Arrimer la recherche scientifique au marché

La recherche scientifique ne peut plus se limiter aux laboratoires. Elle doit désormais créer des technologies avancées, conquérir le marché et devenir un levier majeur de la croissance.

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À l’Université de Dà Nang (Centre), robots et automatismes au service de la formation.
Photo : VNA/CVN

La Résolution N°57 du Politburo du Parti a défini la science et la technologie, l’innovation et la transformation numérique comme la percée stratégique la plus importante, et comme un tremplin pour développer rapidement des forces productives modernes, renouveler la gouvernance nationale et permettre au pays d’accélérer son essor dans une nouvelle ère.

Ce texte, conjugué à la Résolution N°68 sur le développement du secteur économique privé, a dessiné un axe politique majeur : la science et la technologie comme moteur clé, l’économie privée comme l’un des moteurs les plus importants de l’économie nationale, et l’entreprise comme acteur direct de l’introduction de la technologie dans la production, les affaires et le marché.

Dans le même temps, la Loi sur la science, la technologie et l’innovation a constitué une avancée majeure en posant clairement l’exigence d’articuler les activités scientifiques et technologiques avec les besoins du développement socio-économique. Le texte comporte également des dispositions spécifiques sur la commercialisation des résultats de la recherche.

L’orientation stratégique fixée par le Parti, la traduction législative assurée par l’Assemblée nationale, la mise en œuvre organisée par l’État, la production de connaissances et de technologies par les scientifiques, et l’introduction de celles-ci sur le marché par les entreprises composent désormais une chaîne intégrée de développement scientifique et technologique. Cette articulation crée les conditions permettant aux ministères, collectivités locales, organismes publics, instituts de recherche et entreprises de rapprocher davantage les résultats de la recherche des besoins du marché, d’améliorer l’efficacité productive et commerciale, et d’accompagner la transition du modèle de croissance, avec la science et la technologie comme moteur central.

Résultats concrets sur le terrain

Dans plusieurs localités et entreprises, ce rapprochement entre science, technologie et production commence déjà à produire des résultats tangibles. Dans la province de Dông Thap (Sud), les autorités locales ont mis en place plusieurs programmes d’action pour renouveler le modèle de développement agricole, avec la science et la technologie comme levier. Parmi les initiatives phares figure une carte de surveillance de la croissance du riz, fondée sur l’imagerie satellitaire, avec un balayage périodique tous les douze jours, combinée à un modèle d’intelligence artificielle générative. Ce dispositif permet un suivi en temps réel de l’état de chaque parcelle, du semis jusqu’à la maturation du riz. Il fournit ainsi des informations précises sur les zones d’approvisionnement aux entreprises partenaires chargées de l’achat, optimise la chaîne de valeur et la distribution, et génère un gain estimé entre 1% et 2% de la valeur totale du secteur. Sur la base d’une production rizicole provinciale évaluée à environ 22.147 milliards de dôngs, cette solution apporterait une valeur ajoutée d’environ 222 milliards de dôngs par an.

L’usage combiné des drones et de l’intelligence artificielle permet de détecter efficacement les anomalies dans le transport d’électricité.
Photo : VNA/CVN

Dans le secteur de l’énergie, le groupe Électricité du Vietnam (EVN) a également enregistré des progrès significatifs. Dans le segment du transport d’électricité, l’utilisation de drones et de l’intelligence artificielle pour détecter les anomalies lors de l’inspection des lignes à 220 kV et 500 kV a permis de réduire les effectifs nécessaires de 22,4% pour l’exploitation des lignes de 500 kV, et de 17,9% pour celles de 220 kV. Dans la distribution, les compagnies électriques accélèrent le déploiement des systèmes SCADA/DMS, des compteurs électroniques, du relevé à distance, des services électriques en ligne et du service client numérique. Ces innovations ont permis de réduire d’environ 13.000 postes, pour des économies annuelles estimées à 2.700 milliards de dôngs.

De son côté, l’Université nationale de Hanoï a créé un écosystème complet de science et technologie, appuyé sur un mécanisme de promotion de la commercialisation selon une logique “Lab to Market”. Entre 2021 et 2025, l’établissement a conclu 252 contrats de transfert de technologies, pour une valeur totale estimée à 87 milliards de dôngs.

Fait notable, dans le cadre de la mise en œuvre de la Résolution N°57, l’université a renforcé un modèle de coopération structuré entre trois acteurs, souvent désigné comme la coopération “des trois acteurs”, associant État, universités et entreprises, afin de professionnaliser le portefeuille de produits et d’augmenter le taux de transfert technologique.

En 2025, elle a ainsi conditionné 50 produits scientifiques et technologiques dans les domaines de l’IA/IoT, des semi-conducteurs et des matériaux avancés en vue de leur transfert et de leur commercialisation. Sur cette base, elle a lancé un programme de recherche en intelligence artificielle pour la période 2025-2030, axé sur le développement d’applications destinées à l’éducation, à la santé, à l’agriculture et au développement durable, avec un fort potentiel de transfert vers le marché.

Réformes à poursuivre

Si les orientations et les politiques publiques ont ouvert la voie, et si leur mise en œuvre montre déjà des avancées positives, de nouveaux efforts restent nécessaires. Pour que la science et la technologie deviennent réellement le moteur principal de la transformation du modèle de croissance, la commercialisation des résultats scientifiques et leur articulation avec le marché doivent encore faire l’objet de réformes concrètes, à la hauteur du potentiel existant.

Prenant l’exemple de Samsung, qui a mis en service à Hanoï son Centre de recherche et développement (R&D) comptant environ 2.200 employés, ou celui de Bosch Global Software Technologies Vietnam, qui en compte près de 4.000.

Le déploiement massif de technologies innovantes dans la production engendre des retombées positives, concrètes et mesurables sur le terrain.
Photo : VNA/CVN

Vu Hông Quân, vice-président de l’Association des jeunes entrepreneurs du Vietnam, estime que les ingénieurs vietnamiens sont tout à fait capables d’intégrer des chaînes de R&D répondant aux standards internationaux, pour des produits et des marchés mondiaux. Pourtant, ils restent encore insuffisamment connectés aux entreprises nationales.

Selon lui, pour que la commercialisation des produits scientifiques et technologiques devienne une véritable capacité opérationnelle de l’écosystème d’innovation, un changement de paradigme s’impose : il faut passer d’une logique de simple présentation des technologies à une logique de résolution des problèmes du marché. Cela suppose aussi l’émergence d’acteurs intermédiaires capables d’orchestrer la commercialisation technologique, notamment à travers des mécanismes de guichet unique pour la mise en relation technologique.

Tô Hoài Nam, vice-président permanent et secrétaire général de l’Association vietnamienne des petites et moyennes entreprises (VINASME), remarque pour sa part que, dans le contexte actuel, la compétitivité nationale ne dépend pas seulement de quelques grandes entreprises de tête, mais aussi du niveau général de productivité et de capacité technologique de millions d’entreprises qui font tourner l’économie réelle. Dès lors, la réforme du modèle de développement national doit s’orienter vers une diffusion large des compétences technologiques dans l’ensemble de la communauté entrepreneuriale, et non plus seulement vers le développement de technologies isolées. Il appelle à une refonte profonde des mécanismes de coopération entre l’État, les entreprises, les universités et les instituts de recherche, avec l’entreprise placée au centre de l’application et de la commercialisation de la science et de la technologie.

Les technologies émergentes stimulent l’agriculture durable en optimisant la gestion des ressources et en renforçant l’efficacité des pratiques.
Photo : VNA/CVN

Même constat à l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam. Son président, Trân Hông Thai, rappelle que l’institution a obtenu ces dernières années des résultats importants, avec de nombreux travaux déjà commercialisés et appliqués dans des domaines tels que les biotechnologies, les nouveaux matériaux, les technologies environnementales, l’informatique, l’automatisation, l’énergie ou encore la pharmacie et la médecine. De nombreux produits scientifiques et technologiques ont progressivement trouvé leur place sur le marché et au service des entreprises, des collectivités locales et de la société. Mais pour être à la hauteur du potentiel et des nouvelles exigences du développement, l’académie souhaite que les entreprises prennent davantage l’initiative de passer commande en matière de recherche et de formuler des problématiques technologiques directement issues des besoins de la production et du marché. C’est, selon elle, une condition essentielle pour permettre aux scientifiques d’orienter leurs recherches de façon plus concrète, de développer des produits présentant un meilleur potentiel de commercialisation et de répondre directement aux défis des entreprises comme de la société.

Croissance par l’innovation

Le développement scientifique et technologique doit désormais se concentrer résolument sur la résolution des problèmes concrets de l’économie, l’amélioration de la productivité du travail, de la qualité des produits et de la compétitivité des entreprises. L’objectif est clair : faire de la science et de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique le principal moteur de la transformation du modèle de croissance.

Lors de la première réunion de 2026 du Bureau permanent du Comité de pilotage central pour le développement de la science, de la technologie et de la transformation numérique, le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, a souligné que 2026 constitue la première année de mise en œuvre de la Résolution du XIVe Congrès national du Parti et la deuxième année d’application de la Résolution N°57. Il a insisté sur l’urgence des enjeux et sur l’ampleur de la tâche, affirmant qu’il ne suffisait plus d’identifier les problèmes : il fallait désormais lever concrètement les blocages, produire des résultats tangibles et mesurables, et contribuer directement à la croissance globale du pays.

Phuong Nga/CVN

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