>> La célèbre pianiste Dana Ciocarlie effectuera une tournée exceptionnelle au Vietnam
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| Dana Ciocarlie inaugure au Vietnam une tournée dédiée à l’eau, symbole reliant la Loire et le Mékong. |
| Photo : NVCC |
Le 29 septembre, à Hanoï, Dana Ciocarlie ouvre sa tournée vietnamienne avec le Cinquième concerto pour piano de Camille Saint-Saëns. De Hanoï à Hô Chi Minh-Ville, son programme se déploie autour d’un thème unificateur : l’eau, ressource vitale et enjeu écologique majeur, mais aussi fil conducteur reliant symboliquement les deux fleuves. La tournée se veut à la fois musicale, culturelle et pédagogique.
Saint-Saëns, les mers et l’Extrême-Orient
Surnommé "l’Égyptien", le Cinquième concerto de Saint-Saëns s’inspire de mélodies nord-africaines, sud-américaines et d’inflexions d’Asie du Sud-Est. Le compositeur l’imagina comme un voyage en bateau, traversée sonore à travers mers et continents.
Ce voyage fait écho à celui qu’il réalisa en 1895, lorsqu’il se rendit au Vietnam - alors Saïgon - ainsi qu’à Côn Đảo. Séduit par les musiques locales, les instruments vietnamiens et chinois, il y acheva son opéra Frédégonde, longtemps oublié avant d’être redécouvert récemment au Vietnam. Ses récits révèlent à la fois un artiste moderne - voyageant sous pseudonyme pour éviter trop d’admirateurs - et un observateur lucide des violences coloniales, qu’il dénonça, espérant que la beauté de l’art puisse un jour remplacer la force.
Un programme entre héritage et création
Au fil de la tournée, Dana Ciocarlie interprète également Ravel, Debussy, Fauré et Poulenc. Elle met en lumière plusieurs compositrices - Élise Bertrand, Édith Canat de Chizy, Marie Jaëll - ainsi que le compositeur vietnamien Tôn Thất Tiết, dont L’Océan trouve naturellement sa place dans ce programme aquatique.
C’est au siège de l’Orchestre symphonique national du Vietnam, dans le district de Cầu Giấy à Hanoï, qu’elle revient sur son parcours, entourée de portraits de compositeurs et d’une peinture représentant Hô Chi Minh dirigeant un orchestre, tandis que le passage du métro ponctue la conversation.
Un parcours forgé par la détermination
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| Pour Dana Ciocarlie, la musique est peut-être la plus haute expression de la conscience humaine. |
| Photo : NVCC |
Elle évoque avec modestie un chemin "tortueux et très spécial", comme celui de nombreux pianistes. "J’ai commencé très tard, à dix ans et demi", raconte-t-elle. Dans la Roumanie de l’époque, ses parents doutaient qu’une carrière de pianiste puisse lui offrir un avenir.
La chute des régimes communistes change tout : "J’étais encore étudiante quand la chute du mur de Berlin est arrivée. Tout s’est ouvert". Elle quitte Bucarest pour l’École normale de musique de Paris, remporte le Grand Prix Schuman et le Prix Pro Musicis, enregistre 33 disques. Sa vie de soliste se déroule à un rythme soutenu : "En un mois, j’ai fait une tournée en Chine, enregistré en France, puis je suis arrivée ici pour jouer le 5e de Saint-Saëns".
L’eau, une urgence et une inspiration
Le thème de l’eau s’est imposé à elle : "L’eau est vitale. En 2025, c’est un enjeu mondial". Elle rappelle avoir participé en juin à l’ouverture du Sommet mondial de l’ONU sur les océans, à l’Opéra de Nice.
Mais ce sont surtout le jumelage officiel entre la Loire et le Mékong et l’amitié de longue date de Madame Anne Nguyên qui ont façonné la programmation : compositeurs liés à la Loire (Dutilleux, Poulenc), œuvres inspirées de l’eau (Ravel, Debussy, Fauré), création vietnamienne, et mise en lumière des compositrices contemporaines. Ce projet a nécessité un an et demi de préparation, avec l’appui de Novelette et Living with Rivers. Ce qu’elle attend avec le plus d’impatience : "le moment où je serai sur le Mékong".
Musique, humanité et avenir
Interrogée sur le rôle de la musique aujourd’hui, elle répond sans hésiter : "La musique est peut-être la plus haute expression de la conscience humaine". Elle regrette toutefois la baisse de l’intérêt et du soutien politique pour la création classique en Europe.
Face à la montée de l’IA, elle souligne la force irremplaçable du concert : "La valeur ajoutée, c’est que les musiciens jouent en direct, on les voit". Selon elle, la musique classique demeure de toute façon "une niche trop petite pour intéresser économiquement les grands créateurs de musique IA".
Pour la suite, Dana Ciocarlie souhaite poursuivre l’intégrale des concertos de Mozart, approfondir la musique d’Europe centrale - héritage de ses origines - et préparer une collaboration avec le musicien électronique Arandel pour un projet intitulé Célestine, prévu en 2028, année où Bourges sera capitale européenne de la culture.
Lloyd Doré-Green/CVN


