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| Libellule en bambou, symbole du savoir-faire de Thach Xa. |
À l’ouest de Hanoï, dans la commune de Tây Phuong, le village de Thach Xa est connu pour un objet aussi modeste qu’étonnant : la libellule en bambou. Derrière ses couleurs vives et sa silhouette légère se cache un savoir-faire qui a fait la réputation du village bien au-delà de ses frontières.
Le particulier de cette création réside dans sa capacité à tenir en équilibre sur un point d’appui minuscule. Un doigt, une branche ou le bord d’une bouteille suffisent pour la maintenir en suspension. Cette apparente simplicité est pourtant le résultat d’un travail d’une grande précision, où chaque détail compte.
Parmi les familles qui ont accompagné l’essor de cette activité figure celle de Đô Van Liên, 61 ans, et de son épouse Nguyên Thi Xoan, propriétaires de l’atelier Liên Xoan. Assis au milieu des tiges de bambou et des pièces fraîchement peintes, l’artisan se souvient avec précision des débuts de l’aventure.
Tout commence en 2001. À cette époque, sa famille vend des souvenirs aux visiteurs. Un jour, un client lui montre un jouet fonctionnant grâce à un mécanisme d’équilibre. Intrigué, M. Liên l’observe attentivement avant de tenter d’en reproduire le principe avec les matériaux dont il dispose.
“J’ai essayé de fabriquer un modèle similaire à partir de bambou. Au départ, c’était simplement pour voir si j’en étais capable”, raconte-t-il.
L’essai est concluant. De fil en aiguille, la fabrication de libellules devient une activité régulière puis une véritable source de revenus. D’autres habitants suivent l’exemple et développent à leur tour leurs ateliers.
Commerce électronique
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Pendant de nombreuses années, cependant, le marché reste limité. Les ventes dépendent essentiellement des touristes ou des commerçants qui revendent les produits ailleurs. La notoriété du village se construit lentement, portée par le bouche-à-oreille.
“Nous vendions directement à l’atelier. Les personnes qui connaissaient nos produits étaient peu nombreuses”, se souvient M. Liên.
L’arrivée des réseaux sociaux marque un tournant. Au cours de la dernière décennie, les reportages télévisés, les articles de presse et les plateformes numériques contribuent à faire connaître les libellules de Thach Xa à un public beaucoup plus large. “Grâce aux médias et à Internet, des gens de toutes les régions du pays ont découvert notre métier”, explique l’artisan.
Aujourd’hui, Facebook, TikTok ou Shopee sont devenus des outils de promotion incontournables. Pour les ateliers familiaux, ils offrent la possibilité de présenter directement leurs produits sans dépendre exclusivement des intermédiaires. Cette évolution est particulièrement visible chez les jeunes générations.
À 32 ans, Đô Van Kiên, fils de M. Liên, s’occupe du développement commercial de l’atelier. Son travail ne consiste pas à fabriquer les libellules mais à leur ouvrir les portes du marché numérique.
“Depuis que nous vendons sur TikTok Shop et Shopee, nous touchons davantage de clients et recevons plus de commande”, explique-t-il.
Selon lui, le commerce en ligne a profondément modifié la manière dont les consommateurs découvrent le produit. Autrefois, les acheteurs voyaient la libellule lors d’un voyage ou dans une boutique de souvenirs. Désormais, ils la découvrent depuis leur téléphone portable.
Cette visibilité permet aussi d’atteindre de nouveaux segments de clientèle, notamment les entreprises à la recherche de cadeaux ou les particuliers souhaitant commander de petites quantités.
Le développement du commerce électronique ne se résume toutefois pas à la mise en ligne d’un catalogue. Pour attirer l’attention des internautes, les artisans ont compris qu’ils devaient raconter l’histoire du produit.
Sur les réseaux sociaux, les contenus les plus populaires ne sont pas nécessairement ceux qui montrent les objets finis. Les vidéos dévoilant les coulisses de la fabrication rencontrent souvent davantage de succès.
On y voit les artisans sélectionner le bambou, découper les différentes pièces, ajuster minutieusement l’équilibre ou appliquer les dernières touches de peinture.
“Les internautes veulent comprendre comment nous travaillons. Ils sont curieux de découvrir les étapes cachées derrière un objet qui paraît si simple”, observe M. Kiên.
Tourisme à l’atelier
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| Un jeune artisan mobilisé pour la vente de produits sur les plateformes numériques. |
Ces images permettent de mettre en valeur la dimension humaine du métier. Elles rappellent que chaque libellule est le fruit d’un travail manuel exigeant et d’une longue expérience.
Au-delà de leur impact commercial, elles contribuent également à préserver la mémoire d’un savoir-faire transmis depuis plus de vingt ans au sein du village.
La visibilité acquise sur Internet produit un autre effet un peu inattendu : elle attire les visiteurs jusqu’à Thach Xa.
Selon Nguyên Thi Xoan, de nombreux touristes étrangers découvrent l’atelier en ligne avant de décider de s’y rendre. “Ils viennent pour acheter, mais aussi pour comprendre notre métier. Beaucoup souhaitent essayer eux-mêmes”, explique-t-elle.
Pour répondre à cette demande, la famille a développé des ateliers d’initiation. Les visiteurs peuvent y participer à certaines étapes simples de fabrication, sous la supervision des artisans.
L’activité séduit particulièrement les groupes scolaires et les touristes internationaux. Les participants découvrent le travail du bambou, assemblent les différentes pièces puis testent l’équilibre de leur création.
“Les enfants sont toujours très enthousiastes lorsqu’ils réussissent à faire tenir leur libellule”, raconte Mme Xoan.
Cette formule apporte une nouvelle source de revenus tout en contribuant à valoriser le patrimoine artisanal local. Elle permet surtout de créer un lien plus direct entre les visiteurs et les artisans.
Malgré ces perspectives encourageantes, les habitants de Thach Xa restent confrontés à une difficulté majeure : le manque de jeunes prêts à reprendre le métier.
Pour M. Liên, le problème est avant tout économique. Si l’activité ne demande pas d’investissements importants, les revenus restent modestes par rapport à ceux offerts par de nombreux emplois urbains.
“J’aime ce métier, mais il est vrai qu’il ne permet pas de gagner autant que d’autres professions”, reconnaît-il.
Dans son atelier, la majorité des artisans sont aujourd’hui des personnes d’âge mûr ou des retraités. Leur expérience garantit la qualité des produits, mais la question de la transmission se pose avec de plus en plus d’acuité.
Car fabriquer une libellule en bambou ne s’improvise pas.“Le geste doit devenir naturel. Une petite erreur dans la découpe ou l’ajustement suffit à compromettre l’équilibre”, explique M. Liên.
L’apprentissage demande du temps, de la patience et une grande minutie, des qualités parfois difficiles à concilier avec les aspirations professionnelles des jeunes générations.
Préserver l’essentiel
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| Nguyên Thi Xoan dans son atelier. |
Pour autant, la jeunesse n’est pas absente du processus. Son rôle évolue simplement avec les nouvelles réalités du marché.
À l’image de Đô Van Kiên, de nombreux jeunes contribuent désormais à la promotion, à la communication ou à la vente en ligne plutôt qu’à la fabrication elle-même. Cette complémentarité entre générations apparaît aujourd’hui comme l’une des clés de la pérennité du métier. “On peut soutenir l’activité de différentes façons”, estime M. Kiên.
Son père partage ce constat, tout en rappelant que l’essence du savoir-faire demeure entre les mains des artisans. “Chaque pièce doit être ajustée manuellement. Aucune machine ne peut remplacer l’expérience humaine”, affirme-t-il.
Consciente de cet enjeu, la famille mise sur les ateliers pédagogiques pour sensibiliser les plus jeunes à la valeur de cet héritage. “Même s’ils ne deviennent pas artisans, ils comprendront mieux ce travail et le respecteront davantage”, espère Mme Xoan.
À Thach Xa, les libellules en bambou vivent ainsi une période charnière. Les technologies numériques ouvrent de nouveaux horizons commerciaux, tandis que le tourisme expérientiel renforce leur attractivité. Mais l’avenir du métier dépendra avant tout de sa capacité à transmettre les gestes qui lui donnent vie.
Comme les libellules qu’ils façonnent avec patience, les artisans cherchent aujourd’hui leur point d’équilibre : celui qui permettra de concilier tradition et innovation, développement économique et préservation d’un patrimoine vivant.
Texte et photos : Tu Trinh - Huong Linh/CVN






