Face aux taxes américaines, le Vietnam renforce son arsenal socio-économique

La nouvelle taxe douanière de 12,5% imposée par les États-Unis sur certaines marchandises vietnamiennes risque d’accentuer la pression sur plusieurs secteurs exportateurs. Elle accélérera toutefois les efforts du pays en matière de traçabilité des chaînes d’approvisionnement.

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Le Vietnam est confronté à des droits de douane américains plus élevés que ceux appliqués à plusieurs de ses concurrents, ce qui risque d’éroder sa compétitivité, notamment dans le secteur du textile-habillement. Premier exportateur de vêtements vers les États-Unis, le pays est en outre exclu d’un mécanisme permettant de réduire les droits de douane sur certaines importations textiles. Cette décision pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement de grandes marques internationales telles que Nike, Gap, Ralph Lauren et Under Armour, qui disposent d’importantes capacités de production au Vietnam.

Le textile-habillement est l’un des produits les plus exportés vers le marché américain. 
Photo : VNA/CVN

Les nouveaux droits de douane, fixés à 10% ou 12,5%, concernent une soixantaine de partenaires commerciaux, accusés de ne pas lutter suffisamment contre le travail forcé. Le Vietnam est soumis au taux de 12,5%, au même titre que la Chine. En revanche, le Bangladesh, le Cambodge, l’Indonésie et la Malaisie, qui ont conclu des accords commerciaux avec Washington, bénéficient d’un taux réduit de 10%.

Selon les données commerciales américaines, le Vietnam a dépassé la Chine l’an dernier pour devenir le premier exportateur de vêtements vers les États-Unis. Il figure également parmi les pays affichant les excédents commerciaux les plus élevés avec Washington. Son industrie de l’habillement se trouve désormais confrontée à un double désavantage : des droits de douane plus élevés que ceux de plusieurs concurrents asiatiques et l’exclusion d’un nouveau “mécanisme textile”.

Protection des droits des travailleurs

Ce dispositif, qui devrait être mis en place “dès que possible” pour une durée initiale de trois ans, vise à encourager les importations de coton et d’intrants textiles américains. Les pays bénéficiaires pourraient voir une partie de leurs exportations de vêtements vers les États-Unis exemptée de droits additionnels, ou soumise à des taux réduits, dans le cadre d’un système de quotas lié à leurs achats de coton et de matières premières textiles américaines.

Le Vietnam estime que la nouvelle décision des États-Unis d’appliquer un droit de douane de 12,5% à certaines importations ne reflète pas pleinement les progrès accomplis par le pays en matière de protection des travailleurs, de lutte contre le travail forcé et de mise en conformité avec les normes internationales. Il appelle à une évaluation plus objective dans l’esprit du Partenariat stratégique global entre les deux pays.

Les relations économiques et commerciales bilatérales ont connu un développement remarquable ces dernières années, constituant l’un des principaux piliers du Partenariat stratégique global établi entre les deux pays. Fondée sur le respect mutuel, la transparence et l’amélioration continue du cadre juridique vietnamien, cette coopération a favorisé une croissance soutenue des échanges et des investissements bilatéraux.

Dans ce contexte, la récente décision du Bureau du représentant américain au Commerce (USTR) d’appliquer un droit de douane supplémentaire de 12,5% aux marchandises importées provenant de toutes les économies faisant l’objet d’une enquête au titre de la Section 301 suscite des interrogations au Vietnam. En réponse, la porte-parole du ministère vietnamien des Affaires étrangères, Pham Thu Hang, a déclaré le 25 juillet que cette décision ne rendait pas justice aux démarches concrètes du Vietnam en matière de prévention et d’interdiction du travail forcé, en pleine conformité avec les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) et les accords de libre-échange signés par le pays.

Au Vietnam, la protection des droits des travailleurs constitue depuis longtemps un principe fondamental du système juridique national. La Constitution de 2013 garantit à chaque citoyen le droit au travail, à la libre sélection de son emploi et de son lieu de travail, tout en interdisant explicitement toute discrimination, le recours au travail forcé ainsi que l’emploi de mineurs en dessous de l’âge légal.

Au Vietnam, la protection des droits des travailleurs constitue depuis longtemps un principe fondamental du système juridique national. 
Photo : VNA/CVN

Transparence et durabilité

Ces principes ont été précisés dans le Code du travail de 2019, qui réaffirme la responsabilité de l’État dans la protection des droits et des intérêts légitimes des travailleurs, qu’ils soient ou non liés par un contrat de travail. Le texte garantit notamment la liberté de choisir son emploi, interdit toute forme de coercition et encourage les employeurs à offrir des conditions plus favorables que les exigences minimales prévues par la loi.

Le 22 juillet 2026, le gouverne-ment a publié le décret N°292 détaillant certaines dispositions et mesures visant à organiser et à guider la mise en œuvre de la Loi sur la gestion du commerce extérieur, dans laquelle l’article 5 stipule les marchandises dont l’exportation et l’importation sont interdites. Le Vietnam interdit l’importation de produits et de biens exploités, produits ou fabriqués entièrement ou en partie par le travail forcé en provenance d’entreprises, de pays ou de territoires conformément aux traités internationaux pertinents auxquels le Vietnam est partie.

Le ministère de l’Industrie et du Commerce considère cette nouvelle réglementation comme une étape importante dans la mise en œuvre des conventions de l’OIT et des engagements internationaux du pays, tout en contribuant à améliorer la transparence et la durabilité des chaînes d’approvisionnement.

Le Vietnam participe activement aux accords de libre-échange de nouvelle génération, qui accordent une place croissante aux normes sociales et environnementales. Les entreprises exportatrices des secteurs du textile-habillement, de la chaussure, des produits de la mer ou de l’électronique sont ainsi soumises à des exigences toujours plus strictes en matière de responsabilité sociale et de critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

Le ministre de l’Intérieur, Dô Thanh Binh, a rappelé que l’amélioration des conditions de vie et de travail demeure une priorité des pouvoirs publics. Le Vietnam compte aujourd’hui plus de 53 millions d’actifs, dont un nombre croissant de travailleurs qualifiés répondant aux standards régionaux et internationaux.

L’application d’un droit de douane supplémentaire de 12,5% pourrait avoir des répercussions négatives pour les deux parties. Les produits vietnamiens contribuent depuis de nombreuses années à la stabilité de l’offre et des prix sur le marché américain. Une hausse des droits de douane alourdirait les coûts pour les importateurs et les consommateurs américains, tout en pénalisant les entreprises vietnamiennes respectueuses des normes internationales.

Dans le cadre du Partenariat stratégique global bilatéral, Hanoï estime que la coopération économique et commerciale doit continuer à reposer sur la confiance, le dialogue constructif et une appréciation objective des progrès accomplis. Les autorités vietnamiennes souhaitent qu’une réévaluation de la politique tarifaire américaine tienne davantage compte des évolutions enregistrées par le pays, dans l’intérêt des deux économies.

Thê Linh/CVN

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