Résolution N°71
Universités d’élite : asseoir la compétitivité mondiale par l’innovation

Le Vietnam place l’étudiant au centre pour faire émerger des universités d’élite, liées aux technologies stratégiques. La Résolution N°71 du Politburo vise trois à cinq établissements compétitifs à l’échelle mondiale, véritables moteurs d’innovation et de rayonnement international.

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Le 22 août 2025, le secrétaire général du Parti, Tô Lâm, a signé la promulgation de la Résolution No71 du Politburo relative aux avancées majeures dans le développement de l’éducation et de la formation. Ce texte fondateur engage le Vietnam dans une réforme profonde de son enseignement supérieur, avec pour objectif de bâtir des universités d’élite capables de rivaliser à l’échelle mondiale.

La Résolution fixe l’ambition de disposer, d’ici 2035, d’au moins deux établissements classés parmi les 100 meilleures universités mondiales dans certains domaines. Elle demande une réorganisation du réseau, des mécanismes spécifiques, une autonomie accrue liée à la responsabilité et une concentration des ressources. Le principe directeur est de placer l’apprenant au centre de toute innovation : gouver-nance, enseignement, contrôle, évaluation, transformation numérique et investissements. La qualité ne doit plus être mesurée uniquement au nombre de diplômés ou aux résultats scolaires, mais à la capacité des étudiants à créer de la valeur pour la société.

Dans les localités, cette orientation se traduit par des mesures concrètes : libérer les enseignants de tâches administratives, améliorer les conditions d’étude grâce aux infrastructures modernes, aux transports électriques ou encore à l’énergie solaire.

À Lâm Ðông (Centre), le secteur éducatif cherche notamment à libérer réellement les enseignants d’une partie de leur charge de travail, en réduisant dossiers, registres et tâches ne relevant pas directement de leurs fonctions professionnelles. Le temps ainsi dégagé doit leur permettre de se concentrer davantage sur l’enseignement, la recherche, la préparation des cours ainsi que l’accompagnement de chaque élève.

À Quang Ninh (Nord), cette même orientation se traduit par des mesures concernant directement les conditions d’étude et de vie des élèves : manuels scolaires, transport électrique, infrastructures, éner-gie solaire en toiture ou encore équipements de climatisation dans les établissements. Dans les communes frontalières, la construction d’écoles-internats à plusieurs niveaux d’enseignement est également accélérée.

Laboratoire de biotechnologie de l’Université internationale (Université nationale de Hô Chi Minh-Ville). 
Photo : VNA/CVN

La transformation numérique constitue l’un des principaux leviers de cette évolution. Mais elle ne doit pas se limiter à transférer les procédures et les dossiers sur un support électronique. Chaque base de données et chaque plateforme numérique doit répondre à une utilisation précise : quelle procédure est transformée, quels documents sont supprimés, quelles décisions sont facilitées et quel bénéfice concret en résulte pour l’apprenant, l’enseignant, l’établissement et la population.

Le numérique comme créateur de valeur

Cette progression fait cependant apparaître plusieurs difficultés. La qualité et l’exploitation des données doivent encore être améliorées. Les logiciels de gestion restent dispersés, tandis que les infrastructures, la cybersécurité et les ressources pédagogiques numériques communes constituent encore des points à renforcer.

Le développement rapide de l’intelligence artificielle impose également de compléter le cadre juridique, de mieux maîtriser les risques, de protéger les données personnelles, de garantir la fiabilité des contenus et de préserver l’intégrité académique.

Pour surmonter ces écueils et concrétiser la transformation numérique, le ministère de l’Éducation et de la Formation travaille au développement de la “Plateforme nationale d’éducation intelligente”, considérée comme l’un de ses produits technologiques stratégiques majeurs destinés au gouvernement.

Lors d’une conférence thématique consacrée aux questions fondamentales et stratégiques du secteur, tenue le 28 août à Hanoï, le ministre de l’Éducation et de la Formation, Hoàng Minh Son, a souligné que cette plateforme ne devrait pas se limiter à être “un simple moteur de recherche d’informations ou un générateur de réponses automatiques”. Elle devra au contraire fonctionner comme “un véritable tuteur ou assistant pédagogique virtuel”, capable d’accompagner l’apprenant dans sa méthode de travail, de stimuler sa réflexion et de personnaliser son parcours d’apprentissage.

À terme, le ministre a précisé que la mise à disposition gratuite de cet outil auprès de l’ensemble des établissements et des citoyens pourrait constituer une “solution fondamentale et durable” pour réduire le recours aux cours particuliers payants.

Une séance de classe à l’École normale supérieure de Hanoï. 
Photo : VNA/CVN

La transformation numérique ne prendra donc tout son sens que si elle facilite l’accès à l’éducation et améliore l’accompagnement de l’apprenant. Elle doit aussi permettre aux enseignants de consacrer davantage de temps à leurs activités professionnelles. À l’échelle de l’enseignement supérieur, cette évolution est étroitement liée à la qualité des ressources humaines, à la capacité de recherche et à la compétitivité nationale.

Stratégie 3-10-30

Au cœur de cette réforme se trouve l’architecture 3-10-30, conçue comme une ossature de mise en œuvre. Elle relie trois objectifs : développer 3 universités d’élite, maîtriser 10 groupes de technologies stratégiques et créer 30 produits technologiques stratégiques. La stratification du réseau s’articule autour de trois catégories. Le groupe d’élite devrait compter trois à cinq établissements, orientés vers la recherche de haut niveau, la compétition internationale et l’innovation de rupture. Le groupe pivot, composé de 25 à 30 universités, aura pour mission de former des ressources humaines hautement qualifiées et de jouer un rôle moteur dans les régions. Les autres établissements se concentreront sur la formation professionnelle et pratique.

Selon le vice-ministre de l’Éducation et de la Formation, Lê Quân, l’objectif n’est pas de concentrer toutes les ressources sur quelques établissements. Le développement des universités d’élite ne doit pas être réservé aux deux Universités nationales de Hanoï et de Hô Chi Minh-Ville. D’autres établissements doivent progresser dans leurs domaines de force et former des “zones de lumière” au sein du système. Les ressources doivent être orientées vers les priorités plutôt que dispersées.


Dix universités pivots seraient organisées autour des dix groupes de technologies stratégiques. Il ne s’agirait pas d’appliquer mécaniquement le principe “une technologie, une université”. Un établissement pourrait piloter plusieurs technologies proches, tandis qu’une technologie complexe pourrait être développée par une alliance de plusieurs universités, avec un responsable désigné.

Chaque domaine technologique devrait disposer d’un acteur académique assumant sur le long terme la responsabilité des équipes, de la formation doctorale, des technologies fondamentales, des données, des normes et des réseaux de coopération internationale. L’université pivot ainsi désignée serait un point de connexion entre recherche fondamentale et développement technologique.

Au niveau des trente produits stratégiques, l’enjeu se rapproche du marché. Il s’agit de mettre en place une organisation de recherche et d’innovation dotée d’une équipe centrale, d’un responsable scientifique, d’infrastructures adaptées, de procédures de gestion de la propriété intellectuelle, de partenaires industriels et d’une feuille de route allant de la technologie au produit.

Relier universités, recherche et entreprises

La sélection des universités d’élite s’effectue en deux étapes : une évaluation de leurs capacités fondamentales, suivie d’un audit approfondi de leurs plans de développement à long terme.

Le principe proposé est de privilégier un contrat de mission plutôt qu’un titre administratif. Ce contrat doit préciser ce que l’État commande, l’acteur responsable, les ressources garanties, le niveau d’autonomie accordé, les résultats attendus à chaque étape et les conditions permettant de poursuivre le financement.

Les financements sont alloués de manière ciblée : une dotation de base à long terme pour le groupe d’élite, des crédits par programme pour les universités pivots et des budgets par étapes pour les technologies et produits. La gestion interne de ces crédits reste flexible afin de s’adapter directement aux jalons convenus.

L’excellence n’est pas un statut permanent, mais un état dynamique maintenu par la performance. Un mécanisme d’entrée, de sortie et de réattribution est instauré. Si un établissement réalise moins de 70% de ses engagements, ses missions pourront être réduites ou confiées à une autre alliance. À l’inverse, dépasser les objectifs permettra d’obtenir un financement et une autonomie élargis.

Ces universités d’élite doivent s’imposer comme des pôles d’excellence et des locomotives capables d’élever le niveau de l’ensemble du système.

Le Vietnam cherche à passer d’un développement dispersé à un écosystème national reliant établissements de formation, instituts, entreprises, localités et partenaires internationaux.

Dans le laboratoire Robotics de l'Université d'industrie de Hô Chi Minh-Ville.
Photo : VNA/CVN

Dans ce modèle, la relation entre universités, entreprises et instituts de recherche doit évoluer d’un soutien mutuel vers une véritable co construction. Les infrastructures de laboratoire peuvent être partagées et les investissements doivent être associés aux missions, aux résultats et aux produits attendus.

Dans cette logique de compétitivité et de co-construction, Hoàng Minh Son a rappelé, lors du séminaire tenu le 28 août à Hanoï, que l’édification d’une université d’élite de classe internationale repose fondamentalement sur la synergie de “trois facteurs clés”. Le premier réside dans des “ressources abondantes”, afin que “les chercheurs n’aient plus à se soucier de l’obtention de fonds et puissent se concentrer pleinement sur leurs travaux”.

La deuxième repose sur un “rassemblement exceptionnel de talents”, réunissant des enseignants-chercheurs de premier plan, des dirigeants visionnaires et des étudiants d’excellence. Le troisième tient à une “gouvernance moderne et ultra-flexible”, fondée sur “une autonomie académique élargie, une souplesse de gestion et l’acceptation du droit à l’erreur scientifique”. Selon le vice-ministre, la combinaison de ces trois piliers est essentielle pour passer d’une simple concentration de talents individuels à “un pôle d’innovation à fort impact social”.

Interdisciplinarité et talents

L’Université nationale de Hanoï illustre cette orientation. Elle poursuit sa transformation vers un modèle d’école d’élite en s’appuyant sur une tradition de formation des talents construite depuis plusieurs décennies. L’établissement mise sur la détection précoce des talents dès le lycée et sur des programmes interdisciplinaires de pointe, notamment dans les semi conducteurs. Au niveau postuniversitaire, la formation est associée à la recherche de haut niveau grâce à des groupes performants et à des politiques de bourses destinées aux doctorants et stagiaires d’excellence.

L’Université des sciences et des technologies de Hanoï (École polytechnique de Hanoï - HUST) structure son modèle STEM autour de la formation par la recherche, d’un écosystème d’innovation et d’un partenariat étroit avec l’industrie.

Un robot industriel est introduit dans un cours pratique à l’École polytechnique de l’Université de Ðà Nang (Centre).
Photo : VNA/CVN

La mise en œuvre doit se dérouler par étapes. En 2026 2027, il est prévu d’établir une cartographie des capacités nationales : universités, instituts, laboratoires, groupes de recherche, équipements, experts, brevets, normes et entreprises, reliés aux dix technologies et aux trente produits stratégiques. Cette étape permettra d’identifier les lacunes, de définir les critères de sélection et de choisir les premières alliances pilotes.

En 2027 2028 viendraient la signature des contrats de mission et la restructuration. Il ne serait pas nécessaire d’attendre la constitution complète de l’architecture 3 - 10 - 30 : les établissements, domaines et produits disposant déjà d’une base solide pourraient être sélectionnés, tandis que les laboratoires existants seraient réorganisés pour éviter les doublons.

Entre 2028 et 2030, le fonctionnement devrait s’appuyer sur des étapes de résultats, avec priorité donnée aux technologies fondamentales et aux produits capables de créer des effets d’entraînement. Les premiers clients pourraient provenir du secteur public ou d’entreprises leaders, tandis que doctorants et jeunes ingénieurs seraient associés directement aux projets.

Fin 2030, une évaluation indépendante devra permettre d’élargir, d’ajuster ou de remplacer les acteurs concernés. La liste initiale ne serait donc pas maintenue automatiquement.

Ðan Thanh/CVN


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