Quand le ballet contemporain touche aux matériaux de la culture vietnamienne

De retour à l’affiche à Hanoï le 29 mars prochain, le ballet contemporain ne se limite pas à une expérimentation artistique : il s’impose comme une véritable déclaration esthétique, faisant de la culture vietnamienne une structure créative à part entière dans le langage du ballet international.

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La rencontre avec la presse sur la présentation du ballet contemporain Dó, le 17 mars au Temple de la Littérature (Văn Miếu - Quốc Tử Giám) à Hanoï.

Le 29 mars au soir, au théâtre de Hô Guom (Hanoï), le ballet contemporain  fera son retour après sa première création, avec l’ambition d’élargir le champ des possibles de la danse vietnamienne dans l’espace globalisé.

L’œuvre est initiée par Thanh Productions, en collaboration avec la délégation de l’Union européenne au Vietnam et le Théâtre national d’Opéra et de Ballet du Vietnam.

S’exprimant lors d’une rencontre avec la presse, tenue le 17 mars à la capitale, l’ambassadeur de l’UE au Vietnam, Julien Guerrier, a souligné le dialogue culturel.

L'ambassadeur de l’UE au Vietnam, Julien Guerrier, à la rencontre avec la presse, le 17 mars dans la capitale.

Il a insisté que la création de la force et la portée du ballet ont permis de démontrer que la culture peut dépasser les frontières, adopter de nouvelles formes et nourrir la créativité des artistes.

D'après lui, une œuvre classique européenne, née il y a plus de trois siècles, ont trouvé ici une nouvelle expression grâce à l’imagination remarquable des artistes vietnamiens, donnant naissance à une création entièrement inédite. "C’est là quelque chose de très singulier", apprécie-t-il.

Au-delà de sa dimension artistique,  constitue également selon lui une illustration concrète des relations entre l’UE et le Vietnam : "Il s’agit d’un lien entre les individus, d’une source d’inspiration entre les communautés. C’est ainsi que nous identifions des pistes de coopération, afin de promouvoir la culture et de renforcer les échanges entre nos deux régions…".

Quand le ballet "s’ancre au sol" : vers une recomposition esthétique

S’inspirant d’objets du quotidien rural vietnamien - nasses, éventails en papier, nattes ou papier dó -  ne se contente pas de mettre en scène la culture vietnamienne : il en fait un véritable langage du corps.

La singularité de l’œuvre réside dans son renversement de l’esthétique classique du ballet. Là où le ballet européen privilégie l’élévation et l’apesanteur,  ramène le corps vers la terre : centre de gravité abaissé, mouvements de torsion, d’enroulement et de glissement deviennent dominants.

Le ballet cesse alors d’être un art de l’élévation pour devenir un art de la mémoire - une mémoire inscrite dans le corps, rythmée par la civilisation rizicole.

La partition repose sur une recomposition contemporaine des Quatre Saisons de Antonio Vivaldi, réalisée par Max Richter.

Ce choix traduit une approche claire : considérer la musique classique non comme un patrimoine figé, mais comme une matière vivante, susceptible d’être réinterprétée et recontextualisée.

Dans , Vivaldi n’est plus uniquement européen : il est réécouté à travers une sensibilité asiatique, marquée par la circularité, la fluidité et la profondeur.

"Vietnamiser" le ballet de l’intérieur

Sous la direction de la metteuse en scène Huong Na Trân, accompagnée des chorégraphes Phan Luong et Vu Ngoc Khai, le spectacle se déploie comme une expérience sensorielle globale. Une vingtaine de danseurs réinterprètent des gestes du quotidien - jeter un filet, poser une nasse, porter de l’eau, repiquer le riz - transformés en un langage chorégraphique abstrait.

Le chorégraphe Phan Luong exécute certains des mouvements utilisés dans la pièce.

Évoquant la genèse du projet, Huong Na Trân explique : "L’œuvre est née d’un amour profond pour le pays, pour ses habitants et pour les strates culturelles accumulées au fil du temps. À partir de figures typiquement vietnamiennes comme le personnage de Tễu, la nasse, le dieu Nông ou la natte, nous avons extrait une matière que nous avons transposée dans le langage de la danse…".

Selon le chorégraphe Phan Luong, le choix du style néo-classique - fusion entre ballet académique et danse contemporaine - impose une exigence technique élevée : "À partir de ces éléments, nous avons opté pour une esthétique néo-classique… Elle exige des interprètes à la fois une solide technique de ballet et une maîtrise du langage contemporain…".

De son côté, Vu Ngoc Khai souligne la complexité de cette hybridation : "Sur scène, les danseurs doivent évoluer sur pointes tout en mobilisant le haut du corps dans un esprit contemporain, tout en conservant la finesse et la souplesse des gestes…".

Au-delà du spectacle : une interrogation sur l’identité

Au-delà de sa dimension scénique,  pose une question fondamentale : comment s’inscrire dans la mondialisation sans perdre son identité culturelle ? Pour Hô Anh Tuân : "Dó n’est pas seulement un spectacle, c’est une manière pour la culture vietnamienne de faire entendre sa voix dans le langage artistique global…".


La réponse apportée par  ne relève pas du manifeste, mais d’un choix esthétique : lorsque la culture devient une structure interne de l’œuvre, le "Made in Vietnam" dépasse l’indication d’origine pour devenir une valeur créative.

Dans le mouvement actuel des industries culturelles,  n’est peut-être pas un aboutissement, mais il constitue sans conteste une avancée audacieuse - ouvrant une nouvelle voie pour le ballet vietnamien à l’ère de la mondialisation.

La représentation du 29 mars au théâtre de Hô Guom apparaît ainsi non seulement comme un événement artistique, mais comme un test grandeur nature pour l’émergence d’un langage artistique vietnamien, où le patrimoine ne relève plus du passé, mais devient moteur de création tourné vers l’avenir.

Pour toute information concernant les billets, veuillez consulter le site https://ticketgo.vn/event/vo-ballet-duong-dai-do-do-show

Texte et photos : TP - Câm Sa/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

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