Climat : le Vietnam change de stratégie face aux risques

Sécheresse, intrusion saline, inondation et autres phénomènes météorologiques extrêmes mettent à l’épreuve le développement national. Le pays renforce ses dispositifs de prévention et entend intégrer le risque climatique au cœur des politiques économiques et des investissements.

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La protection de l'environnement et la lutte contre le changement climatique constituent des axes majeurs de la politique vietnamienne.
Photo : VNA/CVN

La lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement figurent depuis longtemps parmi les priorités stratégiques du Parti et de l’État vietnamiens. L’adoption, le 3 juin 2013, de la Résolution N°24 par le Comité central du Parti (XIe mandat), relative à la lutte proactive contre le changement climatique, à la gestion des ressources naturelles et à la protection de l’environnement, a marqué une étape décisive. Ce texte fondateur a affirmé une vision à long terme, en soulignant les défis liés aux dérèglements climatiques, aux catastrophes naturelles imprévisibles, à la dégradation écologique et à l’aggravation des risques de pollution industrielle.

Gouvernance renouvelée

Treize années de mise en œuvre ont profondément transformé le contexte socio-économique. Le modèle de développement national doit désormais conjuguer rapidité et durabilité, tandis que l’émergence de normes environnementales contraignantes reconfigure les échanges commerciaux et les investissements mondiaux. Ces mutations, conjuguées à l’aggravation des aléas climatiques dans le pays, imposent de renouveler l’approche traditionnelle. Le Vietnam se devait ainsi de refonder son cadre d’action.

C’est dans ce cadre que le Comité central du Parti a promulgué, le 28 juillet 2026, la Conclusion N°75 sur la protection de l’environnement et l’adaptation proactive au changement climatique. Héritière des acquis de la Résolution N°24, elle introduit des ajustements majeurs et marque une rupture doctrinale. L’objectif est de mettre en place une démarche globale, prospective et moderne, adaptée aux défis de cette nouvelle phase de développement.

Lors de la Conférence nationale consacrée à la mise en œuvre des Résolutions du 3e plénum du Comité central du Parti, le vice-Premier ministre permanent Pham Gia Tuc a précisé que la protection de l’environnement ne devrait plus être perçue comme une contrainte technique, mais comme un levier essentiel de la transition verte, capable d’améliorer la qualité de la croissance, de renforcer la compétitivité et de stimuler le dynamisme économique. La résilience climatique devient ainsi une responsabilité partagée par l’ensemble du système politique, les entreprises, les collectivités et chaque citoyen.

La clé réside dans la modernisation des modes de gestion, l’innovation scientifique et technologique, ainsi que l’intégration proactive. Comme l’a clairement indiqué le chef adjoint du gouvernement, il s’agit de passer d’une approche réactive à une gouvernance fondée sur les données, l’anticipation et l’évaluation des risques, privilégiant une approche intégrée, intersectorielle et interrégionale. Les sciences et les technologies, l’innovation et la transformation numérique sont des facteurs essentiels pour promouvoir le développement économique et lutter contre le changement climatique.

Impacts économiques et risques majeurs

Construction d’une digue anti-érosion dans la commune d’Ô Loan, province de Dak Lak (Centre). 
Photo : VNA/CVN

L’urgence de ce changement de mentalité devient encore plus évidente lorsqu’on considère la réalité selon laquelle le changement climatique a un impact direct sur l’économie. Les perturbations environnementales affectent directement l’appareil productif national. La récurrence des épisodes d’El Niño, notamment en 2026-2027, illustre combien le dérèglement climatique menace désormais la trajectoire de croissance du pays.

Chaleur extrême, sécheresses prolongées, intrusion saline et raréfaction des ressources en eau compromettent les moyens de subsistance des populations rurales, exposant les grands bassins rizicoles, arboricoles et aquacoles à des pertes importantes.

Dans le Delta du Mékong, grenier à riz du pays, près de 350.000 ha de rizières de la campagne hiver-printemps pourraient être affectés. Les secteurs industriel et énergétique subissent également les effets de ces déséquilibres, avec des surcoûts d’exploitation et une fragilisation des chaînes d’approvisionnement.

Le bilan humain et matériel des sept premiers mois de l’année illustre la gravité de la situation. Entre janvier et juillet, 17 phénomènes météorologiques extrêmes ont frappé le pays, faisant 46 morts et 73 blessés, détruisant 134 logements et endom-mageant plus de 22.000 autres. Près de 32.000 ha de cultures ont été submergés. Les pertes économiques globales sont estimées à 1.171 milliards de dôngs, dont plus de 600 milliards rien qu’en juillet.

Face à cette situation, le vice-ministre de l’Agriculture et de l’Environnement, Nguyên Hoàng Hiêp, a insisté sur l’urgence de renforcer la résilience des communautés.

Prévention précoce et action communautaire

Pour la période 2026-2030, conformément aux orientations du XIVe Congrès national du Parti, le développement économique doit intégrer pleinement l’adaptation au changement climatique. Afin de concrétiser la Conclusion N°75, le gou-vernement a adopté la Résolution N°208 du 4 août 2026, définissant son programme d’action. Deux jours plus tard, il a promulgué la Résolution N°210, qui précise les mesures de prévention et de gestion des tempêtes, des inondations, des phénomènes météorologiques extrêmes et du changement climatique, conformément aux directives du secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm.

Lors d’une récente séance de travail en la matière avec le Comité du Parti du gouvernement et les organismes compétents, le dirigeant Tô Lâm a fixé les priorités. Dans un contexte de forte croissance, où plusieurs localités visent des taux à deux chiffres, il a rappelé que la prévention des risques climatiques ne pouvait être reléguée au second plan. Elle constitue une condition essentielle d’un développement rapide, stable et durable. Cette exigence doit être intégrée à l’ensemble des politiques publiques : gestion du développement, investissements, production, attractivité économique, sécurité sociale et protection des vies humaines.

Pour une croissance durable

Le lac de Dâu Tiêng, ouvrage hydraulique stratégique pour la sécurité nationale, garantit l'approvisionnement en eau et la régulation de la région du Sud-Est.
Photo : VNA/CVN

Tô Lâm a appelé à un véritable changement de paradigme dans la gouvernance climatique. Il a insisté sur la nécessité de passer de la réaction subie à la maîtrise anticipée des risques, et de la réparation des dommages à une prévention précoce et à long terme. “La prévention doit toujours garder une longueur d’avance”, a-t-il indiqué, en rappelant que la maîtrise des catastrophes naturelles doit être directement liée aux objectifs de croissance et de développement durable. “La sauvegarde des vies humaines demeure l’impératif suprême : chaque plan, chaque décision et chaque ressource mobilisée doivent avant tout viser la protection des populations”, a-t-il demandé.

Pour le quinquennat 2026-2030, l’objectif est de poser les bases juridiques et techniques d’un système moderne de gestion des risques. Cela implique de réviser le cadre législatif relatif à l’eau, aux digues, à la météorologie, à l’urbanisme et aux assurances. Tout projet d’infrastructure doit désormais intégrer des scénarios climatiques extrêmes afin d’éviter que les investissements d’aujourd’hui ne deviennent les vulnérabilités de demain.

La responsabilisation locale et la solidarité communautaire sont également mises en avant. Comme l’a souligné le vice-ministre Nguyên Hoàng Hiêp, il ne s’agit pas de lutter frontalement contre la nature, mais de composer avec elle en renforçant la capacité d’anticipation et de maîtrise des risques.

De son côté, Pauline Tamesis, coordinatrice résidente des Nations unies au Vietnam, a insisté sur la modernisation des systèmes d’alerte précoce, conçus comme de véritables réseaux d’information et d’action communautaire, permettant aux populations d’être alertées à temps et d’adopter rapidement les mesures appropriées.

En intégrant la prévention et l’anticipation des risques au cœur de sa politique de développement, le Vietnam entend transformer le défi climatique en levier de modernisation. L’objectif est double : mieux protéger les populations et renforcer la résilience de l’économie, tout en préservant les conditions d’une croissance durable.

Huong Linh/CVN


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