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| Grâce à son expertise, la docteure Ho Y Chùa est devenue une figure de confiance pour les minorités ethniques locales à Nghê An. |
| Photo : VNA/CVN |
Bravant les carcans des coutumes archaïques et l’hostilité d’une nature sauvage aux confins de la frontière, un couple de praticiens dévoués - le docteur Lâu Ba Hùa, cadre du Centre de contrôle des maladies (CDC) de la province, et la docteure Ho Y Chùa, médecin au Centre médical de Ky Son - a écrit une remarquable histoire humaine. Loin de l’attrait des métropoles florissantes et du confort urbain, ils ont fait le choix conscient de s’établir là où les besoins sont les plus criants. Considérant la santé de leurs compatriotes comme leur raison d’être, ils sont devenus les “boucliers” protégeant la vie aux portes de la nation.
Volonté contre fatalité
Pour décrocher leur diplôme de médecine et revenir servir sur leur terre natale, M. Hùa et son épouse ont dû entreprendre une véritable “traversée de la jungle”, au sens propre comme au figuré. Le docteur Lâu Ba Hùa garde dans sa mémoire l’image de l’enfant frêle qu’il était : marchant péniblement, appuyé sur un bâton, un modeste sac de riz sur le dos, parcourant plus de 20 km sur des sentiers forestiers pour rejoindre son école internat.
Né dans une famille pauvre de dix enfants dans le village de Truong Son, il semblait condamné à reproduire un destin marqué par la pauvreté et l’illettrisme. Mais il a refusé de se résigner. “L’épreuve ne consistait pas seulement à franchir des cols escarpés ou à rationner chaque grain de riz ; c’était aussi un combat psychologique contre les traditions familiales et contre soi-même pour ne jamais abandonner les bancs de l’école”, se souvient-il avec émotion.
Son parcours académique l’a conduit de Vinh, où il a commencé des études paramédicales en 2004, à Hai Phong (Nord) en 2009, où il a obtenu son diplôme de médecin. Ce furent des années de privations, durant lesquelles chaque centime de bourse était précieusement économisé pour nourrir un rêve : devenir le médecin de son village.
À ses côtés, son épouse Ho Y Chùa incarne une résilience tout aussi remarquable. Elle fut l’une des rares jeunes femmes H’mông de Nghê An à obtenir un diplôme de médecine à cette époque. Son parcours fut semé d’obstacles supplémentaires liés aux préjugés de genre. À la fin de sa scolarité, elle faillit être contrainte à un mariage arrangé. Mais la compréhension de sa belle-famille et sa passion pour la médecine lui ont permis de poursuivre sa vocation. Leur amour, né d’idéaux communs, s’est épanoui comme les arbres séculaires de la forêt.
Rempart sanitaire à la frontière
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| Le couple de médecins H’mông Lâu Ba Hùa et Ho Y Chùa. |
| Photo : VNA/CVN |
Après l’obtention de leurs diplômes, au lieu de rechercher une carrière dans les grands hôpitaux urbains, le couple a choisi de revenir à Nâm Can, véritable avant-poste de la frontière.
Le docteur Lâu Ba Hùa est aujourd’hui vice-responsable du Département de quarantaine médicale internationale au poste frontalier. Il opère sur une véritable “ligne de front” sanitaire, où l’on surveille l’apparition de menaces épidémiques transfrontalières.
Avec ses collègues, il mène une mission discrète mais essentielle, qui ne connaît ni week-end ni jours fériés. Le flux constant de voyageurs et de marchandises entre le Vietnam et le Laos comporte des risques sanitaires permanents. Chaque jour, les équipes appliquent des protocoles stricts : contrôle thermique, traçage épidémiologique et désinfection des véhicules. En état d’alerte permanent, elles sont prêtes à intervenir à tout moment.
“Une simple seconde d’inattention peut avoir des conséquences graves pour la communauté. Nous sommes les gardiens de la santé publique”, souligne le docteur Hùa.
Pendant que son époux veille à la frontière, la docteure Ho Y Chùa exerce au Centre médical de Ky Son. Grâce à son expertise et à sa douceur, elle est devenue une figure de confiance pour les minorités ethniques locales.
Sa maîtrise du vietnamien et sa connaissance profonde de la culture H’mông lui permettent d’établir une relation de proximité avec ses patients. Pour elle, la plus grande récompense reste le regard reconnaissant de ceux qu’elle soigne.
La docteure Moong Thi Tham, directrice adjointe du Centre mesdical de Ky Son, ne cache pas son admiration : “Mme Chùa est une médecin dynamique et passionnée. Elle ne se contente pas d’être compétente sur le plan professionnel ; elle contribue aussi à renforcer l’esprit de solidarité au sein de notre établissement”.
La vie quotidienne de ce couple de médecins de montagne est rythmée par des repas pris à la hâte, des nuits de garde et des moments familiaux souvent trop courts. Malgré des infrastructures limitées et les risques sanitaires permanents, ils n’ont jamais regretté leur choix.
Lorsqu’on les interroge sur les sacrifices que cette vie exige, le docteur Hùa répond avec sérénité : “La médecine ne nous a rien pris. Au contraire, elle nous a tout donné. Chaque matin, savoir que l’on peut soulager la souffrance des autres donne un sens profond à notre existence”.
Lâu Ba Hùa et Ho Y Chùa ne sont pas seulement des médecins dévoués. Ils incarnent une éthique médicale profondément humaine. Telles des graines précieuses semées sur une terre difficile, ils continuent de protéger la vie des populations frontalières, prouvant que lorsque la détermination est forte, aucun sommet n’est infranchissable.
Huong Linh/CVN





