Créer des espaces d’expérimentation pour stimuler l’innovation

Du développement de prototypes aux essais en conditions réelles, en passant par l’accès au marché, plusieurs programmes et politiques d’appui aux start-up accordent désormais une attention accrue à la phase de validation technologique. Une évolution qui souligne la nécessité de créer des espaces où les idées peuvent être testées, affinées et progressivement transformées en solutions concrètes.

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Cérémonie de lancement du projet “RE:ACT - Défi de l’innovation des jeunes pour une communauté durable”, le 7 août à Hanoï.
Photo : BTC/CVN

Le Centre national pour l’innovation (NIC), le Programme des Nations unies pour le développement au Vietnam (PNUD) et Samsung déploient actuellement le projet “RE:ACT - Défi de l’innovation des jeunes pour une communauté durable”. L’initiative invite les équipes participantes à travailler sur des problématiques proches du quotidien, comme la réduction de la fracture numérique, l’accompagnement des personnes handicapées, les économies d’énergie, la gestion sûre des produits chimiques ou encore l’économie circulaire.

Après une phase de sélection, 20 équipes bénéficieront pendant six mois d’un accompagnement, de mentorat et de tests de leurs solutions. Chaque groupe pourra recevoir une subvention pouvant aller jusqu’à 15.000 dollars. Particulièrement, les projets ne s’arrêtent pas au stade de l’idée. Ils suivent un processus complet, allant de l’identification du problème à la mise au point d’un prototype, puis à son expérimentation dans un environnement réel. Selon le NIC, l’objectif est de renforcer la faisabilité des initiatives portées par les jeunes afin d’accroître leur impact concret au sein de la communauté.

Un autre modèle, mené par le NIC, le PNUD et plusieurs partenaires, illustre également cette logique d’accompagnement de bout en bout, de l’idée au marché. Lors d’une journée de présentation du Programme d’incubation Vietnam-Japon, cinq des douze start-up incubées pendant six mois ont signé des protocoles d’accord ou des contrats avec des entreprises japonaises. Ces jeunes pousses ont bénéficié de formations, de mises en relation avec des entreprises, des experts et des partenaires commerciaux, ainsi que de tests sur certains modèles d’exploitation. Selon Dô Tiên Thinh, directeur adjoint du NIC, près de 20% des start-up concernées ont déjà ouvert des perspectives de coopération commerciale ou d’investissement à l’international, avec plus de dix partenariats commerciaux ou financiers noués.

Dô Tiên Thinh, directeur adjoint du Centre national pour l’innovation (NIC).
Photo : NIC/CVN

Dans de nombreuses localités, l’écosystème entrepreneurial reste toutefois marqué par un manque de connexion avec le marché, les mentors et les financements adaptés, alors même que les start-up de technologie de pointe ont besoin de davantage de temps et de ressources pour se développer.

Dans ce contexte, les centres d’innovation, les universités, les instituts de recherche et les fonds d’investissement sont appelés à jouer un rôle plus actif de passerelle entre idées, savoirs, capitaux et débouchés commerciaux. Cet écart apparaît particulièrement net pour les entreprises issues de la recherche scientifique. De nombreuses technologies restent cantonnées au stade du projet ou de l’expérimentation, sans déboucher sur des produits commercialisables.

Les entreprises créées à partir d’instituts de recherche ou d’universités se heurtent elles aussi à des obstacles liés au financement, aux mécanismes de soutien et à l’accès au marché. Pour les experts, il ne suffit donc pas de perfectionner les politiques publiques : les entreprises doivent aussi être orientées vers les dispositifs les plus adaptés à chaque étape de leur développement, afin d’accéder plus efficacement aux ressources disponibles. Il apparaît également nécessaire d’ouvrir davantage d’espaces permettant de tester, corriger et finaliser les technologies avant leur lancement commercial.

Des besoins concrets à la validation technologique

Certaines collectivités locales commencent elles aussi à élargir les espaces d’expérimentation technologique à travers divers instruments. Hanoï a ainsi mis en place un mécanisme de sandbox réglementaire dans plusieurs secteurs technologiques émergents. La ville travaille parallèlement à la création d’un fonds de capital-risque selon un modèle d’investissement public à gestion privée, à l’exploitation d’une plateforme d’échange d’idées et à l’examen d’un projet d’expérimentation de véhicules autonomes de niveau 4 proposé par Phenikaa-X.

Au-delà de ces espaces de test, plusieurs politiques de soutien direct au développement des produits sont également à l’œuvre. À Hô Chi Minh-Ville, les projets de start-up innovantes dans l’industrie des technologies numériques peuvent bénéficier d’un financement couvrant 50% des dépenses de recherche, de développement et de production pilote, dans la limite de 150 millions de dôngs par projet. Les activités liées à l’acquisition de licences et au renouvellement technologique peuvent, elles, recevoir jusqu’à 400 millions de dôngs par projet.

À Hai Phong, financement et expérimentation sont également associés via un fonds de capital-risque et un dispositif de sandbox appliqué aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle et au Net Zero. Sur 45 projets prioritaires soutenus, 68% affichent une évolution positive, avec des revenus stables et des créations d’emplois à la clé.

À l’échelle nationale, le Programme de développement de l’industrie des technologies numériques pour la période 2026-2030, avec une vision à l’horizon 2045, fixe parmi ses priorités le développement d’infrastructures partagées au service de la recherche, des essais et des contrôles techniques. Trân Anh Tu, directeur adjoint du Département des technologies numériques et de l’intelligence artificielle au ministère des Sciences et des Technologies, a précisé que le secteur des semi-conducteurs prévoit notamment des infrastructures d’appui à la production pilote, au test des puces et à l’exploitation d’un Centre national de soutien à la production expérimentale de semi-conducteurs.

Ces infrastructures de test gagneront toutefois en efficacité si elles sont directement liées à des problématiques concrètes. Les villes et les collectivités sont aujourd’hui confrontées à de multiples défis dans les domaines des transports, de l’environnement, de la santé, de l’éducation, de la logistique, de la transition numérique, de l’énergie ou encore de la gouvernance urbaine. Autant de terrains potentiels pour les start-up, les entreprises technologiques et les équipes de recherche.

Le Programme d’incubation Vietnam - Japon en fournit un exemple : des problématiques liées à l’agriculture, à la santé, à l’industrie, à la logistique, à la réduction des émissions ou à l’éducation y sont mises en relation avec des solutions technologiques, des standards et des partenaires de marché.

Cet ancrage est particulièrement crucial pour les nouvelles technologies. Les entreprises souhaitant investir sur le long terme dans les technologies de base ont besoin de cas d’usage réels, d’un premier marché et d’un environnement permettant de valider leurs produits. Selon Trân Anh Tu, le programme national de développement de l’industrie numérique fait de la commande publique, de l’attribution de missions, de la location et de l’achat de produits et services numériques l’un de ses axes majeurs. Il vise également à encourager l’usage de solutions Make in Vietnam, à rapprocher l’offre et la demande, et à stimuler le marché intérieur.

Dans cette logique, l’expérimentation et l’accès au marché doivent être pensés comme les deux volets d’un même processus : les infrastructures de test servent à perfectionner la technologie, tandis que les commandes, les achats et les premiers clients ouvrent la voie à la commercialisation.

L’écosystème vietnamien des start-up compte aujourd’hui environ 4.000 jeunes entreprises et a intégré pour la première fois, en 2026, le Top 50 mondial des écosystèmes de start-up. À mesure que cet écosystème évolue vers une exigence accrue de qualité et de valorisation commerciale de la technologie, la capacité à développer des entreprises solides et à mettre sur le marché des produits compétitifs devient un enjeu central.

Aux côtés des programmes d’incubation, de nombreuses politiques publiques, du niveau central aux collectivités locales, ouvrent progressivement de nouvelles conditions pour transformer les idées en prototypes, les tester et les rapprocher du marché. Davantage d’environnements de validation et davantage de problématiques issues du terrain devraient ainsi permettre aux innovations de mûrir, d’être appliquées à grande échelle et de créer de la valeur économique.

Phuong Nga/CVN

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