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>> Bol de la culture Hoa Lôc et statuettes polychromes reconnus trésors nationaux
Souvent considérés comme des artefacts rares, conservés dans de grands musées sous des conditions strictes et rarement accessibles au public, les Trésors nationaux connaissent aujourd’hui une nouvelle dynamique. Un récent événement à Hô Chi Minh‑Ville illustre une tendance croissante : au‑delà des institutions publiques, une partie du patrimoine d’exception du pays est désormais préservée et valorisée grâce aux ressources sociales.
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| Cérémonie annonçant la reconnaissance, par décision du Premier ministre, du bol sur pied en céramique Hoa Lôc et de l'ensemble de statues polychromes de Tam Quan Đại Đế comme Trésors nationaux. |
| Photo : Quang Châu/CVN |
Empreintes culturelles des trésors
La reconnaissance de deux artefacts - un bol sur pied en céramique de la culture Hoa Lôc et une collection de statues polychromes de Tam Quan Đại Đế - comme Trésors nationaux ne se limite pas à enrichir le patrimoine de Hô Chi Minh‑Ville. Elle met aussi en lumière le rôle croissant des collectionneurs et des musées privés dans la préservation et la diffusion des valeurs culturelles.
Par la décision N°236 du 3 février 2026, le Premier ministre a inscrit 30 objets et ensembles d’objets au rang de Trésors nationaux lors de la 14e reconnaissance officielle. Parmi eux, la mégapole du Sud en compte deux. Bien qu’issus de contextes culturels différents et séparés par des millénaires, ces artefacts témoignent de la profondeur et de la continuité de la culture vietnamienne.
Le bol sur pied en céramique de la culture Hoa Lôc, daté d’environ 4.000 à 3.800 ans, est conservé au Musée de la céramique de la période fondatrice du pays, un établissement privé créé par l’acteur et collectionneur Pham Gia Chi Bao. L’objet provient de la région de Côn Sau Cho, district de Hâu Lôc, dans l’ancienne province de Thanh Hoa.
Cette antiquité impressionne par l’harmonie de ses proportions : un large bol reposant sur un pied élancé. Façonné selon la technique du colombin combinée au tour, il présente un décor riche et varié organisé en bandes. Resté presque intact, il constitue une source scientifique précieuse pour l’archéologie et l’étude de l’art ancien.
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| Visiteurs présents à la cérémonie d'annonce. |
| Photo : Nhât Nam/CVN |
Héritages esthétiques et croyances populaires
Pour Pham Gia Chi Bao, directeur du Musée de la céramique de la période fondatrice du pays, la valeur du bol sur pied ne réside pas seulement dans son ancienneté. Elle tient aussi aux éclairages qu’il apporte sur l’histoire de l’esthétique vietnamienne. "À travers les motifs, les formes et les matériaux, nous percevons des sensibilités esthétiques très précoces des Vietnamiens. Sur ces bases, les courants céramiques ultérieurs du Sud‑Est, puis la céramique Cây Mai de Saïgon - Gia Dinh, ont poursuivi et enrichi cet héritage", explique le collectionneur.
Si le bol de Hoa Lôc évoque la vie des communautés préhistoriques, l’ensemble de statues polychromes de Tam Quan Đại Đế plonge, lui, dans l’univers des croyances populaires du Sud du Vietnam à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Cet ensemble appartient à la collection privée de Lê Thanh Nghia, président de l’Association des antiquités de Hô Chi Minh‑Ville. Il réunit neuf statues en céramique polychrome, réalisées dans le four Buu Nguyên, l’un des centres de production artistique les plus réputés de l’ancien Saïgon - Cho Lon.
D'après Lê Thanh Nghia, ces statues illustrent le culte des Trois Grandes Divinités (Tam Quan Đại Đế) - Thủy Quan (Eau), Thiên Quan (Ciel) et Địa Quan (Terre) - entourées de leurs serviteurs. Chaque détail, des costumes aux trônes en passant par les attributs rituels, reflète l’organisation de la cour féodale et traduit une conception de l’ordre cosmique et de la justice dans la vie spirituelle.
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| Lê Thanh Nghia, président de l'Association des antiquités de Hô Chi Minh‑Ville, devant des statues polychromes de Tam Quan Đại Đế (Trois Grandes Divinités). |
| Photo : Quang Châu/CVN |
Quand les ressources sociales participent à la préservation du patrimoine
Toujours selon Lê Thanh Nghia, le culte de Tam Quan Đại Đế est le fruit d’un long processus d’échanges et d’acculturation au sein des communautés du Sud. "Il s’agit d’une synthèse entre le taoïsme, les croyances populaires et les éléments autochtones. Cette combinaison a façonné une culture du Sud diverse, ouverte et dynamique", souligne‑t‑il.
La reconnaissance de ces deux artefacts, issus de périodes historiques différentes, comme Trésors nationaux enrichit le patrimoine culturel de Hô Chi Minh‑Ville. Mais elle met surtout en évidence le rôle croissant des organisations et des collectionneurs privés dans la préservation du patrimoine, aux côtés des musées publics.
Pour Nguyên Minh Nhut, directeur adjoint du Service municipal de la culture et des sports, l’établissement d’un dossier de reconnaissance repose uniquement sur la valeur historique et culturelle des objets, indépendamment de leur statut de propriété. "De nombreux vestiges et antiquités d’une valeur exceptionnelle sont encore conservés au sein des communautés. La coopération entre autorités publiques et collectionneurs privés permet de les étudier, de les expertiser et de les mettre en valeur", explique‑t‑il.
Selon M. Nhut, la mégalopole compte aujourd’hui 25 Trésors nationaux sur un total de 357 à l’échelle du pays, soit près de 8%. Un chiffre qui illustre le potentiel considérable des ressources patrimoniales conservées dans la société.
Ces dernières années, le Service de la culture et des sports de Hô Chi Minh‑Ville a travaillé avec des collectionneurs, des scientifiques et des experts pour constituer trois dossiers de demande de reconnaissance, tous couronnés de succès. Au‑delà de la découverte et de la conservation d’objets précieux, l’implication des ressources sociales offre des approches plus souples et rapproche le patrimoine du public.
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| Ensemble de neuf céramiques multicolores du four de Buu Nguyên, réparties en trois groupes représentant les divinités de l’Eau, du Ciel et de la Terre, accompagnées de leurs serviteurs. |
| Photo : Nhât Nam/CVN |
Responsabilité et transmission du patrimoine
La reconnaissance d’un objet comme Trésor national s’accompagne aussi d’une responsabilité accrue pour son propriétaire.
Aux yeux du collectionneur Pham Gia Chi Bao, la reconnaissance du bol sur pied de Hoa Lôc comme Trésor national a immédiatement renforcé les exigences en matière de sécurité, de conservation et de transport. "Tout déplacement vers un autre lieu d’exposition doit respecter des procédures strictes et se faire en coordination avec les autorités afin de garantir une sécurité absolue", précise‑t‑il.
De son côté, Lê Thanh Nghia estime que la reconnaissance de l’ensemble Tam Quan Đại Đế accroît son sens des responsabilités dans la préservation du patrimoine. "Ce n’est pas seulement une fierté personnelle. Dès lors qu’il est reconnu, cet ensemble ne relève plus du domaine privé, mais devient une part de la mémoire collective du pays", souligne‑t‑il.
Pour les collectionneurs, l’ouverture d’espaces d’exposition, l’organisation de colloques et le partage de ressources documentaires avec les chercheurs permettent aux Trésors nationaux non seulement d’être conservés, mais aussi de continuer à "vivre" dans la culture contemporaine. "Nous espérons que nos modestes efforts contribueront à rapprocher le patrimoine du public, en particulier des jeunes générations", ajoute Pham Gia Chi Bao.
Dans un contexte où les ressources sociales jouent un rôle croissant dans la préservation du patrimoine, la reconnaissance des Trésors nationaux dépasse la seule valorisation du passé. Elle permet à ces objets anciens de rester présents dans la vie actuelle, devenant ainsi des passerelles entre histoire, culture et communauté.
Quang Châu/CVN







