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| Nguyên Phi Lê dirige aujourd’hui l’un des instituts de recherche en intelligence artificielle (IA) les plus avancés du Vietnam. |
| Photo : CTV/CVN |
Petite silhouette, voix douce et sourire discret, il est difficile d’imaginer que Nguyên Phi Lê dirige aujourd’hui l’un des instituts de recherche en intelligence artificielle (IA) les plus avancés du Vietnam. À 44 ans, la scientifique consacre ses travaux à des défis bien réels, de la santé publique à l’environnement.
Dans un domaine encore largement dominé par les hommes, son parcours intrigue. Professeure associée, elle assure actuellement la direction par intérim de l’Institut de recherche et d’application en intelligence artificielle AI4LIFE, rattaché à l’Université des sciences et technologies de Hanoï (Université polytechnique de Hanoï - HUST).
L’IA au chevet de la santé
Menue et élégante, elle ne correspond guère à l’image classique d’une dirigeante de laboratoire. Pourtant, elle coordonne aujourd’hui une équipe d’environ quatre-vingt chercheurs et étudiants, parmi lesquels seules quatre sont des femmes.
Bien avant de se faire connaître dans l’IA, Phi Lê s’était distinguée en mathématiques. En 2000, elle remporte une médaille d’argent à l’Olympiade internationale de mathématiques, l’une des meilleures performances fémi-nines vietnamiennes dans cette compétition.
Sa trajectoire scientifique ne s’est pourtant pas dessinée de manière linéaire. Après une première année à l’Université des sciences et technologies de Hanoï, elle obtient une bourse du gouvernement japonais et part étudier les technologies de l’information à l’Université de Tokyo. Une fois son master obtenu, elle rentre au Vietnam et travaille quelque temps dans le secteur privé.
Mais l’expérience lui fait rapidement comprendre que sa place se trouve dans la recherche. Elle rejoint la HUST et repart au Japon en 2016 pour préparer un doctorat.
Lorsqu’elle soutient sa thèse en 2019, à 37 ans, sa carrière scientifique prend véritablement son essor. Entre 2019 et 2024, elle dirige trois projets de recherche majeurs, dont deux financés par le Fonds pour l’innovation VinIF, pour un budget total d’environ 11 milliards de dôngs.
Ces travaux poursuivent un objectif clair : mobiliser l’IA pour répondre à des problèmes concrets auxquels la société vietnamienne est confrontée.
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| Nguyên Phi Lê (1re à droite) lors d’une mission de terrain sur l’application de l’IA dans le domaine de l’environnement à Thanh Hoa (Centre). |
| Photo : CTV/CVN |
Dès son retour au Vietnam, Phi Lê fonde également un groupe de recherche réunissant de nombreux étudiants talentueux. Avant de prendre la tête d’AI4LIFE, elle dirigeait déjà le Centre international de recherche en IA, BK.AI.
Malgré le faible nombre de femmes dans ce domaine, elle affirme ne jamais faire de distinction entre les chercheurs. “La recherche en IA exige minutie, patience et persévérance. Dans mon équipe, les exigences sont les mêmes pour tous : seul le travail compte”, souligne-t-elle.
Ces derniers temps, Phi Lê passe beaucoup de temps… dans les hôpitaux. “Depuis deux ans, nos projets se concentrent davantage sur la santé”, explique-t-elle.
Dans sa jeunesse, elle rêvait pourtant de devenir médecin. Elle avait même envisagé de s’inscrire à l’Université de médecine de Hanoï, avant que ses parents ne l’encouragent à choisir une autre voie. Elle s’oriente finalement vers l’électronique, puis l’informatique.
Près de vingt ans plus tard, ses recherches la rapprochent finalement du monde médical.
Le tournant intervient en 2021 lorsque son équipe obtient un financement du Fonds VinIF pour développer VAIPE, un système d’IA destiné à assister les soins de santé pour les patients vietnamiens. Le projet sera ensuite reconnu comme l’un des plus remarquables parmi plus d’une centaine d’initiatives soutenues par le fonds.
Le succès attire rapidement l’attention de plusieurs hôpitaux. Plus récemment, son équipe a développé un chatbot médical en collaboration avec l’Association des jeunes médecins du Vietnam. Cette plateforme pourrait fournir chaque année des conseils de santé à près de deux millions d’utilisateurs.
Des recherches tournées vers les besoins réels
Les recherches de Phi Lê partent presque toujours de problèmes concrets rencontrés par la société.
Dans la province montagneuse de Diên Biên (Nord), les médecins ont sollicité son équipe pour améliorer l’accès au diagnostic du cancer. Les examens PET, indispensables pour détecter certaines tumeurs, nécessitent des équipements extrêmement coûteux et disponibles dans très peu d’hôpitaux.
Le projet consiste à utiliser l’IA pour générer, à partir d’images CT, une approximation des images PET afin d’identifier les cas suspects.
“Les images produites par l’IA ne peuvent pas remplacer totalement les examens réels, explique la chercheuse. Mais elles peuvent aider à orienter les patients vers un diagnostic plus approfondi lorsque c’est nécessaire”.
Parallèlement, son groupe poursuit des travaux liés à l’environnement et au climat. En collaboration avec le Centre national de prévisions hydrométéorologiques, il applique l’intelligence artifi-cielle à la prévision de l’intensité des typhons et des précipitations.
Pour Phi Lê, toutefois, l’IA ne doit pas être perçue comme une solution miracle. “L’IA n’est pas une clé magique, souligne-t-elle. Il faut des recherches solides et un travail important sur les données pour qu’elle devienne réellement utile”. Et c’est précisément cette conviction qui guide aujourd’hui ses travaux : mettre la technologie au service de la vie quotidienne et des besoins réels de la société.
Thao Nguyên/CVN






