Au-delà des 500 milliards de dollars, le Vietnam prépare la croissance de demain

Le franchissement du seuil des 500 milliards de dollars de PIB, un revenu par habitant supérieur à 5.000 dollars et une croissance soutenue de 6 à 7% sur cinq ans constituent des fondations déterminantes pour viser une trajectoire de croissance plus ambitieuse dans les années à venir. Pour autant, la réforme des marchés et l’amélioration de la qualité de la croissance restent des défis majeurs.

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Le port de Cai Mep-Thi Vai à Hô Chi Minh-Ville.
Photo d'archives : Huynh Son/VNA/CVN

Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes - tensions géopolitiques persistantes, durcissement des politiques commerciales et mise en œuvre de droits de douane réciproques par les États-Unis -, le Vietnam devrait atteindre, voire dépasser, l’ensemble des 15 indicateurs de développement socio-économique fixés pour l’année 2025. La croissance du PIB est estimée à environ 8%, un niveau parmi les plus élevés de l’ASEAN et du monde.

Sur l’ensemble de la période 2021-2025, la croissance moyenne atteindrait ainsi près de 6,3% par an, en légère progression par rapport aux 6,2% enregistrés lors du quinquennat précédent. La taille de l’économie vietnamienne est estimée à 510 milliards de dollars en 2025, tandis que le PIB par habitant dépasse les 5.000 dollars, permettant au pays de franchir le seuil des économies à revenu intermédiaire supérieur selon la classification de la Banque mondiale.

Pour le Dr. Lê Duy Bình, directeur d’Economica Vietnam, ces résultats constituent une base solide pour viser une croissance plus élevée à moyen et long terme, même si des défis structurels importants subsistent.

Une économie en expansion, un positionnement international renforcé

Au cours des cinq dernières années, le fait marquant le plus notable est la progression spectaculaire de la taille du PIB vietnamien, qui a pour la première fois dépassé la barre des 500 milliards de dollars. Cette performance a permis au pays de gagner quatre à cinq places dans le classement mondial, se positionnant désormais au 32ᵉ rang des économies mondiales.


Le maintien d’un rythme de croissance compris entre 6 et 7% par an a également contribué à l’augmentation rapide du revenu par habitant, marquant la sortie du Vietnam du groupe des pays à revenu intermédiaire inférieur.

Parallèlement, le volume total des échanges commerciaux devrait dépasser 920 milliards de dollars en 2025, témoignant du degré élevé d’ouverture de l’économie et de son rôle croissant dans les chaînes de valeur et le commerce internationaux.

Une amélioration progressive de la qualité de la croissance

Au-delà de l’expansion quantitative, la qualité de la croissance montre des signes d’amélioration. La contribution de la productivité globale des facteurs (PGF) est estimée à près de 47%, traduisant une montée en puissance du rôle de l’efficacité, de la technologie et de l’innovation.

Les infrastructures ont connu une transformation profonde, avec pour objectif l’achèvement de 3.000 km d’autoroutes, de 1.600 km de routes côtières, ainsi que la mise en service de nombreux ports maritimes et aéroports. Les indicateurs sociaux - réduction de la pauvreté, création d’emplois, indice de développement humain (IDH) - affichent également des résultats encourageants.

Sur le plan institutionnel, le nombre important de lois, résolutions et textes réglementaires adoptés au cours du quinquennat témoigne d’un effort soutenu pour consolider le cadre juridique et institutionnel du développement.

La stabilité macroéconomique comme ancrage face aux chocs mondiaux

Selon le Dr. Lê Duy Bình, la période 2021-2025 a été marquée par une succession de chocs majeurs, allant de la pandémie de COVID-19 aux ruptures des chaînes d’approvisionnement, en passant par les conflits géopolitiques et le resserrement monétaire à l’échelle mondiale.

Dans ce contexte, le Vietnam est resté fidèle à ses objectifs de stabilité politique et macroéconomique, tout en adaptant avec souplesse ses politiques monétaire, budgétaire, commerciale et d’investissement. Cette combinaison de constance stratégique et de flexibilité opérationnelle a constitué un socle essentiel pour la résilience et la reprise de l’économie.

Les efforts de réforme institutionnelle et d’amélioration du climat des affaires, conjugués à l’implication active des autorités à tous les niveaux et à la capacité d’adaptation des entreprises et des citoyens, ont également joué un rôle déterminant.

Des dysfonctionnements persistants sur certains marchés clés

Malgré ces acquis, plusieurs fragilités structurelles demeurent, notamment sur les marchés de l’immobilier, de l’or et des obligations d’entreprises.

Sur le marché immobilier, le principal problème réside dans des prix du logement excessivement élevés, déconnectés du pouvoir d’achat de la majorité de la population. Cette situation résulte d’une pénurie et d’un déséquilibre de l’offre, en particulier dans le segment du logement abordable et locatif, ainsi que de blocages juridiques prolongés. Le Vietnam doit, selon l’expert, privilégier le développement du logement social, du logement locatif, ainsi que de l’immobilier industriel, logistique et touristique.

Concernant l’or, l’écart persistant entre les prix nationaux et internationaux détourne une partie des capitaux vers des activités spéculatives peu productives. Une régulation fondée sur les mécanismes du marché est nécessaire pour réduire ces distorsions.

Quant au marché des obligations d’entreprises, après une phase de croissance rapide suivie d’un fort recul, la confiance des investisseurs commence à se rétablir. Toutefois, ce marché doit encore être consolidé afin de devenir un véritable canal de financement à moyen et long terme, complémentaire au système bancaire.

Trois piliers pour une croissance élevée à l’horizon 2026-2030

Pour la période 2026-2030, marquée par l’ambition d’une croissance à deux chiffres, le Dr Lê Duy Bình identifie trois axes prioritaires.

Le premier consiste à maintenir le rôle moteur du commerce extérieur, tout en transformant sa structure afin d’accroître la valeur ajoutée domestique, de développer les industries de soutien et de réduire progressivement le modèle de simple sous-traitance.

Le deuxième pilier repose sur la dynamisation de l’investissement privé, en encourageant les entreprises nationales à s’engager davantage dans les secteurs stratégiques, l’économie numérique, les technologies de pointe et les infrastructures essentielles.

Enfin, la stimulation de la consommation intérieure, par l’augmentation du revenu disponible des ménages, constitue un levier indispensable pour soutenir durablement la demande globale.

Plus fondamentalement, le futur modèle de croissance devra s’appuyer davantage sur la science, la technologie, l’innovation, l’économie numérique et l’économie verte, afin d’améliorer la productivité et la compétitivité nationale.

Des défis externes et un enjeu majeur de mise en œuvre

Les principaux défis des cinq prochaines années proviendront, selon l’expert, de l’instabilité persistante de l’économie mondiale et de la fragmentation croissante des échanges internationaux. À cela s’ajoute la nécessité cruciale de traduire efficacement les orientations et résolutions adoptées en actions concrètes.

Le Vietnam devra également libérer plus vigoureusement ses ressources internes - foncier, épargne domestique, capital humain - et renforcer la qualité de la main-d’œuvre pour répondre aux exigences de la transition numérique et de la croissance verte.

Phuong Dung - Câm Sa/CVN

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