Nguyên Thai Tu, une vie dédiée à l’étude des poissons

L’ichtyologue Nguyên Thai Tu a consacré plus d’un demi-siècle aux poissons d’eau douce, révélant une biodiversité d’importance mondiale. Son parcours, marqué par la rigueur, la persévérance et l’engagement, incarne une vision profondément humaine de la recherche.

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Le Dr. Nguyên Thai Tu est honoré comme exemple national pour son engagement inspiré de la pensée Hô Chi Minh. 
Photo : CTV/CVN

Dans une maison discrète à Nghê An (Centre), une maquette de Phong Nha - Ke Bàng attire le regard dès l’entrée. Installée dans un coin du salon, elle évoque le lieu où le Docteur Nguyên Thai Tu a amorcé ce qui deviendra l’œuvre de toute une vie.

À 92 ans, le chercheur observe encore le monde avec curiosité. Lorsqu’on l’interroge sur ce “coin de forêt” miniature, il sourit : “Beaucoup de gens posent la même question. Ce n’est pas un endroit qui attire les moustiques, c’est mon piège à moustiques. Les larves deviennent la nourriture des poissons”. Une réponse simple, mais révélatrice d’un esprit scientifique toujours ancré dans le réel.

Grandes contributions à l’inventaire zoologique

Rien ne prédestinait Nguyên Thai Tu à devenir une référence dans l’étude des poissons d’eau douce. Formé en biologie, il débute ses recherches avec des moyens limités, où les priorités sont avant tout économiques. Son premier projet, consacré à la faune piscicole du fleuve Lam, s’inscrit dans cette logique.

“Au début, le niveau scientifique était encore modeste, l’objectif était surtout économique”, reconnaît-il. Mais à mesure que ses recherches progressent, une passion inattendue émerge : “Plus j’approfondissais, plus je me fascinai pour ces espèces. J’ai compris que notre nature recèle des questions d’envergure mondiale”.

Cette intuition guidera toute sa carrière. Il identifie 162 espèces de poissons d’eau douce dans la région de Phong Nha - Ke Bàng, sur les 544 recensées au Vietnam, dont plusieurs nouvelles pour la science. Ses travaux donnent lieu à 72 publications et à dix ouvrages majeurs, notamment des contributions à l’inventaire zoologique national et aux listes rouges.

En 2012, cette œuvre est récompensée par le prestigieux Prix Hô Chi Minh, consacré aux recherches sur la biodiversité du pays.

La reconnaissance scientifique ne s’obtient pas sans obstacles. Dans les années 1990, M. Thai Tu découvre une espèce inconnue dans une réserve naturelle du centre du Vietnam. Pourtant, faire valider cette découverte s’avère un véritable défi.

À une époque où les échanges scientifiques sont lents et contraints, il lui faut trois ans pour convaincre la communauté internationale. “Nous ne pouvions pas envoyer d’échantillons à l’étranger. Tout se faisait par lettres, avec des descriptions et des images”, se souvient-il.

Des centaines de courriers sont échangés avant que l’espèce ne soit reconnue comme nouvelle. Elle est baptisée Parazacco vuquangensis, en référence à son lieu de découverte.

La recherche doit avant tout servir la société

Un autre épisode témoigne de sa rigueur intellectuelle. Lors d’un débat sur la répartition du genre Cyprinus, un expert international conteste ses conclusions. Troublé, il reprend ses recherches sans relâche : “Je ne pouvais pas dormir. Une erreur scientifique est possible, mais il fallait en être certain”.

En revisitant les données historiques, il démontre que la divergence provient d’un ancien changement de cours d’un fleuve. Le lendemain, il présente une contre-argumentation fondée… sur les propres travaux de son contradicteur.

Le Dr. Nguyên Thai Tu et ses spécimens de poissons. 
Photo : CTV/CVN

Cette démonstration impres-sionne ses pairs. À l’issue d’une conférence, un expert international le qualifie d’“Einstein vietnamien”, saluant une intelligence à la fois rigoureuse et créative.

Au-delà des découvertes, M. Thai Tu défend une conception exigeante de la science. Pour lui, la recherche doit avant tout servir la société.

En 2025, il est honoré comme exemple national pour son engagement inspiré de la pensée Hô Chi Minh. Cette distinction reconnaît notamment son geste de léguer au Musée de la nature du Vietnam une collection de 164 espèces de poissons.

“C’est le travail de toute une vie, mais si je le garde pour moi, il ne pourra jamais exprimer toute sa valeur”, explique-t-il. Parmi ces spécimens, certains restent encore à identifier : “J’espère que les jeunes chercheurs poursuivront ce travail”.

Même après sa retraite en 2000, il continue d’accompagner étudiants et jeunes scientifiques. Son message est clair : Aujourd’hui, beaucoup choisis-sent des sujets “à la mode”. “Mais je conseille de travailler sur des questions concrètes, utiles à la société. En approfondissant, ces sujets trouveront naturellement une portée internationale”.

Le témoignage de Hô Anh Tuân, enseignant à l’Université de Vinh, illustre l’influence du chercheur. Initialement formé en entomologie, il s’oriente vers l’étude des poissons sous son impulsion. “J’ai appris auprès de lui non seulement les connaissances scientifiques, mais aussi la rigueur et l’éthique du métier”, confie-t-il.

Il poursuit : “La plupart de ce que je sais aujourd’hui vient de lui. Lorsque j’ai poursuivi mes recherches à l’étranger et soutenu ma thèse, ces connaissances ont été très appréciées”. Pour lui, l’héritage du professeur dépasse largement le cadre académique : “Il nous a appris à être exigeants, honnêtes et passionnés”.

Ses anciens élèves soulignent également son humilité. Lors de conférences, certains collègues l’appellent “professeur”, mais il répond en souriant : “Je ne suis qu’un simple Docteur”.

Une modestie qui contraste avec l’ampleur de son héritage scientifique.

Thao Nguyên/CVN

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