Start-up : révolution verte de la jeunesse

À Hô Chi Minh-Ville, de jeunes entrepreneurs transforment la société via l’économie circulaire et les biotechnologies agricoles. Ces start-up innovantes ouvrent ainsi la voie à une nouvelle génération vouée au développement durable.

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Culture de cordyceps à Vinabiomush, dans la commune de Kim Long, à Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : TT/CVN

Pendant de longues années, l’entrepreneuriat des jeunes Vietnamiens était intrinsèquement lié aux secteurs du commerce, des services ou de l’économie numérique. Cependant, depuis peu, une mutation profonde s’opère. Un nouveau paradigme se dessine : celui de l’entrepreneuriat vert et du développement durable. Ces projets, qui pourraient paraître modestes de prime abord, tirent leur substance d’interrogations quotidiennes et de préoccupations citoyennes fondamentales.

L’itinéraire de Hà Phan Kim Nguyêt, fondatrice d’UPGreen Vietnam, incarne parfaitement cette métamorphose. Son aventure n’a pas débuté dans l’austérité d’un bureau de conseil, mais sur le sable d’une plage, lors d’un séjour familial. La question de sa fille - “Maman, pourquoi les pêcheurs remontent-ils des filets pleins de plastique et vides de poissons ? ” - a agi comme un électrochoc. Cette interrogation enfantine a touché une corde sensible, poussant Kim Nguyêt à réévaluer la symbiose rompue entre l’homme et son milieu naturel.

Dès lors, elle a choisi de considérer les déchets, et plus particulièrement les polymères plastiques, non plus comme une pollution fatale, mais comme une ressource précieuse, capable d’une renaissance infinie. Pour elle, le plastique recyclé n’est pas seulement un moyen de délester la nature d’un fardeau ; il devient une matière noble, un support de création esthétique porteur d’une narration propre.

Résilience et innovation

Ce chemin vers la durabilité est toutefois semé d’embûches techniques et logistiques. Kim Nguyêt a dû s’immerger dans une phase complexe de recherche et développement : nouer des partenariats avec des usines de traitement des déchets, analyser les propriétés physico-chimiques des matériaux et tester d’innombrables protocoles industriels. L’objectif était de transformer des rebuts hétérogènes en un matériau standardisé, capable de répondre aux exigences du design d’intérieur et des produits de grande consommation.

En parallèle, elle a su fédérer une communauté de créateurs : jeunes designers locaux, étudiants passionnés et experts internationaux unis par une vision commune. L’année 2023 a marqué une étape cruciale avec l’organisation de la première exposition de mobilier au Vietnam intégralement conçue à partir de plastique recyclé. Cet espace ne se contentait pas d’exposer des objets : il racontait le cycle de vie de la matière, prouvant que la patience et la créativité peuvent offrir une seconde vie à ce que la société rejette. L’exposition a captivé un large public, des jeunes citoyens aux chefs d’entreprise, ouvrant un nouveau regard sur les matériaux écologiques.

Après deux ans d’activité, UPGreen ne se limite plus aux souvenirs ou au mobilier. L’entreprise diffuse un message de consommation responsable. Mme Nguyêt est convaincue que, d’ici cinq ans, l’adoption de matériaux verts pourrait tripler, voire quintupler, dans des secteurs stratégiques comme le packaging et la construction.

Parallèlement à cet élan écologique urbain, d’autres startups choisissent de s’ancrer dans l’agriculture, un secteur historiquement risqué mais au potentiel encore largement inexploité. La rupture majeure de cette nouvelle génération réside dans l’injection systématique de la connaissance scientifique et de la technologie de pointe au sein de la production traditionnelle.

Trân Tài, directeur de Vinabiomush (Vietnam Biological Mushroom), en est l’une des figures. Issu d’un milieu rural, il a vécu au plus près les vicissitudes du monde paysan. Sa conviction est claire : l’agriculture ne pourra se développer durablement qu’en étant “ irriguée” par l’intelligence technologique et la valorisation des ressources locales.

C’est ainsi qu’il a décidé de se spécialiser dans la biotechnologie appliquée, notamment dans la production de cordyceps, un champignon médicinal très prisé. Ce choix répond à une demande croissante pour des produits de santé naturels et sûrs. Fondée en juillet 2018, Vinabiomush a patiemment édifié un modèle verticalement intégré : de la sélection génétique à la culture en milieu contrôlé, jusqu’au conditionnement final. Cette rigueur a permis de donner naissance à une gamme diversifiée (cordyceps frais, séchés, infusions, boissons lactées) qui a su conquérir la confiance des consommateurs.

Distinctions méritées

Hà Phan Kim Nguyêt à côté de son stand éco-conçu lors d’un salon sur l’entrepreneuriat et l’innovation. 
Photo : TT/CVN

L’action de Trân Tài ne se limite pas à la croissance de son entreprise. Très investi dans les mouvements de jeunesse locaux, il joue un rôle de catalyseur en partageant son expertise et en transférant ses technologies de culture à des coopératives et à des foyers ruraux à travers le pays. Cette démocratisation du savoir-faire permet à de nombreux travailleurs ruraux de s’émanciper d’une agriculture de subsistance aléatoire pour s’inscrire dans une chaîne de production stable.

Ses efforts ont été couronnés par de prestigieuses distinctions, notamment le prix de l’Innovation paysanne de Hô Chi Minh-Ville et celui du projet entrepreneurial de la jeunesse rurale nationale. Récemment, son élection parmi les “Douze jeunes citoyens exemplaires de Hô Chi Minh-Ville” est venue saluer son engagement en faveur d’une agriculture de haute technologie. Cette dynamique entrepre-neuriale bénéficie aujourd’hui d’un soutien institutionnel croissant.

Selon Nguyên Tri Quang, responsable au sein de l’Association des jeunes entrepreneurs de la ville, les Résolutions No57 et 68 du Politburo du Parti sur la science, l’innovation et le secteur privé agissent comme de puissants catalyseurs.

Les mécanismes d’expérimentation réglementaire (sandbox), le transfert de technologies entre universités et entreprises, ainsi qu’un meilleur accès aux ressources humaines qualifiées contribuent à réduire les risques. Cependant, des goulots d’étranglement persistent : difficultés d’accès au capital en raison du manque de garanties réelles, limites des infrastructures de recherche et besoin pressant de talents spécialisés. La communauté des startups appelle ainsi à des politiques plus ciblées et plus ambitieuses pour lever ces obstacles.

Huong Linh - TT/CVN

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