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| Le port de Saigon - Hiêp Phuoc (Hô Chi Minh-Ville) face aux perturbations liées à la situation au Proche-Orient. |
| Photo : VNA/CVN |
Les exportateurs vietnamiens traversent une période particulièrement difficile. La forte hausse des surcharges maritimes vers le Proche-Orient, liée aux tensions dans la région, fait grimper brutalement les coûts logistiques et menace la rentabilité de nombreuses entreprises.
Nguyên Dinh Tùng, président-directeur général du groupe Vina T&T, explique avoir reçu le 5 mars une notification annonçant une hausse des surcharges de transport maritime comprise entre 1.500 et 4.000 dollars par conteneur.
Jusqu’à récemment, le coût d’expédition des cargaisons vers ce marché oscillait entre 2.000 et 2.200 dollars par conteneur. Les fruits frais exportés par l’entreprise nécessitent des conteneurs frigorifiques, ce qui entraîne déjà des frais plus élevés que pour les marchandises standard. Avec les nouvelles surcharges, le coût total du transport maritime vers le Proche-Orient a pratiquement triplé.
"Pour les exportateurs, cette augmentation constitue un véritable choc", souligne-t-il.
Les compagnies maritimes réagissent
Les perturbations liées au conflit et aux risques de navigation dans la zone du détroit d’Ormuz ont poussé plusieurs grandes compagnies maritimes à introduire des surcharges d’urgence.
Le géant mondial du transport maritime Maersk applique désormais une surcharge comprise entre 1.800 et 3.800 dollars par conteneur, selon le type de marchandise et la destination, notamment vers les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït, l’Irak ou encore Oman.
La compagnie Hapag-Lloyd a introduit une " surcharge de risque de guerre " (War Risk Surcharge - WRS) variant de 1.500 à 3.500 dollars par conteneur. De son côté, CMA CGM a annoncé une " surcharge de conflit d’urgence " pouvant atteindre 4.000 dollars pour les conteneurs de 20 à 40 pieds et certaines cargaisons spéciales.
Ces mesures concernent toutes les réservations effectuées après le 2 mars, y compris les marchandises déjà en transit vers les ports du Proche-Orient.
Marges menacées
Pour les exportateurs de produits agricoles, l’impact est particulièrement sévère. La valeur commerciale des fruits et des produits agricoles transportés dans chaque conteneur reste relativement modeste, et les marges bénéficiaires sont bien plus faibles que dans les secteurs de haute technologie ou de l’électronique.
Selon Nguyên Dinh Tùng, une surcharge pouvant atteindre 4.000 dollars par conteneur suffit à absorber presque entièrement les bénéfices, voire à entamer le capital de l’entreprise.
"L’application simultanée de ces surcharges par les compagnies maritimes place les exportateurs dans une situation extrêmement délicate. Pour préserver notre crédibilité commerciale, nous sommes contraints d’assumer ces coûts supplémentaires, quitte à vendre à perte", explique-t-il.
Au-delà de l’augmentation des coûts, certaines compagnies maritimes ont également restreint l’acceptation de certaines marchandises.
Maersk a suspendu la prise en charge des conteneurs frigorifiques, des marchandises dangereuses et de certaines cargaisons spéciales à destination ou en provenance des Émirats arabes unis, d’Oman, de l’Irak, du Koweït, du Qatar, de Bahreïn, de la Jordanie et de l’Arabie saoudite.
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| Des ouvriers de la société de confection Dony implantée à Hô Chi Minh-Ville accélèrent la production pour l’exportation vers le Proche-Orient. |
| Photo : VNA/CVN |
CMA CGM, pour sa part, n’accepte plus les expéditions vers les ports de Bahreïn, du Koweït et du Qatar. Aux Émirats arabes unis, la compagnie limite ses opérations aux ports de Fujairah et de Khor Fakkan.
Le transporteur MSC a, quant à lui, suspendu toutes les réservations vers le Proche-Orient, invoquant la sécurité des équipages comme priorité absolue.
Des répercussions sur plusieurs secteurs
Les conséquences ne se limitent pas aux exportations directes vers le Proche-Orient. Les perturbations dans la région affectent également les routes maritimes reliant l’Asie à l’Europe et à l’Amérique du Nord.
Selon le comité de gestion des zones industrielles et d’exportation de Hô Chi Minh-Ville, plusieurs conteneurs frigorifiques transportant des crevettes et du pangasius à destination de l’Union européenne ou de certains marchés du Proche-Orient, comme la Jordanie ou les Émirats arabes unis, se retrouvent bloqués dans des ports de transbordement, ce qui accroît le risque de détérioration des produits.
Dans l’industrie textile et la fabrication de chaussures, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement menacent également les calendriers de livraison. Certaines entreprises redoutent déjà l’annulation de commandes estivales par leurs partenaires européens.
Les entreprises de transformation agroalimentaire opérant avec les marchés du Proche-Orient et d’Afrique du Nord se heurtent aussi à des difficultés de paiement international, en raison de perturbations dans les systèmes bancaires régionaux.
Le détroit d’Ormuz, l’une des principales voies de transport du pétrole et des marchandises au niveau mondial, joue un rôle crucial dans le commerce maritime international.
Sa perturbation oblige de nombreux navires à modifier leurs itinéraires. Selon Ngô Anh Tuân, secrétaire général de l’Association vietnamienne des agents et services maritimes, les navires reliant l’Asie à l’Europe ou à la côte est des États-Unis doivent désormais contourner l’Afrique en passant par le cap de Bonne-Espérance.
Cette déviation allonge les trajets de sept à vingt jours, ce qui entraîne une hausse significative des coûts d’exploitation.
Le groupe logistique ITL prévoit d’ailleurs une augmentation notable des tarifs de fret maritime sur les routes Asie-Europe et Asie–États-Unis après le 14 mars.
Des stratégies d’adaptation
Face à cette situation, certaines entreprises cherchent à adapter leur stratégie.
Chez Vina T&T, l’accent est désormais mis sur les produits transformés à longue durée de conservation, tels que les fruits surgelés rapidement (IQF), séchés ou transformés en jus. Ces produits peuvent être stockés pendant un à deux ans, ce qui permet de différer les expéditions en attendant une stabilisation des coûts de transport.
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| Dans un contexte international incertain, les exportateurs vietnamiens doivent ainsi redoubler de prudence et d’adaptation pour préserver leur compétitivité sur les marchés mondiaux. |
| Photo : VNA/CVN |
L’entreprise cherche également à partager les risques avec ses partenaires commerciaux. Elle négocie une répartition des surcharges ou privilégie les contrats de type FOB, dans lesquels l’acheteur se charge du transport maritime.
Parallèlement, certains volumes sont redirigés vers des marchés où les coûts logistiques restent plus stables, notamment la Chine, le Japon, la République de Corée et les pays de l’ASEAN.
Du côté des autorités, les services du commerce recommandent aux entreprises de diversifier leurs débouchés afin de réduire leur dépendance aux zones les plus affectées par les tensions géopolitiques.
Le Service municipal de l’industrie et du commerce de Hô Chi Minh-Ville conseille également aux entreprises d’évaluer attentivement la situation et de renforcer leurs stocks de matières premières pour sécuriser la production.
Les autorités locales envisagent par ailleurs de proposer des mesures de soutien financier, notamment sous la forme de réductions de taux d’intérêt pour les entreprises engagées dans les activités d’import-export.
Thao Nguyên/CVN






