À 106 ans, Nguyên Dinh Tu poursuit sa quête infinie du savoir

Malgré son âge avancé, l’érudit Nguyên Dinh Tu continue de lire, d’écrire et de mener des recherches avec une passion intacte. Auteur d’une œuvre monumentale, il souhaite transmettre son savoir et ses méthodes de travail aux jeunes grâce à la transformation numérique.

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Photo : Truong Trân-CTV/CVN

Devenu un modèle pour les jeunes générations grâce à une vie entière consacrée à l’étude et à la recherche, Nguyên Dinh Tu vient d’être nommé ambassadeur inspirant du prix “Dê Mèn” (Grillon) 2026, lancé par le journal Thê thao & Van hoá (Sports & Culture), relevant de l’Agence Vietnamienne d’Information. Grâce à son parcours académique remarquable enrichi par la publication d’ouvrages prestigieux sur l’histoire et la culture du Vietnam, il a reçu plusieurs distinctions prestigieuses, notamment le prix Trân Van Giàu en 2023, ainsi que deux Prix A du Prix national du livre (2018 et 2024).

Une discipline de travail hors du commun

Ce qui force l’admiration de tous, c’est qu’à cet âge vénérable, le chercheur Nguyên Dinh Tu conserve l’habitude de travailler régulièrement de huit à dix heures par jour devant son ordinateur. Chaque soir, la lumière au coin de son bureau reste allumée. Le vieil homme peut écrire jusqu’à minuit et il lui arrive parfois, emporté par sa passion, de perdre la notion du temps et de continuer jusqu’à une heure du matin si ses enfants ne viennent pas le lui rappeler.

On dit souvent que la vieillesse est le temps du repos, mais pour lui, l’âge ne semble être qu’un chiffre. Dans son âme, la flamme du savoir brûle toujours d’un éclat vif, le poussant à poursuivre sa quête scientifique infinie. À 106 ans, il continue de lire, d’écrire et de mener des recherches quotidiennement, habité par une question qui ne le quitte jamais : comment permettre aux générations futures de mieux comprendre l’histoire de leur nation, d’aimer davantage leur pays et de vivre de manière plus digne et plus honnête ?

En jetant un regard rétrospectif sur sa vie et sa carrière, on découvre un érudit à l’œuvre colossale, doté d’une énergie impressionnante, d’un optimisme indéfectible et d’un amour infini du savoir. Pour lui, la connaissance n’est pas une notion abstraite : elle s’incarne dans les livres, elle est son souffle, son rythme de vie.

Le secrétaire général du Parti, Tô Lâm, vient présenter ses vœux du Nouvel An lunaire au chercheur Nguyên Dinh Tu (droite), le 9 février 2026. 
Photo : VNA/CVN

Au cours de ses plus de 80 années de recherches rigoureuses et d’écriture, il a consacré toute sa vie à la culture, à l’histoire et plus particulièrement à la géographie des terroirs du Sud. Au total, Nguyên Dinh Tu a publié une soixantaine de livres. Parmi ses œuvres majeures figure Gia Đinh - Sài Gon - Thành phô Hô Chi Minh : dam dài lich su, 1698-2020 (Gia Đinh - Saigon - Hô Chi Minh-Ville : un long chemin historique, 1698-2020) qui offre aux lecteurs une vision globale de l’histoire de la ville en couvrant tous les domaines: politique, administration, économie, société, culture, sport, éducation, santé ou encore religion. L’ouvrage peut être considéré comme un véritable ouvrage de référence pour quiconque souhaite approfondir sa connaissance de la ville.

D’autres œuvres importantes comptent le roman historique Loan 12 su quân (La révolte des 12 seigneurs de guerre), le recueil Giang son dât Viêt (Terre du Vietnam), ainsi que les ouvrages Đuong phô nôi thành Thành phô Hô Chi Minh (Les rues intra-muros de Hô Chi Minh-Ville), Chê dô thuc dân Phap trên dât Nam Ky (Le régime colonial français en Cochinchine) et Tu diên đinh danh hành chính Nam Bô (Dictionnaire des noms de lieux administratifs du Sud).

Transmission du savoir à l’ère numérique

Le chercheur confie que l’une des raisons pour lesquelles il a accepté de devenir ambassadeur d’inspiration du Prix “Dê Mèn” 2026 réside dans son désir de trouver de nouvelles occasions de partager son expérience de recherche et ses méthodes de travail avec la jeune génération.

Issu d’une famille pauvre d’une région rurale de la province de Nghê An (Centre), Nguyên Dinh Tu raconte qu’à l’époque de sa jeunesse, la plus grande difficulté dans l’étude de l’histoire du pays ne résidait pas seulement dans l’accès aux livres, mais surtout dans le traitement des sources documentaires. Comment identifier un passage douteux ? Comment comprendre les changements des noms administratifs au fil des époques ? Autant de défis particulièrement complexes. Selon lui, “si les chercheurs chevronnés pouvaient transmettre les secrets de leur métier grâce à la transformation numérique afin d’éviter aux jeunes de longues années de tâtonnements, ce serait une chose merveilleuse”.

À l’âge de 106 ans, le chercheur continue de travailler régulièrement de huit à dix heures par jour. 
Photos : CTV/CVN

Dans la recherche historique, la plus grande valeur ne réside pas simplement dans la publication d’ouvrages, mais dans le processus de “chasse“ à l’information, la capacité d’accéder aux archives, ainsi que dans la méthode de prise de notes, de mise en tableaux et de croisement des sources documentaires éparses. Voilà le véritable savoir-faire d’un chercheur, fruit parfois de plusieurs décennies de travail. “À l’ère numérique, s’il existait un outil ou une technologie capable de synthétiser tout cela sous forme de méthode de recherche scientifique afin d’aider les jeunes à maîtriser rapidement ce métier, ce serait formidable !”, souligne-t-il.

Il ajoute : “J’appartiens à une génération ancienne, avec un rythme de travail assez lent. Aujourd’hui, grâce aux progrès scientifiques, les recherches et la quête de documents d’archives sont plus rapides et plus riches ; c’est le grand avantage de notre époque. Je souhaite que les générations futures trouvent le travail documentaire plus léger et plus pratique que ce que nous avons connu”.

L’érudit confie qu’il existe de nombreuses façons d’approcher l’histoire, sans nécessairement devenir chercheur professionnel. “Un jeune qui maîtrise les bases historiques de son pays sera beaucoup plus confiant dans sa vie et dans son travail. Qu’il devienne artiste, écrivain ou scientifique, ce socle historique donnera une identité propre à ses œuvres et à ses réalisations”, affirme-t-il.

Cultiver la soif d’apprendre

Dès les débuts de sa carrière, Nguyên Dinh Tu a signé de nombreuses œuvres destinées à la jeunesse. Il fait lui-même partie de ces auteurs ayant commencé par écrire pour les enfants. Évoquant cette période, il raconte : “Quand j’étais lycéen, j’ai lu par hasard quelques livres pour enfants écrits par des auteurs hanoïens célèbres. Ces ouvrages m’ont énormément inspiré et je me suis dit : +Je pourrais moi aussi essayer d’écrire de telles histoires+. C’est ainsi que j’ai commencé”.

Sa première œuvre fut consacrée à Nguyên Xi, grand mandarin de la dynastie des Lê (1428-1789). “J’ai combiné ce que j’avais appris dans les annales et les documents historiques afin de bâtir mon premier récit. C’était aussi une manière de me mettre au défi : lire, chercher et apprendre à écrire en même temps. Une fois le manuscrit terminé et envoyé à Hanoï, j’ai eu la surprise, environ un mois plus tard, de voir mon livre en vente dans les librairies de Vinh, dans la province de Nghê An”.

La publication de ce premier ouvrage lui donna la confiance nécessaire pour poursuivre dans cette voie. Constatant l’accueil favorable des lecteurs, il continua avec Thù chông no nuoc (La vengeance pour le mari, la dette envers la Patrie), une autre œuvre inspirée de l’histoire nationale. Plus tard, il reçut de nombreuses invitations à collaborer et poursuivit l’écriture de récits proches du conte et de la légende, avec le désir de contribuer à l’éducation morale et à la transmission de belles valeurs aux adolescents de son époque.

L’ouvrage Gia Dinh - Sài Gon - Thành phô Hô Chi Minh : dam dài lich su, 1698-2020 (Gia Dinh - Saigon - Hô Chi Minh-Ville : un long chemin historique, 1698-2020).
Photo : CTV/CVN

Nguyên Dinh Tu compte environ une dizaine d’ouvrages destinés à la jeunesse. Ces livres encouragent les jeunes lecteurs à aimer leur famille, à rejeter l’égoïsme et à cultiver la soif d’apprendre. Pour raconter ces histoires, il s’appuie sur de grandes figures historiques vietnamiennes. Lorsqu’on l’interroge sur l’essentiel dans l’écriture pour la jeunesse, il affirme : “Selon moi, la responsabilité de l’auteur pour enfants doit avant tout se concentrer sur l’éducation morale et la formation civique. Il faut les aider à devenir plus tard des personnes de bien, capables d’hériter et de développer les valeurs nobles du passé”.

Pour lui, le patriotisme demeure une valeur fondamentale à transmettre. “Il faut faire comprendre que c’est précisément cet amour de la Patrie qui nous a permis de défendre notre pays. Et aujourd’hui encore, nous devons continuer à nourrir cet esprit, non seulement pour protéger la nation, mais aussi pour la bâtir et la développer afin qu’elle devienne chaque jour plus belle”.

Nguyên Dinh Tu est devenu une source d’inspiration majeure pour le monde de l’éducation et un modèle d’apprentissage tout au long de la vie. Son parcours rappelle que le savoir n’a pas d’âge et que la soif de connaissance peut transcender toutes les barrières générationnelles. Il aime d’ailleurs répéter : “L’apprentissage est le voyage de toute une vie”. Par son amour de la Patrie et son dévouement, il inspire aussi bien les chercheurs chevronnés que les jeunes engagés sur le chemin du savoir, laissant une empreinte de son engagement qui traversera les siècles.

Linh Thao/CVN

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