Yasushi Ogura, un Japonais bien tranquille au village de Lô Lô Chai

Lô Lô Chai, village autrefois méconnu de la carte touristique, s’est transformé après qu’un homme japonais y a investi ses économies pour ouvrir un café et préserver avec persévérance les maisons traditionnelles en pisé.

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Le Japonais Yasushi Ogura.
Photo : Thiên Diêu/CVN

Yasushi Ogura, 69 ans, n’est pas le premier étranger à avoir posé le pied à Lô Lô Chai, mais il est sans doute celui qui a transformé ce village ignoré du tourisme.

Depuis près de trois décennies, il s’est rendu plus de cent fois à Hà Giang (aujourd’hui province de Tuyên Quang, dans le Nord-Ouest du Vietnam).

Plutôt que de lancer des circuits ou de construire des complexes hôteliers, il a choisi un chemin plus modeste : rénover une maison, ouvrir un café et convaincre les habitants de développer le tourisme selon leurs propres traditions.

Plus de 100 séjours à Hà Giang

Né en 1957 à Tokyo, il est affectueusement surnommé par beaucoup "le visiteur japonais amoureux de Ha Giang et de la culture des Lô Lô".

En 1995, M. Yasushi découvre le Vietnam pour la première fois lors d’un séjour d’une semaine à Hô Chi Minh-Ville et Cân Tho.

Après cette expérience, il y revient presque chaque mois, tout en apprenant le vietnamien en autodidacte afin de pouvoir explorer davantage de régions.

Cette même année, il s’aventure pour la première fois à Hà Giang, où les infrastructures sont encore rudimentaires et le tourisme quasi inexistant.

Des paysages aux modes de vie locaux, il perçoit très tôt le potentiel d’un développement touristique fondé sur les richesses culturelles et humaines des habitants.

Dès lors, il retourne chaque année à Hà Giang en suivant un itinéraire familier : de Tokyo à l’aéroport de Nôi Bài, puis en bus de nuit jusqu’à Hà Giang, avant de poursuivre vers Dông Van et de rejoindre les villages à moto-taxi ou à pied.

En 2015, après sa retraite, il passe davantage de temps à Lô Lô Chai, dans la commune de Lung Cu.

Le village compte alors 120 foyers, majoritairement issus de l’ethnie Lô Lô, vivant de la culture du maïs, du riz et de la distillation d’un alcool traditionnel vieux de près de 800 ans. Le paysage se distingue par ses maisons en terre battue, certaines âgées de plusieurs dizaines à plus de 200 ans.

Lorsque l’idée du tourisme est évoquée, la plupart des habitants se montrent peu enthousiastes et restent hésitants, faute de moyens et sans vision concrète de ce que cela pourrait devenir.

Cet homme japonais décide alors de commencer par le chef du village, Sinh Di Gai. Il a investi près de 100 millions de dôngs pour aider la famille de M. Gai à rénover les toilettes et à améliorer l’espace d’accueil des visiteurs, à condition que l’architecture traditionnelle de l’ethnie Lô Lô soit préservée. Cette initiative constitue le premier essai d’hébergement chez l’habitant dans le village.

Par la suite, le Japonais a investi 200 millions de dôngs dans la famille de Lu Thi Van pour ouvrir un café. Il a personnellement commandé des tables et des chaises à Hanoï et a engagé du personnel pour enseigner la préparation du café, l’anglais et l’accueil des visiteurs.

La même année, le café "Cực Bắc" (Extrême-Nord) a ouvert ses portes. L’établissement conserve l’architecture d’origine. Les visiteurs peuvent y savourer un café et assister aux gestes du quotidien, comme le tissage du brocart, tout en admirant l’authenticité du lieu.

Chaque mois, M. Yasushi retourne au Vietnam pour suivre de près l’évolution du projet. Parallèlement, il met à profit Internet et ses contacts afin de promouvoir le village de Lô Lô Chai auprès d’un public plus large, faisant ainsi rayonner son initiative au-delà des montagnes du Nord.

Selon lui, le café n’est pas qu’une simple activité commerciale, mais un point de départ. Une fois qu’un foyer se lance, d’autres peuvent suivre avec le modèle de homestay.

Le Japonais Yasushi Ogura et la propriétaire du café "Cực Bắc", Lu Thi Van.
Photo : NVCC/CVN

Outre cet investissement, il a également octroyé 95 millions de dôngs supplémentaires à une autre famille pour la rénovation de sa maison en vue de l’accueil de visiteurs.

"Lorsque les premières familles ont commencé à recevoir des touristes, la perception de tout le village a progressivement changé", confie-t-il.

Faire soi-même et préserver soi-même

Pour développer le tourisme à Lô Lô Chai, Yasushi privilégie la conservation plutôt que la transformation radicale. Il a inspecté plus de 100 maisons du village, sélectionnant celles qui avaient conservé le plus de structure traditionnelle afin de les accompagner dans leur rénovation.

Grâce à cette approche, Lô Lô Chai échappe à une transformation uniforme et conserve ses maisons traditionnelles en pisé, ses clôtures en pierre et son agencement spatial. "L’important, c’est qu’ils conservent et agissent par eux-mêmes", souligne-t-il.

Selon Sinh Di Gai, chef du village, 56 des 120 foyers participent désormais aux activités touristiques. Lô Lô Chai est également le village le plus populaire parmi les cinq localités vietnamiennes distinguées comme "Meilleur village touristique du monde". Cette reconnaissance a attiré un afflux de visiteurs, atteignant environ 10.000 touristes par semaine, avec des pics entre 12.000 et 15.000.

Toutefois, derrière chaque distinction internationale se cachent des risques potentiels. De fait, des signes de surcharge commencent à apparaître à Lô Lô Chai. La pression de la commercialisation se manifeste notamment par des réservations de chambres d’hôtes effectuées par des intermédiaires, puis revendues à des prix 1,5 à 3 fois supérieurs aux tarifs officiels affichés.

L’afflux rapide de visiteurs, notamment pendant les vacances et le Têt traditionnel (Nouvel An lunaire), exerce une forte pression sur les infrastructures d’électricité et d’eau, provoquant même des coupures de courant.

Des experts soulignent qu’un développement touristique trop rapide, sans préparation adéquate de la communauté en matière de gestion, risque de dénaturer l’authenticité de l’expérience.

Selon Yasushi Ogura, pour un tourisme durable, il faut préserver les valeurs locales. Le succès ne se mesure pas au chiffre d’affaires, mais au sourire de Mme Van accueillant des visiteurs internationaux, à la confiance de M. Gai lorsqu’il parle de la culture de son ethnie.

"Les gens pensent que je viens dans les régions montagneuses du Vietnam pour donner de l’argent aux habitants afin de développer leur économie, mais ce n’est pas le cas. Certes, mon aide a amélioré leurs conditions de vie, mais mon objectif principal est de les aider à préserver leurs maisons anciennes", conclut Yasushi Ogura. 

NDEL/VNA/CVN

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