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| Trân Ngoc Vinh présente le phénomène d’inondation urbaine à l’Université du Michigan, aux États-Unis. |
| Photo : CTV/CVN |
Le chercheur à l’Université américaine du Michigan, Trân Ngoc Vinh, a reçu fin octobre dernier le Prix du Globe d’or 2025. Décerné chaque année par le Comité central de l’Union de la jeunesse communiste Hô Chi Minh et le ministère des Sciences et des Technologies, ce prix distingue dix jeunes talents scientifiques de moins de 35 ans.
Cofondateur de huit brevets enregistrés en République de Corée, auteur de dizaines d’articles publiés dans des revues classées Q1 (le segment le plus prestigieux) et de plusieurs ouvrages spécialisés en hydrologie, ce jeune homme de 34 ans, originaire de Bac Giang (aujourd’hui province de Bac Ninh, au Nord), s’est construit une solide réputation académique.
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| Trân Ngoc Vinh a reçu fin octobre dernier le Prix du Globe d’or 2025. |
| Photo : NVCC/CVN |
Ancien étudiant de l’Université des sciences naturelles, relevant de l’Université nationale de Hanoï, Trân Ngoc Vinh a connu un début de parcours sinueux. Recalé à l’entrée de la filière mathématiques-informatique lors du concours de 2009, il est réorienté vers le département de météorologie, hydrologie et océanographie. D’abord tenté de repasser l’examen, peu convaincu par une discipline qu’il connaissait mal, il décide finalement de poursuivre, se disant qu’un secteur peu fréquenté pourrait offrir de meilleures perspectives d’emploi.
Des débuts contrariés qui forgent une vocation
En deuxième année, face au choix de spécialité, Trân Ngoc Vinh opte pour l’hydrologie, la filière météorologie étant déjà très demandée. Les missions de terrain, notamment dans le Centre du Vietnam, régulièrement frappé par des crues majeures, achèvent de forger sa vocation : améliorer la prévision des catastrophes naturelles et en réduire l’impact. Un fil rouge qui ne le quittera plus.
Diplômé en 2014, il rejoint le Centre de dynamique des fluides environnementaux de son université. Trois ans plus tard, il obtient une bourse de l’Université d’Ulsan en République de Corée pour un doctorat en génie civil. Un choix logique, explique-t-il : "En République de Corée comme dans la plupart des pays, l’hydrologie n’existe pas toujours comme discipline autonome mais s’inscrit au sein du génie civil, l’objectif étant d’éclairer la construction et le développement durable. Sa ligne de recherche, elle, reste résolument hydrologique".
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| Trân Ngoc Vinh, ancien étudiant de l’Université des sciences naturelles, relevant de l’Université nationale de Hanoï. |
| Photo : NVCC/CVN |
Ses débuts en République de Corée sont marqués par les défis d’un nouvel environnement : décalages culturels, barrière de la langue, adaptation du quotidien. “Je me répétais que tout finirait par s’ajuster”, confie-t-il. De ces cinq années, il retient surtout un rythme soutenu - 14 à 15 heures de travail par jour - rendu possible par une passion affirmée pour la recherche et la programmation. Une exigence qui, aujourd’hui, nourrit des applications très concrètes contre un risque climatique en nette accélération.
En 2022, Vinh met le cap sur les États-Unis. Il dépose près de 20 candidatures et reçoit plus d’une dizaine d’acceptations. Après avoir pesé le rang académique, la qualité de vie et l’orientation scientifique, il choisit l’Université du Michigan, figure de proue des universités publiques américaines.
Sur place, il prend la tête d’un groupe de recherche au sein du Département de génie civil et environnemental. Son premier projet pilote, bouclé en 2023, s’intitule “L’IA au service de la précision, de la fiabilité et de la valeur économique des prévisions de crues à moyen terme à l’échelle continentale”.
L’équipe conçoit un nouveau cadre de modélisation qui hybride l’IA avec le National Water Model (NWM), l’outil de référence américain pour la prévision des crues. Objectif : réduire les erreurs des chaînes de calcul et délivrer des prédictions plus fines.
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| Crues du fleuve Guadalupe après des pluies diluviennes à Kerrville, dans le comté de Kerr au Texas (Sud des États-Unis), le 4 juillet 2025. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
Auteur principal, Vinh orchestre l’ensemble : collecte et traitement des données météorologiques (pluie, température, vent…), séries de débits de crue, sorties simulées du NWM ; design méthodologique ; batteries de scénarios pour éprouver le modèle ; rédaction, relectures et réponses aux évaluateurs. Il conçoit, programme et entraîne aussi le modèle d’IA, testé à l’échelle de tout le territoire américain sur plus de 42.000 événements de crue.
À la clé, une production scientifique foisonnante : 33 publications dans des revues internationales, majoritairement classées Q1, dont AGU Advances, titre phare de l’American Geophysical Union.
De l’idée naïve à la solution efficace
Vinh assure que l’approche améliore sensiblement la prévision à moyen terme (1 à 10 jours), un horizon crucial pour la planification, la réponse d’urgence et l’atténuation des dégâts. Rapide et frugale en calcul, la méthode peut fournir des prévisions pour près de 5.500 points en quelques minutes.
Autre atout, le modèle génère des scénarios probabilistes, déterminants pour décider en contexte de risque élevé, et fonctionne sur des ordinateurs standards, sans nécessité de supercalculateurs.
Le chercheur signe aussi une étude remarquée sur l’inondation urbaine, publiée dans Nature Cities. Le constat est clair : les architectures actuelles de drainage sont loin d’être optimales, d’où des performances de réduction des inondations en deçà des attentes.
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| Trân Ngoc Vinh (1er à droite) est l’ancien président de l’Association des étudiants vietnamiens à l’Université d’Ulsan, en République de Corée. |
| Photo : CTV/CVN |
Lauréat du Prix du Globe d’or 2025, Vinh nourrit une ambition claire : transférer ces avancées au Vietnam. À la clé : de meilleures prévisions des crues, des stratégies de prévention plus efficaces et la conception d’ouvrages anti-catastrophes. Avec, en ligne de mire, l’optimisation des systèmes d’évacuation pluviale dans les grandes métropoles comme Hanoï et Hô Chi Minh-Ville.
Évoquant les inondations à Hanoï, Vinh estime qu’il faut envisager des solutions de gestion des eaux pluviales. Par exemple, capter de façon ciblée les précipitations pour les valoriser ; repenser la répartition des flux et créer “plusieurs goulots d’étranglement” plutôt que quelques points de blocage uniques afin de faciliter l’évacuation.
“Les solutions naissent souvent d’idées qui paraissent naïves, mais je suis convaincu qu’elles peuvent être efficaces si on va au bout, avec des données scientifiques solides et des calculs rigoureux”, explique-t-il.
Ses travaux portent principalement sur la prévision des crues fluviales et des inondations urbaines. Profitant de son séjour au Vietnam pour recevoir son prix, il a prolongé sa visite de plus d’un mois afin de nouer des liens avec des scientifiques et des projets liés à la prévision hydro-météorologique, en vue de collaborations. À long terme, il ambitionne de s’imposer comme un chercheur qui compte sur la scène mondiale.
“À l’heure actuelle, les États-Unis offrent des conditions plus favorables à la recherche”, reconnaît-il. “Cependant, si un jour une opportunité se présente au Vietnam avec des conditions adéquates, je suis prêt à rentrer pour travailler et contribuer”.
Il souhaite que le Vietnam lève progressivement certains obstacles pour faciliter le travail des chercheurs, à commencer par l’accès aux données. Aujourd’hui, chaque organisme possède ses propres jeux de données, auxquels les scientifiques n’ont pas toujours accès.
Il appelle aussi à de meilleures politiques de soutien à la recherche fondamentale, en particulier dans les sciences de la Terre et, plus spécifiquement, en météorologie-hydrologie : des domaines cruciaux mais encore trop peu financés.
Phuong Nga/CVN







