>> Garantir l’approvisionnement en carburants dans l’hypothèse d’un conflit prolongé au Moyen-Orient
>> Fret maritime et exportations vietnamiennes face aux turbulences logistiques
>> Les tensions au Moyen-Orient auraient un impact modéré sur l’économie vietnamienne
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| Au port de Lach Huyên, à Hai Phong. |
| Photo : VNA/CVN |
Les tensions géopolitiques menacent non seulement la sécurité énergétique, mais entraînent également une hausse des coûts logistiques, ce qui réduit directement les marges bénéficiaires des entreprises nationales d’import-export.
L’une des conséquences les plus évidentes est la perturbation des routes maritimes passant par la mer Rouge et le canal de Suez, des passages stratégiques reliant le commerce entre l’Asie, l’Europe et la côte Est des États-Unis. Lorsque les tensions s’intensifient, les grandes compagnies maritimes sont contraintes de modifier leurs itinéraires et de contourner le Cap de Bonne-Espérance pour garantir la sécurité. Cette situation prolonge le temps de transport de 10 à 15 jours, tout en augmentant les surcharges et les tarifs des conteneurs.
Les retards de livraison perturbent non seulement les plans de production, mais provoquent également une pénurie de conteneurs vides dans les ports du Vietnam, ce qui entraîne une hausse des coûts du fret maritime.
Pour les produits à faible marge bénéficiaire ou les produits agricoles à durée de conservation limitée, la hausse des coûts logistiques constitue un véritable enjeu de survie. Cela réduit la compétitivité des marchandises du Vietnam sur les marchés internationaux, en particulier sur des marchés clés comme l’Union européenne et les États-Unis, où les consommateurs resserrent actuellement leurs dépenses en raison de l’inflation.
Recommandations
Le Département d’import-export (relevant du ministère de l’Industrie et du Commerce) a formulé plusieurs recommandations afin de réduire l’impact de ce conflit.
Selon ses prévisions, les prix des biens de consommation, du carburant et du pétrole sur le marché mondial devraient augmenter, ce qui entraînerait des effets négatifs indirects et multidimensionnels sur les activités de production ainsi que sur les opérations d’import-export du Vietnam.
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| Un navire commercial est ancré au large de Dubaï, aux Émirats arabes unis, en raison de la perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, le 2 mars. |
| Photo : Agence Anadolu/VNA/CVN |
Dans le secteur de la logistique, la hausse des prix du carburant entraînera une augmentation des tarifs du fret maritime et aérien, impactant les itinéraires de transport de marchandises pour les pays du Golfe. De nombreux pays du Moyen-Orient ont restreint ou fermé leur espace aérien en raison des conflits en cours, ce qui provoque des détournements de vols cargo, un allongement des temps de vol et une hausse des coûts logistiques. Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz est quasiment paralysé suite aux frappes aériennes américaines et israéliennes contre l'Iran.
Face à ces défis, ce département a recommandé aux entreprises vietnamiennes de mettre en œuvre cinq groupes de solutions stratégiques
Premièrement, diversifier les sources d’approvisionnement et rechercher d’autres marchés présentant une demande similaire afin de réduire l’impact lorsque les activités d’exportation rencontrent des difficultés.
Deuxièmement, lors de la négociation et de la signature des contrats commerciaux, il est nécessaire d’accorder une attention particulière aux clauses relatives à la logistique, au transport, à la livraison et à l’assurance afin de protéger les entreprises contre les risques.
Troisièmement, analyser régulièrement la situation et coordonner l’échange d’informations avec les ministères et organismes concernés sur l’évolution des tensions géopolitiques.
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| Transformation d'ananas pour l’exportation. |
| Photo : VNA/CVN |
Quatrièmement, élaborer de manière proactive des plans de prévention et d’adaptation afin de limiter les risques et les pertes liés aux incidents commerciaux.
Enfin, maintenir un dialogue régulier avec les autorités publiques afin d’identifier de nouvelles commandes et d’explorer des marchés potentiels.
Les grandes entreprises ont déjà commencé à modifier leurs conditions commerciales, passant du prix CAF (Coût, Assurance et Fret) à celui FAB (Franco à bord) afin de transférer l’initiative et les risques liés au transport aux partenaires étrangers. De leur côté, les petites et moyennes entreprises se concentrent sur des marchés à proximité tels que l’ASEAN, la Chine et le Japon, afin de réduire leur dépendance à la route maritime de la mer Rouge et de mieux tirer parti des accords de libre-échange. Certaines entreprises ont également renforcé leurs stocks de matières premières, malgré l’augmentation des coûts.
À plus long terme, les experts recommandent au Vietnam d’investir fortement dans les infrastructures logistiques, de développer une flotte maritime internationale et de s’orienter vers la production de biens à plus forte valeur ajoutée. Les turbulences géopolitiques actuelles représentent certes un défi, mais aussi une opportunité pour les entreprises de réévaluer leurs chaînes d’approvisionnement et de renforcer leurs capacités de gestion des risques. Avec l’accompagnement du gouvernement et la flexibilité des entreprises, celles-ci disposeront des clés pour surmonter ces "vents contraires" et maintenir la dynamique de croissance des échanges commerciaux dans les années à venir.
Opportunités
Le Docteur Nguyên Quôc Viêt, chef du groupe de recherche macroéconomique, Université d’économie - Université nationale de Hanoï, a souligné que même dans les risques se trouvaient toujours des opportunités. Les turbulences géopolitiques actuelles peuvent accélérer la restructuration des chaînes commerciales et d’investissement mondiales, en orientant les acteurs vers la recherche de destinations plus sûres.
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| Les entreprises du secteur textile et de l’habillement accélèrent leurs délais de livraison afin d’éviter l’impact de la hausse du fret. |
| Photo : VNA/CVN |
Le Vietnam, grâce à ses atouts que sont la stabilité politique, la sécurité et une politique étrangère équilibrée, peut devenir une destination privilégiée pour une nouvelle vague de relocalisation de la production et des investissements. Cependant, pour tirer pleinement parti de cette opportunité, une préparation proactive est nécessaire, notamment de la part des entreprises. Les commandes qui se déplacent pourraient ne plus se limiter à une production de masse comme auparavant, mais concerner des produits plus spécialisés, exigeant des normes particulières, tout en offrant en contrepartie une valeur ajoutée plus élevée.
Par exemple, le marché Halal, destiné aux pays musulmans, constitue un cas représentatif. "Si les chaînes d’approvisionnement au Moyen-Orient venaient à être perturbées et que le Vietnam parvenait à développer un écosystème de produits halal conformes aux normes, ce segment pourrait devenir un marché particulièrement prometteur", a analysé M. Viêt.
En matière d’investissement, la tendance aux délocalisations sera également influencée par la rivalité géopolitique entre les grandes puissances. Si les grandes économies continuent d’appliquer des mesures strictes pour garantir la sécurité des chaînes d’approvisionnement, les flux de capitaux privilégieront les pays considérés comme "amis", stables et présentant de faibles risques géopolitiques.
La réallocation de la production et des investissements vers des économies stables comme le Vietnam est donc un scénario tout à fait envisageable. Il est toutefois nécessaire de bien se préparer, notamment en matière d’institutions, d’infrastructures et de capacités des entreprises, afin d’accueillir et de tirer pleinement parti de cette nouvelle vague de relocalisation.
Hoàng Phuong/CVN







