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| Le Vietnam compte aujourd’hui plus d’un millier de laboratoires intervenant dans l’analyse, la métrologie, l’inspection, la certification et l’accréditation. |
| Photo : VNA/CVN |
Au Vietnam, les capacités scientifiques se sont progressivement étoffées au cours des dernières décennies. Les laboratoires nationaux clés et les centres de recherche et d’expérimentation ont contribué à consolider plusieurs filières, à former des chercheurs hautement qualifiés et à soutenir des domaines considérés comme prioritaires.
L’État a notamment investi dans 16 laboratoires nationaux clés. Mais ce dispositif, conçu à une époque où les priorités technologiques nationales étaient encore en construction, ne répond plus entièrement aux besoins actuels.
Des infrastructures aux nouvelles priorités
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| Des étudiants font du stage dans un laboratoire d'une entreprise de production de semi-conducteurs. |
| Photo : VNA/CVN |
Selon le ministère des Sciences et des Technologies, les investissements réalisés jusqu’ici restent concentrés sur des secteurs relativement traditionnels, comme les biotechnologies, les matériaux, la chimie, la mécanique et l’automatisation. Or, plusieurs domaines devenus déterminants pour la compétitivité nationale restent encore peu couverts : intelligence artificielle (IA), semi-conducteurs, calcul haute performance, technologies quantiques, robotique intelligente, mégadonnées et technologies spatiales.
Le même constat vaut pour les infrastructures d’expérimentation. Le pays compte aujourd’hui plus d’un millier de laboratoires intervenant dans l’analyse, la métrologie, l’inspection, la certification et l’accréditation. Leur implantation reste toutefois dispersée et leurs fonctions ne sont pas toujours clairement réparties entre les structures nationales, régionales et locales.
Face à cette situation, le Vietnam entend passer d’une logique d’équipements dispersés à celle d’un véritable réseau national de capacités partagées. Cette nouvelle orientation s’inscrit dans la Résolution N°57, en date du 22 novembre 2024, du Politburo du Parti. Elle s’est concrétisée par la Décision N°1483 du Premier ministre, qui fixe le cadre de développement d’un réseau de centres de recherche et d’expérimentation et de laboratoires nationaux clés consacrés aux technologies stratégiques.
Il s’agit désormais de couvrir l’ensemble de la chaîne de l’innovation : recherche sur les technologies fondamentales, développement et intégration, expérimentation et mesure, contrôle et certification, production pilote, puis commer-cialisation. Les différentes étapes doivent pouvoir s’appuyer sur des capacités complémentaires et accessibles à l’échelle nationale.
À l’horizon 2030, le Vietnam prévoit ainsi de moderniser et de mettre en service au moins huit laboratoires nationaux clés et quatre centres nationaux de recherche et d’expérimentation. Le pays ambitionne également de maîtriser au moins dix technologies fondamentales.
Pour que cette nouvelle organisation produise des résultats concrets, la question ne se limite toutefois pas aux équipements. Leur mode de fonctionnement, leur gouvernance et leur accessibilité seront tout aussi déterminants.
Question de la performance
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| Le partenariat université-entreprise au service de la formation des ressources humaines. |
| Photo : VNA/CVN |
Pour le Professeur Nguyên Huu Duc, ancien vice-directeur de l’Université nationale de Hanoï, l’innovation ne peut plus être pensée comme l’affaire d’un seul laboratoire ou d’un seul organisme. Chaque structure devrait s’inscrire dans un écosystème associant instituts de recherche, universités, entreprises et pouvoirs publics.
L’accès aux moyens disponibles constitue, à cet égard, un enjeu majeur. Les entreprises devraient pouvoir consulter, sur une plateforme numérique commune, les équipements disponibles, les services proposés, les conditions d’utilisation, les coûts et les délais. Une telle organisation faciliterait notamment l’accès des petites et moyennes entreprises (PME) ainsi que des start-up à des moyens qu’elles ne pourraient pas acquérir seules.
Quant à Phan Thi Trà My, fondatrice et directrice générale de la société Viêt Thao, basée à Hô Chi Minh-Ville, ce dispositif pourrait devenir un véritable levier pour les PME souhaitant investir dans la recherche et développement (R&D). Elle préconise la mise en place d’un point d’accès unique permettant aux entreprises d’identifier rapidement la structure la mieux adaptée à leurs besoins.
Le financement constitue un autre enjeu. Un soutien public pourrait faciliter le recours à ces capacités, notamment pour les projets de R&D, la mise au point de nouveaux produits ou les applications liées aux technologies stratégiques. Pour les entreprises disposant de moyens limités, le coût des essais et des analyses peut en effet représenter un frein important.
À cette question financière s’ajoute celle de la confiance. Les entreprises doivent pouvoir protéger leurs données, leurs échantillons, leurs procédés et les résultats obtenus. Des règles claires en matière de confidentialité et de propriété intellectuelle seront donc nécessaires pour les encourager à utiliser ces moyens communs.
Reste enfin la question de la performance. Le Professeur Nguyên Van Nôi, président de l’Association des laboratoires d’expérimentation du Vietnam, estime nécessaire de définir rapidement des critères communs pour sélectionner les centres et évaluer leur efficacité. Il propose également que les laboratoires nationaux clés puissent réinvestir une partie des recettes issues des essais, de la certification et du transfert de technologies dans leurs équipements et dans la rémunération de leurs personnels.
Le défi est désormais de transformer les investissements en capacité scientifique réellement opérationnelle. En rapprochant chercheurs, équipements et entreprises, le Vietnam veut créer les conditions pour que la recherche dépasse plus rapidement le stade de l’expérimentation et débouche sur des technologies maîtrisées, puis sur des produits capables de trouver leur place sur le marché.
Huong Giang/CVN





