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Les industries culturelles vietnamiennes sont à l’heure d’une mutation radicale. Elles doivent passer de l’exploitation des valeurs existantes à la création de véritables chaînes de valeur, capables de générer des revenus, des emplois, des actifs intellectuels et une compétitivité internationale.
Dans cette dynamique, l’élaboration de la Loi sur le développement des industries culturelles est attendue comme un levier institutionnel décisif. Elle doit articuler plus étroitement culture, créativité, propriété intellectuelle, capitaux, production et marchés, afin de façonner progressivement une marque nationale. L’objectif est de transformer l’identité vietnamienne en ressource de développement et en vecteur de puissance douce, renforçant ainsi le rayonnement international du pays.
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Nguyên Huy Dung, vice ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, a précisé que son ministère avait reçu mandat pour conduire l’étude et la préparation du texte selon une procédure accélérée, en vue de sa soumission à l’Assemblée nationale pour examen lors de la session d’octobre 2026.
Hô Chi Minh Ville a été retenue comme première étape de la série de consultations, avant la poursuite des échanges dans le Nord et le Centre du pays, auprès d’experts indépendants et en tenant compte des expériences internationales.
Pour M. Huy Dung, les industries culturelles s’imposent désormais comme un secteur de pointe. L’attention et les fortes attentes des dirigeants du Parti et de l’État traduisent la volonté d’en faire un moteur plus important du développement rapide et durable du pays. Il a souligné que le projet de loi devrait intégrer des propositions à la fois ambitieuses et réalisables, issues directement de celles et ceux qui créent, produisent, commercialisent et portent les produits culturels sur le marché.
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| Cinéma, musique, édition : une demande en forte croissance pour les produits culturels. |
| Photo : VNA/CVN |
Les industries culturelles figurent déjà dans les grandes orientations du Parti et ont été déclinées dans les stratégies de développement du gouvernement. Toutefois, leur contribution au PIB sur la période 2018 2025 n’est encore estimée qu’à environ 4-5%, loin de l’objectif minimal de 7% fixé à l’horizon 2030.
Les lois sectorielles en vigueur encadrent déjà la gestion publique du cinéma, des arts du spectacle, de la publicité, de l’édition, de la propriété intellectuelle, du tourisme et de nombreux domaines connexes. Mais l’arsenal juridique reste dépourvu de politiques structurantes pour promouvoir les industries culturelles comme un secteur économique à part entière. Les chaînes de valeur demeurent fragmentées : entre créativité et droits de propriété intellectuelle, entre droits et capitaux, entre capitaux et production, puis entre production, distribution, recettes, réinvestissement et exportation.
Partant de ce constat, le projet de loi sur le développement des industries culturelles vise à établir le statut juridique officiel de ce secteur au sein de la structure économique nationale. Il entend reconnecter les différents maillons de la chaîne de valeur afin de créer des percées en matière de valeur économique, d’exportations et d’attraction d’investissements stratégiques, tout en faisant rayonner l’identité, la marque et le “soft power” du Vietnam sur la scène internationale.
Parmi ses principales innovations, le texte envisage les industries culturelles comme un ensemble intégré, centré sur les personnes, les créateurs, les entreprises et les actifs intellectuels. Cet écosystème ferait l’objet d’un suivi et d’une évaluation indépendants, destinés à servir de base à l’ajustement des politiques publiques et à prévenir les déséquilibres entre les différents maillons de la filière.
En matière de ressources humaines, le projet de loi ouvre la voie à la participation d’artistes et d’artisans talentueux et expérimentés à l’enseignement et à la transmission de leurs savoir-faire. Il prévoit également la mise en place d’un cadre de compétences pour les industries culturelles et un meilleur alignement entre formation, entreprises, institutions artistiques et besoins du marché. L’infrastructure des industries culturelles, des complexes créatifs et espaces culturels aux bases de données et plateformes numériques, devrait, elle aussi, bénéficier d’incitations financières importantes.
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| Les industries culturelles, vecteur essentiel du “soft power” national. |
| Photo : VNA/CVN |
Selon Nguyên Manh Cuong, vice-président du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville, la métropole du Sud dispose de la scène culturelle et artistique la plus dynamique du pays, portée par de nombreux modèles et modes de création déjà éprouvés dans la réalité. L’élaboration de cette loi représente l’occasion de traduire les besoins concrets en politiques et mécanismes adaptés, afin de faire des industries culturelles un véritable pôle de croissance et d’ouvrir de nouvelles perspectives de développement pour la ville.
Il a également invité entreprises, créateurs, artistes, experts et chercheurs à apporter des contributions précises, article par article, afin que la loi, une fois promulguée, puisse être rapidement mise en pratique et répondre aux attentes liées au développement des industries culturelles, tant à l’échelle nationale qu’au niveau municipal.
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Du point de vue d’une entreprise productrice de contenus de divertissement, Bùi Viêt Hà, directrice des affaires extérieures et des relations publiques du groupe Yeah1, a estimé que les nouvelles dispositions prévues par le projet de loi auraient une portée concrète pour les acteurs engagés dans la production d’émissions télévisées, de contenus numériques et de produits destinés aux réseaux sociaux.
Un enjeu crucial pour les entreprises concerne le mécanisme de coordination avec les établissements de formation. D’après Mme Hà, lorsque celles-ci mobilisent des fonds, du temps et des experts pour élaborer des programmes, dispenser des cours et assurer une formation pratique, cet engagement doit être reconnu à sa juste valeur. Des incitations suffisamment fortes encourageraient les entreprises à s’impliquer davantage dans la formation, contribuant à la constitution d’une main-d’œuvre hautement qualifiée pour le marché de demain.
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| Dans les pays développés, les industries culturelles constituent un moteur durable de croissance et d’emplois. |
| Photo : VNA/CVN |
La représentante de Yeah1 salue également la proposition de créer une “Carte culturelle nationale” sous forme électronique, intégrée au compte d’identification numérique. Au-delà d’un simple outil de soutien à la consommation, ce dispositif pourrait fonctionner comme un système de points culturels. Habitants, visiteurs et créateurs de contenus accumuleraient des points en valorisant, à travers des contenus positifs et largement diffusés, les paysages, la gastronomie, le patrimoine ou les produits vietnamiens, avant de les utiliser pour accéder à des musées, des sites touristiques, des spectacles et des services culturels.
Une telle approche pourrait inciter les consommateurs à devenir eux-mêmes créateurs et promoteurs de culture à travers leurs expériences quotidiennes. Pour être pleinement efficace, cette initiative devrait s’appuyer sur un mécanisme transparent de validation des contenus, d’attribution et d’utilisation des points, de protection des données et d’interconnexion des plateformes.
Concernant le co-investissement entre l’État et les entreprises dans des produits porteurs de l’identité vietnamienne, Bùi Viêt Hà a recommandé de préciser les principes relatifs au niveau de participation, aux plafonds d’investissement ainsi qu’au partage des risques et des bénéfices. La définition de critères quantifiables permettrait aux entreprises de concevoir leurs projets de manière proactive, tout en garantissant une utilisation ouverte, transparente et ciblée des ressources publiques.
De son côté, Vo Anh Tài, directeur général adjoint de Saigontourist, a souligné que le tourisme culturel ne devrait pas être considéré comme un simple sous secteur, mais comme un domaine intégré, ouvrant des débouchés commerciaux pour le patrimoine, la gastronomie, les arts du spectacle, l’artisanat, le design, le cinéma, les festivals et les produits créatifs.
Selon lui, la loi devrait favoriser des chaînes de valeur intersectorielles, reliant les ressources culturelles à la création de produits, aux destinations, à l’hébergement, à la gastronomie, aux circuits touristiques, à la distribution et à la consommation. C’est à cette condition que les ressources culturelles pourront être transformées en produits à forte valeur ajoutée, sans réduire le patrimoine à une simple marchandise. Les entreprises devraient être encouragées à investir dans des itinéraires touristiques, des programmes artistiques, des expériences nocturnes, des musées, des festivals, des souvenirs et des dispositifs de narration numérique. L’État, pour sa part, devrait soutenir les projets capables de préserver les valeurs d’origine tout en attirant des visiteurs et en générant des recettes à réinvestir dans la conservation.
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Saigontourist a proposé la mise en place d’un mécanisme de commande publique permettant aux entreprises de concevoir des produits de tourisme culturel d’envergure nationale ainsi que des produits propres à chaque région. L’État pourrait sélectionner des entreprises leaders disposant d’une capacité de marché, d’un réseau de clientèle et d’un écosystème de services solides pour développer, exploiter et distribuer conjointement ces produits. Les modalités de partenariat public privé, de commande publique ou d’attribution de missions devraient être clairement définies pour les initiatives susceptibles de devenir des marques nationales.
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Sous un autre angle, Huỳnh Phan Hoàng Phuong, directrice générale adjointe de Vietravel, voit dans l’élaboration de cette loi “une opportunité de passer d’une logique centrée sur la préservation et la valorisation à une approche intégrant également la création de valeur économique à partir de la culture”. Il ne s’agit pas de faire primer le profit sur la culture, mais de générer les ressources nécessaires pour protéger, recréer et faire rayonner durablement les valeurs culturelles.
L’expérience des musées illustre également le potentiel considérable des chaînes de valeur culturelles. Huỳnh Ngoc Vân, directrice du Musée de l’áo dài (tunique fendue traditionnelle des Vietnamiennes), a souligné que ces établissements pourraient pleinement participer aux industries culturelles à travers les expositions, le tourisme, les souvenirs, la gastronomie, les spectacles patrimoniaux et les activités éducatives. Le principe fondamental reste toutefois “la culture d’abord, l’économie ensuite” : toute activité économique doit s’appuyer sur la protection des valeurs culturelles, en privilégiant la transmission à la création. Les musées privés devraient bénéficier d’un meilleur accès aux projets, aux financements et aux politiques de soutien, tout en accordant une attention particulière aux qualifications, aux talents et aux créateurs en situation spécifique.
Une loi constructive, si elle parvient à lever les blocages sans ajouter de nouvelles lourdeurs administratives, pourrait offrir le socle nécessaire pour transformer récits, patrimoine et créativité des Vietnamiens en produits compétitifs. La marque nationale des industries culturelles ne se mesurerait alors pas seulement à son chiffre d’affaires ou à sa part du PIB, mais aussi à sa capacité à faire connaître, comprendre, choisir et apprécier les valeurs vietnamiennes dans le monde.
Phuong Nga/CVN









