>> Les entrepreneurs vietnamiens, acteurs clés du développement économique
>> Le FMI relève sa prévision 2026 pour l'économie mondiale
Emballages alimentaires, canalisations, composants électroniques, équipements médicaux, films agricoles ou pièces automobiles allégées : le plastique est partout. Souvent invisible dans les usages quotidiens, il constitue pourtant un maillon essentiel de nombreuses chaînes de production. Derrière ces applications familières se déploie une industrie étroitement imbriquée dans le fonctionnement de l’économie moderne.
![]() |
| Au Vietnam, la filière du plastique compte aujourd’hui plus de 6.000 entreprises et fait vivre plusieurs centaines de milliers de travailleurs. |
Au Vietnam, la filière compte aujourd’hui plus de 6.000 entreprises et fait vivre plusieurs centaines de milliers de travailleurs. Son marché a atteint environ 34,3 milliards de dollars en 2025, contre 31,4 milliards un an auparavant. Les produits plastiques vietnamiens sont exportés vers plus de 190 pays et territoires, tandis que les recettes d’exportation du secteur sont estimées à 10 milliards de dollars pour l’année 2025.
Ces chiffres témoignent du poids économique de la filière, mais ils n’en révèlent qu’une partie. Autour de la production plastique s’est constitué un vaste réseau d’activités : matières premières, additifs, fabrication de moules, mécanique de précision, équipements industriels, automatisation, logistique, commerce, collecte et recyclage. La solidité de cet écosystème pèse directement sur la compétitivité de nombreux secteurs manufacturiers et sur la capacité des entreprises vietnamiennes à s’insérer durablement dans les chaînes de valeur mondiales.
De la production à la gestion du cycle de vie
La question n’est donc plus seulement de savoir combien de plastique est produit ou consommé, mais comment ce matériau est utilisé, récupéré et valorisé après usage. C’est sur ce terrain que se joue désormais une part importante de l’avenir de la filière.
La résistance et la durabilité du plastique, qui font sa force dans de nombreuses applications, deviennent en effet un problème environnemental lorsque les produits sont abandonnés dans la nature ou éliminés sans traitement approprié. En revanche, un tri efficace, une collecte organisée et des procédés de recyclage adaptés permettent de réintroduire une partie des matières usagées dans le circuit industriel.
Le déchet peut alors devenir une ressource. Cette transformation constitue l’un des fondements de l’économie circulaire, appelée à occuper une place croissante dans la stratégie de développement de l’industrie plastique vietnamienne.
![]() |
| Dinh Duc Thang, président de l’Association vietnamienne du plastique. |
Pour Dinh Duc Thang, président de l’Association vietnamienne du plastique, le défi dépasse largement l’augmentation des capacités de production : "Le plastique joue et continue de jouer un rôle important dans la production, le commerce et la vie moderne. Aujourd’hui, l’enjeu pour notre industrie ne consiste pas uniquement à développer la production, mais aussi à accroître la valeur des matériaux tout au long de leur cycle de vie, depuis la conception et l’utilisation des ressources jusqu’à la fabrication, la collecte, la réutilisation et le recyclage.
Lorsque les déchets plastiques sont considérés comme une ressource de valeur et réintégrés efficacement dans le cycle de production, nous ne réduisons pas seulement la pression sur l’environnement : nous créons également de la valeur économique supplémentaire et renforçons la compétitivité du secteur. Le mécanisme de responsabilité élargie des producteurs (REP) doit lui aussi contribuer à encourager cette évolution."
Ce changement de perspective implique de repenser les pratiques à chaque étape de la chaîne de valeur. La conception des produits, le choix des matières premières, les procédés de fabrication et l’organisation de la collecte doivent être envisagés de manière cohérente, plutôt que traités séparément.
La transition verte, un impératif industriel
Dans le débat sur la transition écologique, le remplacement du plastique par d’autres matériaux est parfois présenté comme une solution évidente. Pourtant, une telle substitution ne suffit pas, à elle seule, à garantir un meilleur bilan environnemental.
Chaque matériau mobilise des ressources et de l’énergie lors de sa fabrication et génère des impacts tout au long de son cycle de vie. Une évaluation pertinente doit donc considérer l’ensemble du processus : conception, production, utilisation, collecte, réemploi, recyclage et traitement final.
![]() |
| Chaque matériau mobilise des ressources et de l’énergie lors de sa fabrication et génère des impacts tout au long de son cycle de vie. |
Cette approche globale gagne du terrain à l’échelle internationale. Les négociations en vue d’un traité mondial contre la pollution plastique mettent notamment en lumière la nécessité de mieux encadrer ce matériau sur l’ensemble de son cycle de vie. L’objectif est de dépasser une gestion limitée aux déchets pour agir également en amont, sur la conception des produits et les modes de production et de consommation.
Pour les entreprises vietnamiennes, cette évolution change progressivement les règles du jeu. La transition verte n’est plus une perspective lointaine ni une simple question d’image. Elle influe de plus en plus sur l’accès aux marchés, les exigences des partenaires commerciaux et la conformité aux normes techniques. Le choix des matériaux, l’écoconception et la gestion des produits en fin de vie deviennent ainsi des facteurs de compétitivité à part entière.
Faire du recyclage un levier de compétitivité
Pour l’industrie vietnamienne du plastique, la prochaine étape ne peut donc se résumer à une hausse des volumes produits. Elle suppose une montée en gamme, une conception plus performante des produits, une utilisation plus rationnelle des ressources et une intégration accrue des matières recyclées. Elle exige également des systèmes de collecte et de recyclage plus efficaces, capables de limiter les pertes de matières dans l’environnement.
Cette transformation nécessite une mobilisation de l’ensemble de la chaîne de valeur. Les industriels doivent améliorer leurs procédés et anticiper les exigences environnementales. Les dispositifs de collecte et de traitement doivent gagner en efficacité. Les mécanismes de responsabilité élargie des producteurs doivent, quant à eux, contribuer à structurer les filières et à favoriser la valorisation des déchets plastiques.
L’enjeu est double : réduire l’empreinte environnementale du secteur tout en préservant sa capacité à créer de la valeur, à investir et à exporter. Une matière qui conserve une utilité économique après son premier usage représente en effet une ressource potentielle, à condition de disposer des infrastructures, des technologies et des mécanismes de marché nécessaires à sa réintégration dans la production.
L’avenir de l’industrie plastique vietnamienne se jouera ainsi autant dans les usines que dans sa capacité à organiser une véritable économie circulaire. Maintenir les matériaux dans le circuit économique, réduire les déchets et mieux valoriser les ressources : autant de leviers pour concilier développement industriel, compétitivité et responsabilité environnementale.
À l’heure où les exigences de durabilité redessinent les marchés, le plastique conserve toute sa place dans l’économie moderne. Mais sa contribution devra désormais se mesurer non seulement à ce qu’il permet de produire, mais aussi à la capacité de la filière à maîtriser son cycle de vie et à limiter ses impacts. Pour le Vietnam, cette évolution constitue une condition essentielle d’un développement industriel plus compétitif et durable.
Texte et photos : Minh Thu/CVN




