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| Production d'appareils électroménagers chez Sunhouse Group, dans le cluster industriel de Ngoc Liêp, à Hanoï. |
| Photo : HNM/CVN |
Pour tirer parti de ses atouts en matière de ressources humaines, de science, de technologie et d'accès au marché, Hanoï doit mettre en œuvre des réformes favorisant un environnement propice aux affaires et permettant aux talents de réaliser pleinement leur potentiel.
Selon le Professeur associé et Docteur Trân Dinh Thiên, président du Conseil des experts de haut niveau du troisième Forum économique de la capitale, Hanoï dispose d’atouts considérables grâce à sa position stratégique, à son patrimoine culturel et à sa capacité à attirer les talents. Toutefois, ces avantages ne se sont pas encore pleinement traduits en un levier de développement pour le secteur des entreprises.
Le produit intérieur brut régional (PIBR) de Hanoï a progressé de 8,85% au cours des neuf premiers mois de 2026. Pour atteindre l’objectif annuel de 11%, la ville devrait enregistrer une croissance de 16,5% au quatrième trimestre. L’écart entre les résultats obtenus et les objectifs fixés souligne l’urgence de trouver de nouveaux moteurs de croissance.
Le professeur associé a également relevé que 96,2% des entreprises de Hanoï employaient moins de 50 salariés. Si leur nombre a rapidement augmenté, la création d’emplois n’a pas suivi le même rythme : le nombre d’entreprises a progressé de 57%, tandis que l’emploi n’a augmenté que de 20%. Ces chiffres montrent qu’il ne suffit pas de multiplier les entreprises : il faut aussi renforcer leurs capacités opérationnelles, leur potentiel de développement et leur compétitivité.
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| Le Professeur associé et Docteur Trân Dinh Thiên, président du Conseil des experts de haut niveau du troisième Forum économique de la capitale, lors de son intervention. |
| Photo : Nhân Dân/CVN |
Par ailleurs, les contraintes liées à l’environnement urbain pèsent sur l’activité économique. Les embouteillages, la pollution et les inondations alourdissent les coûts et réduisent l’efficacité des entreprises. Les seules congestions routières engendreraient ainsi des pertes annuelles estimées entre 5 et 6 milliards de dollars.
Un autre paradoxe tient à la sous-utilisation des ressources humaines hautement qualifiées. Hanoï concentre 53,9% de la main-d’œuvre hautement qualifiée du pays. Pourtant, ce vivier de compétences reste insuffisamment valorisé, alors que les entreprises recherchent des profils capables de résoudre des problèmes concrets, de maîtriser les technologies et de créer de la valeur.
Pour Trân Dinh Thiên, le développement des ressources humaines ne saurait se limiter au système éducatif. Il suppose avant tout de garantir un environnement concurrentiel sain, de mettre en place des mécanismes de valorisation des talents et de créer les conditions permettant aux personnes compétentes de faire leurs preuves et de contribuer efficacement au développement économique.
Réformer l’administration pour libérer les initiatives
S’agissant du secteur public, le Docteur Bùi Phuong Dinh, directeur adjoint de l’Académie d’administration et de gestion publiques, a indiqué que Hanoï comptait actuellement environ 128.000 fonctionnaires et agents publics. Les personnels de terrain subissent une pression considérable, devant à la fois atteindre les objectifs de croissance et répondre à des exigences croissantes en matière de gestion et de prestation de services publics.
Selon lui, le transfert de pas moins de 1.281 tâches des échelons central et municipal vers les échelons de base révèle un déséquilibre entre la charge de travail et les capacités de mise en œuvre. En outre, malgré certaines améliorations, les rémunérations restent insuffisamment proportionnées aux responsabilités exercées et ne correspondent pas encore aux réalités du marché du travail.
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| Fabrication de cartes de circuits imprimés chez Katolec Vietnam Co., Ltd., Parc industriel de Quang Minh, à Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
La tendance à éviter de prendre des responsabilités constitue également un frein à l’innovation dans le secteur public. En l’absence de mécanismes protégeant les agents qui prennent des initiatives et osent agir, les nouvelles politiques peinent à produire des résultats concrets.
Le Docteur Bùi Phuong Dinh estime nécessaire de distinguer le recrutement de personnel chargé d’exécuter des tâches prédéfinies de l’attraction de talents capables de cerner les problèmes, de proposer des solutions et de libérer le potentiel de croissance. Hanoï a besoin d’experts qualifiés pour faire le lien entre différents secteurs et piloter la résolution de défis majeurs en matière de gouvernance, de science et de technologie.
Cela suppose de revoir les méthodes de recrutement et de gestion des talents, en passant d’une approche centrée sur les diplômes à une évaluation des compétences réelles, tout en créant un environnement favorable à la prise d’initiative et à l’exercice des responsabilités par les experts.
Passer de la sous-traitance à une création de valeur accrue
L’amélioration de la qualité des ressources humaines est étroitement liée à la transformation du modèle de croissance des entreprises. Alors que les avantages d’une main-d’œuvre à faible coût atteignent leurs limites, la compétitivité à long terme reposera davantage sur la maîtrise technologique, la conception des produits, les capacités de gestion et le développement des marques.
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| Le Docteur Bùi Phuong Dinh, directeur adjoint de l’Académie d’administration et de gestion publiques. |
| Photo : Nhân Dân/CVN |
Forte de son expérience dans le secteur de la distribution, Trân Thi Phuong Lan, présidente de l’Association des détaillants du Vietnam et ancienne directrice par intérim du Service de l’industrie et du commerce de Hanoï, souligne le décalage entre les programmes de formation et les besoins réels des entreprises. Dans la distribution moderne, les salariés doivent non seulement maîtriser les techniques de vente et de conseil, mais aussi savoir gérer des données numériques et utiliser l’intelligence artificielle.
Mme Lan préconise une participation plus active des entreprises à la formation, notamment au moyen de commandes de formation adressées aux établissements d’enseignement. Elle propose également de créer un Conseil des compétences industrielles et d’établir une cartographie de la main-d’œuvre à Hanoï afin de mieux cerner les besoins des entreprises et de privilégier les formations adaptées aux exigences du marché du travail.
De son côté, Pham Hông Viêt, président de l’Association du cuir et de la chaussure de Hanoï, s’inquiète de la compétitivité du secteur, qui ne peut plus compter uniquement sur le faible coût de la main-d’œuvre. Bien que le Vietnam occupe le deuxième rang mondial en matière de chiffre d’affaires à l’exportation dans le secteur du cuir et de la chaussure, avec des prévisions de 29 milliards de dollars, les entreprises à capitaux étrangers en représentent 78%, contre seulement 22% pour les entreprises nationales.
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| Pham Hông Viêt, président de l’Association du cuir et de la chaussure de Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
Selon Pham Hông Viêt, cette répartition souligne la nécessité de renforcer la place des entreprises vietnamiennes dans la chaîne de valeur. Au-delà de la fabrication à façon, Hanoï doit encourager les activités à plus forte valeur ajoutée, notamment la conception, la maîtrise technologique, la recherche et le développement (R&D), la gestion des chaînes d’approvisionnement et le développement des marques.
Ces analyses montrent que la question des ressources humaines ne peut être résolue par la seule formation. Celle-ci doit répondre aux besoins de la production et des entreprises, tandis que ces dernières doivent moderniser leurs méthodes de gestion, leurs technologies et leur organisation pour gagner en productivité. Pour lever les obstacles à la croissance, Hanoï doit donc engager des transformations globales, de la conception des politiques publiques à leur mise en œuvre effective.
L’efficacité des politiques dépend toutefois de leur application sur le terrain. Il faut garantir aux entreprises un accès plus fluide aux ressources et permettre aux responsables administratifs de traiter les dossiers avec davantage de réactivité. Au-delà de l’amélioration des mécanismes institutionnels, il est essentiel de renforcer la responsabilité des acteurs, de lutter contre les comportements visant à se soustraire à leurs obligations et de veiller à ce que les propositions des entreprises soient examinées sérieusement et donnent lieu à des réponses concrètes.
Nguyên Tùng/CVN








