et des associations se consacrent avec beaucoup de passion à la préservation du vietnamien. Beaucoup accomplissent cette mission presque exclusivement par amour de la langue et par sens des responsabilités envers leur communauté. Si la Résolution n°23 est concrétisée à travers des programmes, des ressources et des mécanismes de coordination adaptés, ces initiatives individuelles pourront être mises en réseau afin de constituer une véritable force collective.

J’espère, en premier lieu, que nous pourrons mettre en place un réseau de données recensant les établissements et les classes de vietnamien à l’étranger, ainsi qu’un système de ressources pédagogiques de qualité accessible aux enseignants et aux parents.

Secundo, il faut mettre en place des mécanismes de formation, de perfectionnement et de reconnaissance des enseignants de vietnamien à l’étranger. À mes yeux, ils sont de véritables "relais culturels", qui font vivre directement la langue vietnamienne au sein des communautés et qui ont besoin d’un accompagnement durable.

Tertio, la technologie permettra de créer un espace d’apprentissage du vietnamien qui ne sera plus limité par les frontières géographiques. Un enfant vivant dans une région où il n’existe pas de cours de vietnamien pourra néanmoins apprendre en ligne, accéder à des ressources numériques et entrer en contact avec de jeunes Vietnamiens d’autres pays.

Mais mon attente la plus profonde concerne l’évolution de la jeune génération. Dans cinq ou dix ans, le succès ne devra pas seulement se mesurer au nombre de nouvelles classes ouvertes ou de nouveaux manuels publiés, mais au nombre de jeunes Vietnamiens vivant à l’étranger qui auront envie de parler vietnamien, qui seront fiers de le parler et qui utiliseront spontanément cette langue pour raconter le Vietnam au monde.

Si nous y parvenons, le vietnamien ne sera pas seulement "préservé". Il continuera à vivre, à évoluer et à se transmettre d’une génération à l’autre au sein de la communauté vietnamienne mondiale.

Et je suis profondément convaincu d’une chose : tant que la langue vietnamienne vivra, il existera un chemin vers les racines ; tant que la culture vietnamienne vivra, l’identité vietnamienne perdurera. C’est aussi le fondement qui permettra à la communauté vietnamienne à l’étranger de devenir toujours plus unie et forte, de réussir son intégration tout en restant profondément attachée à sa patrie et à son pays d’origine.

Propos recueillis par Thanh Tuê/CVN

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