>> L'innovation exige des mécanismes plus flexibles
>> Le numérique progresse à grands pas à Quang Ngai
>> Le numérique au service du tourisme vietnamien
![]() |
| Paiement par code QR dans un magasin de boissons de la rue Phan Huy Chu, à Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
Au Vietnam, la transformation numérique ne concerne plus uniquement les administrations publiques ou les grandes entreprises technologiques. Depuis quelques années, elle s’oriente progressivement vers l’économie de proximité, touchant les commerces de détail, les prestataires de services et les ménages entrepreneurs qui constituent l’un des piliers de l’activité économique nationale.
Cette évolution est particulièrement visible dans les habitudes commerciales. Vente en ligne, paiements par le code QR, factures électroniques ou gestion numérique des transactions deviennent peu à peu des pratiques courantes. Derrière ces changements du quotidien se trouvent des orientations stratégiques de grande ampleur visant à faire de l’économie numérique un moteur essentiel de la croissance.
Infrastructure numérique
La Résolution N°57 du Politburo du Parti identifie ainsi l’économie numérique comme l’un des leviers majeurs d’un développement rapide et durable. Dans cette continuité, le gouvernement a adopté le Programme de développement de l’économie numérique et de la société numérique pour la période 2026-2030.
Les objectifs affichés sont ambitieux. D’ici 2030, l’économie numérique devra contribuer à hauteur d’environ 30% du Produit intérieur brut. Le programme prévoit également d’accompagner au moins 500.000 petites et moyennes entreprises dans leur transition numérique et de fournir des compétences numériques de base à 10 millions d’actifs.
Pour soutenir cette stratégie, le Vietnam a progressivement consolidé son cadre juridique. La Loi sur la transformation numérique, la Loi sur l’industrie des technologies numériques, la Loi sur les données ainsi que la Loi sur l’intelligence artificielle constituent aujourd’hui les principaux fondements réglementaires de cette évolution. À cela s’ajoutent de nombreuses réglementations et programmes d’action destinés à faciliter le déploiement des technologies dans l’ensemble de la société.
Parallèlement, le pays a développé une infrastructure numérique de grande envergure. Le réseau 5G poursuit son extension, tandis que les bases de données nationales, la plateforme d’identité électronique VNeID et plusieurs infrastructures numériques partagées offrent un environnement favorable à la modernisation des activités économiques.
L’un des défis majeurs consiste désormais à faire parvenir cette dynamique jusqu’aux acteurs les plus nombreux de l’économie vietnamienne. L’économie de base regroupe en effet des millions de ménages entrepreneurs, de commerces de proximité et de petites structures de services. Ces acteurs jouent un rôle essentiel dans la circulation des marchandises et la consommation intérieure, mais disposent souvent de ressources limitées en matière de compétences numériques, de gestion et d’accès aux technologies.
Nouveau modèle de coopération
Cette réalité explique l’importance accordée à des programmes spécifiquement conçus pour ce segment économique. Plusieurs projets pilotes ont déjà été déployés dans différentes localités. Après les premières expériences menées à Thai Nguyên, les villes et provinces de Dà Nang et Dông Nai ont été sélectionnées pour poursuivre l’expérimentation d’un modèle de coopération associant l’État, les entreprises technologiques et les ménages entrepreneurs.
![]() |
| Livestream de vente de litchits, province de Bac Ninh (Nord). |
| Photo : VNA/CVN |
Selon le vice-président du Comité populaire de la province de Dông Nai, où plus de 105.000 ménages exercent une activité commerciale, les autorités locales considèrent ce secteur comme un facteur déterminant de la croissance économique. L’objectif est de permettre à ces acteurs de tirer pleinement parti des outils numériques afin de renforcer leur compétitivité et de contribuer au développement local.
Concrètement, les participants bénéficient d’un accès à plusieurs solutions numériques essentielles : logiciels de gestion commerciale, factures électroniques, signatures numériques, paiements dématérialisés, plateformes de commerce électronique ou encore applications d’intelligence artificielle adaptées aux besoins des activités marchandes.
Les programmes prévoient également des formations aux compétences numériques, à la gestion des données et à la planification de la transition vers un statut d’entreprise lorsque cela est pertinent. Au-delà des outils eux-mêmes, l’ambition est de créer progressivement une véritable “communauté des ménages entrepreneurs numériques”, capable d’adopter des standards modernes de gestion, de finance et de gouvernance des données.
Cependant, les experts soulignent que l’existence d’un cadre politique favorable ne garantit pas automatiquement la réussite de la transformation numérique. L’écart entre les orientations nationales et leur mise en œuvre concrète demeure important.
De nombreux petits commerçants hésitent encore sur la manière d’entamer leur transition. Certains ne savent pas quelles solutions choisir, d’autres peinent à identifier les bénéfices immédiats ou à exploiter efficacement les données générées par leur activité. Dans bien des cas, la difficulté principale n’est pas technologique mais organisationnelle.
Pour répondre à cette situation, Nguyên Phu Tiên, directeur adjoint du Département de l’économie et de la société numériques (relevant le ministère des Sciences et Technologies), a mis en place un ensemble de critères permettant d’évaluer le niveau de maturité numérique des entreprises. Une plateforme en ligne accessible via rdx.gov.vn propose notamment un diagnostic de la “santé numérique” des commerces à partir de plusieurs indicateurs liés à la gestion des ventes, aux paiements électroniques ou à la gestion de la clientèle.
Cette approche vise à aider chaque structure à identifier son niveau de préparation et à construire un parcours adapté à ses besoins réels. Les autorités publiques et les entreprises technologiques peuvent ensuite proposer un accompagnement plus ciblé.
Selon le vice-ministre des Sciences et Technologies, Bùi Hoàng Phuong, la transformation numérique ne doit pas être réduite à l’acquisition de nouveaux équipements ou logiciels. Ces investissements constituent une condition nécessaire, mais non suffisante. L’essentiel consiste à repenser les méthodes de travail afin de résoudre plus efficacement les difficultés rencontrées dans la pratique quotidienne.
Comme il le souligne, l’objectif est d’accomplir les mêmes tâches “plus rapidement, plus simplement, de manière plus transparente et plus efficace”. Cette vision rejoint l’esprit du Forum national du numérique 2026, qui a rappelé que “la transformation numérique n’est pas la numérisation des anciens processus, c’est la création de nouvelles méthodes grâce aux technologies numériques avec une efficacité supérieure”.
À mesure que la distance entre les politiques publiques et la réalité du terrain se réduit, la transformation numérique apparaît comme un levier majeur pour accroître la productivité, créer de nouvelles valeurs et ouvrir de nouvelles perspectives de développement aux millions de ménages entrepreneurs vietnamiens.
HIÊP DUC - MINH QUÂN/CVN




