Du nombre à l’excellence : le nouveau pari universitaire

Afin de hisser ses universités au rang international, le Vietnam entend concentrer ses ressources sur les talents, l’innovation et les technologies stratégiques, tout en renforçant les liens entre établissements, entreprises et instituts scientifiques.

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Le pays dispose déjà d’un potentiel scientifique important. Selon le Dr. Vu Thanh Bình, directeur adjoint du Département des sciences, des technologies et de l’information du ministère de l’Éducation et de la Formation, ses établissements comptent 281 Professeurs, 2.472 Professeurs associés, 8.768 Docteurs et 15.317 titulaires d’un master. Cette ressource humaine constitue un socle essentiel pour renforcer la recherche et l’innovation.

Focaliser les ressources sur l’innovation

La production scientifique viet-namienne s’est développée dans les publications internationales.

En 2025, les établissements concernés ont publié 6.051 articles dans des revues indexées dans la base Web of Science, 4.177 dans des revues répertoriées dans Scopus et 2.670 dans d’autres revues internationales. Mais l’enjeu n’est plus seulement de publier davantage. Le vice ministre de l’Éducation et de la Formation, Pham Quang Hung, estime que les universités doivent passer d’une logique de “recherche pour publier” à une démarche visant à créer des connaissances et des technologies, à former des ressources humaines qualifiées et à résoudre des problèmes concrets.

Cette évolution répond à plusieurs limites : investissements dispersés, infrastructures insuffisantes pour les technologies de pointe, commercialisation et transfert des résultats encore en deçà du potentiel. Le ministère préconise de passer de projets isolés à des programmes de long terme, structurés autour d’équipes solides et de centres d’excellence. Les investissements doivent cibler les sciences fondamentales, les sciences de l’éducation, les technologies stratégiques et les domaines où chaque établissement dispose d’atouts particuliers.

Lors d’une conférence thématique sur les questions fondamentales et stratégiques du secteur, tenue le 28 août à Hanoï, le ministre de l’Éducation et de la Formation, Hoàng Minh Son, a présenté une réforme en profondeur du mécanisme d’allocation budgétaire de l’État aux universités publiques. Selon lui, le financement public sera désormais attribué “selon la mission assignée et l’efficacité réelle de chaque établissement”.

Il a insisté sur ce changement de logique : “Autrefois, l’autonomie conduisait souvent l’État à réduire de manière uniforme ses allocations sous prétexte d’autofinancement ; désormais, l’approche sera inversée. Plus un établissement se montrera performant et robuste, plus l’État investira de ressources en lui pour amplifier sa dynamique d’excellence”.

Modèle de "classe numérique" à Vietnam - German University (Université Vietnam - Allemagne). 
Photo : VNA/CVN

Certaines réalisations illustrent déjà cette orientation. L’École polytechnique de Hanoï a développé un logiciel générant automatiquement des images PET à partir d’images CT pour le diagnostic du cancer. Elle a aussi conçu une architecture et des modules logiciels xAPP pour les réseaux Open RAN 5G/6G, ouvrant la voie à une meilleure maîtrise des technologies de nouvelle génération.

Pour Bùi Quang Hung, directeur de l’Université d’économie de Hô Chi Minh Ville, il faut investir dans des infrastructures de données de recherche partagées entre établissements ou regroupant plusieurs disciplines. Une telle approche permettrait aux universités disposant de moyens limités d’accéder à des bases académiques internationales à coût raisonnable. Il préconise aussi de renforcer la coopération entre établissements afin de mutualiser infrastructures et expertises interdisciplinaires.

La question de l’excellence universitaire est liée à l’attractivité internationale. Selon la Dre. Lê Mai Lan, présidente du conseil de VinUni, environ 250.000 Vietnamiens étudient à l’étranger, contre seulement 22.000 étudiants internationaux accueillis au Vietnam. Les dépenses consacrées aux études à l’étranger sont estimées entre quatre et cinq milliards de dollars par an. L’internationalisation ne doit donc pas se limiter à attirer des étudiants : “Elle doit permettre d’attirer des talents, de développer la formation et la recherche conjointes et de produire des connaissances capables de rayonner à l’international”, souligne Mme Lan.

VinUni identifie cinq facteurs essentiels pour bâtir des universités d’excellence : adop-tion de standards mondiaux, développement de réseaux de partenaires, attraction des talents, création d’un écosystème reliant entreprises et recherche, capacité à transformer les connaissances en retombées concrètes.

Différencier sans rigidité

Université nationale de Hanoï à Hòa Lac.
Photo : VNU/CVN

L’Université nationale de Hanoï avance aussi plusieurs pistes. Son directeur adjoint Ðào Thanh Truong indique que l’établissement construit un modèle d’“université d’élite” à partir de parcours de formation développés depuis des décennies. Il prévoit d’introduire certains enseignements univer-sitaires dans les lycées pour assurer une continuité entre secondaire et supérieur. Des cursus scientifiques pour élèves à haut potentiel, des formations avancées et des programmes interdisciplinaires dans les semi conducteurs y sont déjà proposés.

Au niveau doctoral, l’université s’appuie sur 48 groupes de recherche performants et accorde depuis 2021 des bourses annuelles de 100 à 120 millions de dôngs aux doctorants et stagiaires d’excellence. La transformation suppose de passer de la dispersion à l’intégration des forces, de l’expansion quantitative à la priorité accordée à la qualité et aux talents, puis des résultats académiques à l’impact social. Le modèle “One VNU”, fondé sur la mutualisation des ressources à Hòa Lac, constitue un socle important de cette transformation.

Cette logique rejoint la proposition du Pr - Dr. Nguyên Tiên Thao, directeur du Département de l’enseignement supérieur. Il défend une différenciation du réseau, avec un passage d’investissements uniformes à des investissements fondés sur les missions et l’efficacité. Le groupe d’excellence pourrait compter trois à cinq établissements consacrés à la recherche de haut niveau, à la compétition internationale et à l’innovation de pointe.

Un deuxième groupe, composéde 25 à 30 établissements, assurerait la formation de ressources humaines hautement qualifiées et jouerait un rôle moteur à l’échelle régionale et sectorielle. Les autres établis-sements seraient davantage orientés vers la formation professionnelle.

Le vice ministre de l’Éducation et de la Formation, Lê Quân, précise toutefois que cette différenciation ne doit pas se transformer en classement rigide. Chaque établissement doit identifier ses points forts et construire sa propre trajectoire. Il insiste sur la nécessité de concentrer les ressources dans les domaines prioritaires, plutôt que de disperser les efforts.

Pour les STEM et les technologies, le Pr - Dr. Vu Van Yêm, directeur adjoint de l’Université des sciences et des technologies (École polytechnique de Hanoï - HUST), propose un modèle reposant sur les talents, une formation fondée sur la recherche, des liens étroits avec les entreprises et les partenaires internationaux, des laboratoires mutualisés et un écosystème d’innovation.

Il souhaite que les relations entre universités, entreprises et instituts de recherche évoluent du simple soutien vers la co construction, avec des investissements de long terme liés aux missions et aux résultats.

ÐAN THANH/CVN

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