Delta du Mékong : changer de modèle pour accélérer la croissance

Avec ses vastes ressources agricoles, aquacoles et naturelles, le Delta du Mékong dispose de solides atouts pour accélérer sa croissance. Mais atteindre une progression annuelle à deux chiffres suppose de dépasser la logique des volumes et de miser davantage sur la technologie, l’innovation, la transformation et la création de valeur.

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La riziculture dans le Delta du Mékong s’oriente vers une agriculture plus productive et à plus forte valeur ajoutée. 
Photo : VNA/CVN

Le Delta du Mékong produit plus de la moitié du riz vietnamien, environ 65% des produits aquatiques d’élevage et plus de 70% des fruits du pays. Mais pour atteindre une croissance à deux chiffres, la région ne peut plus compter uniquement sur l’augmentation des volumes. Ses principales marges de progression résident désormais dans la productivité, la transformation, les technologies et la création de valeur tout au long des chaînes.

Le 25 septembre à Cân Tho, le ministère des Sciences et des Technologies, en coordination avec le Comité populaire de la ville de Cân Tho et l’Université de Cân Tho, a organisé un séminaire consacré à la consultation sur l’élaboration d’un projet spécifique de développement des sciences et technologies, de l’innovation et de la transformation numérique dans le delta du Mékong.

Il s’agit du premier projet à l’échelle régionale qui vise à mobiliser les sciences et technologies, l’innovation et la transformation numérique autour de grands enjeux de développement ayant un impact sur l’ensemble du territoire. L’objectif est d’identifier de nouveaux moteurs de croissance pour une région confrontée à de profondes évolutions des marchés, de l’environnement et des modes de production.

En 2025, le PIB régional (GRDP) a progressé d’environ 7,24%, représentant 12,2% du PIB national. L’écart avec l’objectif d’une croissance annuelle d’au moins 10% reste donc important. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage, mais de créer davantage de valeur à partir des ressources existantes.

De la production à la valeur

Le Delta du Mékong dispose de nombreux atouts spécifiques : une agriculture marchande à grande échelle, une importante production aquacole destinée à l’exportation, un dense réseau fluvial, ainsi qu’un fort potentiel dans l’économie maritime, les énergies et la biomasse.

L’aquaculture, un secteur clé de l’économie du Delta du Mékong. 
Photo : VNA/CVN

Cependant, l’ampleur de la production ne s’accompagne pas encore d’un niveau équivalent de capacités scientifiques, technologiques et d’innovation.

Selon les rapports présentés lors du séminaire, la densité des personnels de recherche et développement à temps plein n’est que d’environ 2,56 personnes pour 10.000 habitants, soit 35,6% de la moyenne nationale. Le delta compte plus de 3.200 entreprises du numérique, mais leur proportion par rapport à la population reste inférieure à la moyenne nationale.

Un autre obstacle tient à la structure de la production. Environ 68% des ménages agricoles de la région exercent encore leurs activités à petite échelle. Cette situation complique la standardisation des processus, l’adoption des technologies, la traçabilité et l’intégration aux chaînes d’approvisionnement modernes.

Ces contraintes sont étroitement liées. La dispersion de la production augmente le coût de l’adoption des technologies. La transformation en profondeur encore limitée réduit la valeur ajoutée. La logistique et les liens entre les différents maillons des chaînes restent faibles. Les données ne sont pas encore suffisamment interconnectées. Parallèlement, la région manque de ressources humaines spécialisées dans les technologies et d’entreprises capables de jouer un rôle moteur dans les nouvelles chaînes de valeur.

Technologie et bioéconomie

Selon Trân Trung Tinh, vice-ministre des Sciences et des Technologies, la spécificité du projet ne réside pas dans le nombre de tâches ou de projets, mais dans le choix des grands enjeux propres à la région. Leur résolution doit permettre de créer de nouvelles capacités, de nouveaux produits, de nouvelles entreprises et de nouveaux moteurs de croissance.

Un drone agricole pulvérisant des produits phytosanitaires et épandant des engrais, présenté lors d’une démonstration de technologies de mécanisation de la production agricole à Cân Tho. 
Photo : VNA/CVN

Cette approche implique un changement important : les sciences et technologies ne doivent plus seulement accompagner la production, mais contribuer directement à la création de valeur.

Dans l’agriculture, par exemple, l’objectif n’est plus seulement d’accroître la production de riz, mais aussi d’augmenter la valeur de l’ensemble de la chaîne rizicole. Les technologies de sélection variétale, l’agriculture de précision, la gestion des intrants, les données agricoles, la réduction des émissions, la traçabilité, la conservation et la transformation en profondeur peuvent toutes contribuer à accroître la valeur des produits.

Ainsi, un grain de riz ne serait plus évalué uniquement en fonction du volume récolté. Sa valeur dépendrait également de la qualité des variétés, des procédés de production, de la maîtrise des émissions, de la traçabilité, de la marque et de la capacité à répondre aux normes des marchés.

Cette orientation correspond à la transition d’une production rizicole à grande échelle vers des chaînes de valeur fondées sur les technologies et une agriculture à faibles émissions.

L’aquaculture est confrontée au même impératif. Plutôt que de miser uniquement sur l’extension des surfaces et l’augmentation des volumes, le delta peut développer un écosystème technologique couvrant l’ensemble de la filière : sélection des espèces, alimentation, contrôle de l’environnement, alerte aux maladies, automatisation, transformation en profondeur et commercialisation.

L’ampleur de l’élevage de crevettes, de pangasius et du développement de l’aquaculture marine offre également à la région des conditions favorables pour expérimenter des technologies en situation réelle. Les solutions pourraient être étudiées, testées, évaluées puis perfectionnées avant d’être déployées à plus grande échelle.

Une autre piste consiste à valoriser les sous-produits agricoles. La paille de riz, les balles de riz, les sous-produits de la transformation aquacole et d’autres ressources issues de la biomasse peuvent servir de matières premières pour produire des engrais, des produits biologiques, des biomatériaux ou de l’énergie.

Cette approche permet à la fois de créer de nouvelles sources de valeur et de réduire les déchets et les émissions. À l’échelle régionale, elle favorise le rapprochement entre agriculture, industrie de transformation, biotechnologies et économie circulaire.

Eau, données et coopération régionale

La croissance de ce delta ne peut pas non plus être dissociée de la question de l’eau.

Les cours d’eau jouent un rôle essentiel dans la vie et les activités économiques du Delta du Mékong.
Photo : VNA/CVN

Environ 95% du volume total d’eau disponible dans la région dépend des ressources provenant de l’amont du Mékong. Sécheresses, intrusion saline, affaissement des sols, érosion, élévation du niveau de la mer et modification des régimes hydrologiques ont tous des effets qui dépassent les frontières administratives.

Cette situation exige donc une approche à l’échelle régionale, plutôt que des réponses isolées de chaque localité.

L’une des priorités consiste à mettre en place une infrastructure de données partagée, reliant les informations sur l’eau, les sols, le climat, la production, les maladies, les marchés et la logistique.

Une fois les données interconnectées et suffisamment fiables, des technologies telles que l’intelligence artificielle, la télédétection et les modèles numériques pourront contribuer à prévoir les intrusions salines, à alerter sur les maladies aquacoles, à identifier les zones exposées aux glissements de terrain, à optimiser le transport ou encore à appuyer les décisions de production.

Dans le Delta du Mékong, la transformation numérique ne consiste donc pas seulement à introduire des technologies dans les administrations ou les entreprises. Elle vise surtout à renforcer les capacités de gestion d’un espace économique où l’eau, la production, les transports, les marchés et l’environnement sont étroitement interdépendants.

La ville de Cân Tho, surnommée la "métropole fluviale", s’étend sur environ 65 km le long du fleuve Hâu, l’un des principaux bras du Mékong, et possède un dense réseau de cours d’eau.
Photo : VNA/CVN

Dans le cadre du projet, Cân Tho est appelée à jouer un rôle de pôle dans le développement des sciences et technologies, de l’innovation, de la transformation numérique et de la coopération régionale.

La ville propose trois orientations prioritaires : développer une agriculture de haute technologie associée à l’économie verte et à l’adaptation au changement climatique ; accélérer la transformation numérique, développer la ville intelligente et renforcer les connexions interrégionales ; enfin, construire un écosystème d’innovation, de start-up et de formation de ressources humaines hautement qualifiées.

Le rôle de Cân Tho ne consiste pas seulement à développer ses propres capacités. La ville pourrait devenir un point de concentration et de connexion des ressources en matière de recherche, de formation, de données, de technologies et de logistique au service de l’ensemble du delta.

Pour que ce rôle soit pleinement effectif, il faudra toutefois mettre en place des mécanismes de coopération réellement opérationnels entre les différentes localités. Quelles données doivent être partagées ? Quelles infrastructures doivent être développées en commun ? Quelle localité peut prendre en charge tel ou tel domaine ? Quelles entreprises sont en mesure de jouer un rôle moteur sur le marché ? Quels problèmes les universités et les instituts de recherche peuvent-ils résoudre concrètement ?

Ce sont autant de questions auxquelles un projet à l’échelle régionale doit apporter des réponses.

Les participants au séminaire ont également souligné que les technologies ne peuvent à elles seules générer de la croissance sans mécanismes organisationnels et ressources adaptés.

Le modèle des "cinq acteurs" – État, universités, entreprises, spécialistes technologiques et banques – a été proposé afin de favoriser le transfert des résultats de recherche vers la pratique.

Dans ce modèle, l’État crée les conditions institutionnelles et définit les enjeux ; les universités et instituts de recherche apportent les connaissances ; les entreprises identifient les besoins du marché et assurent la commercialisation ; les spécialistes technologiques apportent leur expertise technique ; tandis que le système financier fournit les capitaux nécessaires à l’innovation et au changement d’échelle.

L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir combien de projets de recherche sont menés, mais combien de leurs résultats peuvent déboucher sur des produits, des entreprises et des emplois.

Des chercheurs dans un laboratoire du Delta du Mékong. La recherche et l’innovation contribuent à créer de nouvelles solutions adaptées aux besoins du territoire.
Photo : VNA/CVN

Le Delta du Mékong ne manque ni de scientifiques ni d’idées. Il lui faut davantage de mécanismes permettant de rapprocher les connaissances des besoins des entreprises et des collectivités, tout en facilitant l’expérimentation et la généralisation des solutions efficaces.

Vers un nouveau modèle de croissance

Cette région a réalisé d’importants progrès en matière de production agricole et d’exportations. Mais ses avantages traditionnels sont désormais confrontés à de nouvelles limites liées aux terres, à l’eau, à l’environnement, au changement climatique et aux exigences des marchés.

L’objectif d’une croissance à deux chiffres impose donc une transformation du modèle.

Il s’agit de passer de la production de matières premières à la transformation en profondeur ; des sous-produits à l’économie circulaire ; des données dispersées aux données partagées ; de la réaction aux risques à une gestion fondée sur la prévision ; et du développement isolé des localités à une véritable intégration régionale.

C’est dans ce contexte que le projet spécifique sur les sciences et technologies, l’innovation et la transformation numérique est en cours d’élaboration. Sa portée ne se mesurera pas seulement au nombre de missions retenues, mais à sa capacité à résoudre des problèmes qu’aucune localité ne peut traiter seule.

Pour le Delta du Mékong, une croissance forte et durable devra finalement se traduire par des résultats concrets : une productivité accrue, des produits à plus forte valeur ajoutée, des coûts réduits, une utilisation plus efficace des ressources et une meilleure capacité d’adaptation au changement climatique.

C’est aussi la voie qui permettra à une région connue pour sa puissance productive d’évoluer progressivement vers une économie capable de créer davantage de valeur à partir des ressources dont elle dispose déjà.

Xuân Lôc/CVN

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