Affaires ethniques : renforcer la cohésion nationale

Durant huit décennies, les affaires ethniques n’ont cessé d’évoluer, tant dans leur conception que dans leur cadre institutionnel, au point de devenir l’un des piliers de la stabilité socio-politique, mais aussi du développement durable du pays.

>> Une directive pour accélérer le développement des zones ethniques et montagneuses

Photo : VNA/CVN

Le 3 mai 1946, le Président Hô Chi Minh signa le Décret N°58 instituant le Service des minorités ethniques, premier organe étatique chargé des affaires ethniques. Ce jalon historique illustre la vision stratégique du Parti et de l’État en faveur du bloc de grande union nationale.

La célébration du 80e anniversaire de la Journée traditionnelle de l’organe public chargé des affaires ethniques (3 mai 2026) offre ainsi l’occasion de revenir sur les acquis majeurs de ce long parcours, tout en traçant les perspectives d’une nouvelle phase de développement, dans laquelle la politique en faveur des minorités ne se limite plus à l’aide publique, mais vise aussi à stimuler les ressources internes, renforcer la confiance et affirmer le rôle central des communautés concernées.

Pour Hoàng Xuân Luong, ancien vice-président du Comité des affaires ethniques (aujourd’hui intégré au ministère des Affaires ethniques et religieuses), le principal acquis du Vietnam réside dans la constance de son orientation : égalité, solidarité, respect mutuel et entraide pour progresser ensemble.

Depuis 80 ans, le Parti et l’État ont consacré des ressources prioritaires aux régions montagneuses et aux zones peuplées de minorités ethniques. Cette stratégie a favorisé des évolutions sensibles telles que le recul de la pauvreté à un rythme supérieur à la moyenne nationale, l’amélioration graduelle des infrastructures et la diversification des modèles de développement socio-économique, mieux adaptés aux spécificités de chaque territoire et de chaque communauté.

De nombreuses familles ont pu s’extirper de la pauvreté grâce aux politiques de soutien.
Photo : VNA/CVN

L’un des résultats les plus structurants demeure la gestion harmonieuse des relations interethniques, qui a contribué à consolider le grand bloc d’union nationale, un facteur déterminant pour préserver la stabilité socio-politique et soutenir la trajectoire de développement du pays.

Derrière ces avancées se dessine une évolution importante des approches et des politiques, clairement inscrite dans les grands textes du Parti et de l’État. La Résolution N°24 du 12 mars 2003, adoptée lors du septième plénum du Comité central du Parti (IXe mandat), a posé les bases d’une nouvelle approche en affirmant le rôle central de l’État dans le soutien et l’investissement au profit des régions minoritaires. Puis, la Conclusion N°6 du 30 octobre 2019 du Politburo a insisté sur la nécessité de mobiliser les forces internes, érigées en levier clé du développement dans le nouveau contexte.

Plus marquante encore, la Décision N°1719 du Premier ministre, approuvant le Programme cible national de développement socio-économique des régions peuplées de minorités ethniques et des zones montagneuses pour la période 2021-2030 (1re phase : 2021-2025), a concrétisé de manière nette le passage d’une logique de “soutien” à une logique d’“autonomisation”, afin de permettre aux populations concernées de devenir pleinement actrices de leur propre développement.

Selon Hà Van Sáng, directeur adjoint du Département des affaires ethniques et religieuses auprès de la Commission centrale de la propagande et de la mobilisation des masses du Parti, la réussite de cette politique ne tient pas seulement à la résolution des questions sociales. Elle repose, plus profondément, sur la préservation de la cohésion, du consensus et de la stabilité à la base. L’aide sociale n’en serait, selon lui, que la partie visible. La confiance des populations, la solidarité communautaire et la stabilité politique locale en constituent le socle véritable. Lorsque ce dernier est solide, les politiques publiques peuvent être appliquées plus efficacement.

Photo : VNA/CVN

L’expérience acquise au cours de 80 années de travail ethnique, et plus particulièrement depuis 40 ans de Renouveau (Đôi moi), a fait émerger plusieurs enseignements stratégiques.

Le premier consiste à considérer cette politique comme une mission fondamentale, durable et urgente, compte tenu des difficultés qui persistent dans de nombreuses zones habitées par des minorités, qu’il s’agisse du niveau de développement, de l’accès aux services ou des conditions matérielles.

Mais l’exigence la plus novatrice réside dans le repositionnement des populations elles-mêmes au cœur du processus de développement. Ce n’est qu’en leur permettant de surmonter elles-mêmes leurs difficultés qu’il devient possible de susciter une dynamique durable. L’“autonomisation” ne se réduit donc pas à un dispositif administratif. Elle implique la création des conditions nécessaires pour que les habitants gagnent en autonomie, en confiance et en capacité à maîtriser leur avenir. Pour Hoàng Xuân Luong, cette évolution marque un tournant majeur dans la doctrine du Parti et de l’État.

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Garantir un droit égal au développement suppose toutefois d’analyser avec précision les handicaps de départ, notamment le niveau d’infrastructures, l’accès aux services publics et l’intensité des investissements requis. Une fois les conditions réunies, la capacité à mobiliser le potentiel propre des communautés devient décisive. L’expérience de terrain montre que le développement durable de ces régions ne peut être atteint que si les populations avancent par leurs propres moyens, appuyées mais non substituées par l’action publique.

Ces dernières années, la mise en œuvre du Programme cible national pour les régions des minorités ethniques et des zones montagneuses, combinée à de nouvelles politiques sectorielles, a déjà produit des résultats notables. La création d’établissements scolaires intégrés dans les régions montagneuses a ainsi permis non seulement d’élever le niveau d’instruction, mais aussi de faire émerger de véritables repères culturels capables de soutenir le développement sur le long terme.

Photo : VNA/CVN

Parallèlement, les programmes consacrés à la valorisation des cultures propres à chaque groupe ethnique ont contribué à raviver la fierté identitaire et le sentiment de dignité collective. Ce réveil culturel favorise, à son tour, l’esprit d’initiative, l’innovation et l’émergence de modèles économiques mieux adaptés aux réalités locales, créateurs de moyens de subsistance durables.

Dans le contexte actuel, le travail ethnique ne relève plus seulement de l’ingénierie publique. Il s’inscrit aussi dans un processus plus large de consolidation de la confiance, de création du consensus social et de renouvellement des méthodes d’action.

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Selon Hà Van Sáng, “il est essentiel de renforcer le dialogue direct avec les habitants afin de mieux comprendre leurs aspirations et leurs préoccupations”. Il plaide pour un passage d’une communication descendante à une approche centrée sur la résolution concrète des problèmes, en recourant à un langage plus accessible et à des méthodes plus proches du vécu quotidien, afin que les politiques publiques prennent réellement corps sur le terrain.

Dans cette perspective, le rôle des personnalités influentes au sein des communautés (anciens de village, chefs de hameau et autres figures respectées) apparaît déterminant. Ces relais constituent des ponts essentiels entre les autorités et les populations. De même, le recours accru aux technologies de communication est appelé à compenser les contraintes géographiques et à améliorer l’accès à l’information, à condition d’adapter les contenus aux réalités locales : messages brefs, précis et compatibles avec les spécificités de chaque région.

L’efficacité de cette politique repose aussi sur la qualité des cadres de terrain. Former des agents compétents, proches des habitants et familiers de la culture, des coutumes et des pratiques de chaque groupe ethnique est présenté comme un enjeu majeur. Ces responsables doivent être capables, dans l’esprit du Président Hô Chi Minh, de penser, observer, se déplacer, écouter, parler et agir au plus près du peuple, afin de rendre plus efficaces la sensibilisation, la mobilisation et l’application des politiques publiques.

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Dans de nombreuses zones frontalières habitées par des minorités ethniques, le renforcement de la confiance entre la population et les autorités revêt également une dimension stratégique en matière de défense et de sécurité. Consolider cette confiance, c’est aussi prévenir très en amont l’apparition de facteurs de déstabilisation et renforcer la résilience des territoires.

Au terme de 80 années d’évolution, les affaires ethniques apparaîent ainsi engagé dans une dynamique de plus en plus globale, humaine et durable, allant de la grande union nationale à la logique d’autonomisation et de mobilisation des ressources internes. L’objectif demeure inchangé : améliorer les conditions de vie matérielles et spirituelles des minorités ethniques, renforcer la confiance, nourrir le consensus social et construire une communauté vietnamienne unie, solidaire et tournée vers l’avenir.

Hiên Hanh - Phuong Nga/CVN

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