Sciences
Sciences et technologies, moteurs de la nouvelle productivité

Dans la nouvelle phase de développement, les moteurs traditionnels de la croissance montrent leurs limites. Les sciences, les technologies et l’innovation sont désormais au cœur de l’amélioration de la productivité et de la compétitivité. Pour transformer les connaissances en valeur économique, les capacités de recherche ne suffisent toutefois pas. La qualité des institutions et l’efficacité des politiques publiques sont également déterminantes pour créer un environnement favorable à l’innovation.

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L’une des exigences majeures actuelles consiste à faire évoluer l’approche de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques en matière de sciences, de technologies et d’innovation. Selon le Professeur et Docteur Vu Minh Khuong, de la Lee Kuan Yew School of Public Policy de l’Université nationale de Singapour, le gouvernement doit passer d’un rôle principalement centré sur l’allocation de financements à la recherche et la gestion des projets à celui de bâtisseur des fondations de l’innovation.

Création d’un environnement propice à l’innovation

Hô Chi Minh-Ville crée de plus en plus de hubs d’innovation.

Cette évolution signifie que l’État n’a pas nécessairement vocation à décider directement de la manière dont les entreprises doivent innover, des technologies qu’elles doivent utiliser ou de la façon dont elles doivent organiser leur production. Il lui revient plutôt de mettre en place les conditions fondamentales - infrastructures, normes, marchés, environnement juridique et mécanismes de coordination - permettant aux différents acteurs de l’économie de développer pleinement leur capacité d’innovation.

Dans le même temps, le modèle de coopération entre les "trois acteurs" - l’État, les instituts de recherche et les universités, et les entreprises - doit évoluer vers un écosystème d’innovation ouvert, associant également les start-up, les institutions financières et les fonds de capital-risque, les talents, les utilisateurs ainsi que les partenaires internationaux.

Au sein de cet écosystème, les entreprises jouent un rôle particulièrement important. Elles sont les acteurs qui transforment directement les résultats de la recherche en applications productives, convertissant les technologies en produits, services et procédés, puis en gains de productivité et en valeur ajoutée.

Dans cette perspective, le soutien à l’innovation ne doit pas se limiter aux investissements dans la recherche et développement (R&D), mais doit également permettre un accès large et une diffusion à grande échelle des technologies. L’intelligence artificielle (IA), les technologies numériques et les technologies vertes doivent être davantage accessibles aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux secteurs industriels traditionnels.

Les institutions : une "infrastructure" déterminante pour transformer les technologies

Si les sciences et les technologies produisent des connaissances, les institutions déterminent dans quelle mesure ces connaissances peuvent circuler, être assimilées et transformées en valeur.

Le Docteur Nguyên Duc Hiên, vice-président de la Commission centrale des politiques et stratégies, souligne que les institutions constituent l’infrastructure de la productivité, ainsi que le socle permettant aux ressources de circuler et à l’innovation de se développer.

Même une technologie de grande qualité peut avoir un impact limité sur la productivité si les entreprises doivent faire face à des procédures longues, à des coûts de conformité élevés ou à des obstacles à l’accès au marché. À l’inverse, un environnement institutionnel favorable permet au capital, aux ressources humaines et aux technologies de se déplacer vers les secteurs présentant le plus fort potentiel de création de valeur.

L’IA est considérée comme un outil important pour accélérer le développement de produits innovants.

Cette approche constitue également le fondement d’un changement de philosophie de gestion : passer du contrôle préalable et de la gestion administrative à un contrôle a posteriori et à une fonction de facilitation.

Selon Vo Thị Lan Phuong, directrice générale de Vriens & Partners Vietnam, six catégories de politiques publiques peuvent avoir des effets négatifs sur la productivité : l’imposition de coûts de conformité excessifs, la limitation de la concurrence, les obstacles à l’innovation, l’augmentation des risques, la création de "pièges de taille" et les politiques de protection.

Lors de l’élaboration des politiques, il est donc nécessaire de prendre en compte les coûts de conformité, d’évaluer les effets à long terme sur l’investissement et d’examiner les conséquences sur la concurrence et l’innovation. Il est tout aussi important d’évaluer les politiques après leur adoption afin de déterminer si les réglementations atteignent effectivement les objectifs fixés.

Un principe essentiel consiste à adopter une réglementation fondée sur les risques, en simplifiant les procédures pour les entreprises et les activités présentant un faible niveau de risque, tout en passant d’une logique de contrôle de la "nouveauté" à la création d’un espace permettant à cette nouveauté de se développer.

Plutôt que de prescrire en détail la technologie ou les méthodes que les entreprises doivent utiliser, l’État peut se concentrer sur les exigences en matière de sécurité, de qualité, de protection des consommateurs et d’environnement. Les entreprises restent libres de choisir les moyens permettant de satisfaire ces exigences, à condition d’atteindre les résultats attendus.

Il est notamment essentiel de garantir le principe de neutralité technologique. Les normes et conditions d’activité ne devraient pas être conçues autour d’une technologie ou d’un modèle existant. Elles devraient au contraire permettre aux entreprises d’utiliser d’autres solutions lorsqu’elles peuvent démontrer un niveau équivalent, voire supérieur, de sécurité, de qualité ou d’efficacité.

Mesurer l’efficacité des sciences et des technologies à l’aune de la productivité et de la valeur créée

L’amélioration du cadre institutionnel constitue une condition nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. L’enjeu essentiel est que les politiques publiques atteignent les entreprises et produisent des changements mesurables dans les activités de production et d’affaires.

Les résultats de la recherche scientifique doivent être transformés en produits concrets.

Selon Nguyên Nam Hai, président de la Commission nationale des normes, de la métrologie et de la qualité, l’efficacité des politiques ne devrait pas être évaluée uniquement à travers le nombre de missions scientifiques, de programmes ou le volume des ressources mobilisées. L’indicateur ultime doit être constitué par la productivité, la qualité, la valeur ajoutée et la compétitivité réelles.

Cette approche impose de revoir les méthodes d’évaluation des activités scientifiques, technologiques et d’innovation. Un programme de R&D peut générer de nombreux résultats scientifiques, mais si ceux-ci ne sont pas adoptés, assimilés et commercialisés par les entreprises, leur impact sur la productivité restera limité.

Selon le Professeur et Docteur Vu Minh Khuong, plutôt que de se demander uniquement combien l’économie a consacré à la R&D, il convient de s’intéresser à la quantité de capacités et de valeur créée par les sciences, les technologies et l’innovation.

Au-delà des indicateurs traditionnels, il importe de suivre notamment le taux de commercialisation des technologies, le niveau de coopération entre les universités et les entreprises, la capacité d’innovation des entreprises, le degré de diffusion et de propagation des technologies, la proportion de petites et moyennes entreprises utilisant l’IA, ainsi que l’amélioration de l’efficacité opérationnelle et de la productivité des ressources grâce aux sciences, aux technologies et à l’innovation.

Cette approche permet également de mieux mettre en évidence le rôle de la capacité d’absorption technologique. La capacité de recherche ne constitue qu’un maillon de la chaîne de valeur de l’innovation. Pour générer des gains de productivité, l’économie doit disposer simultanément de capacités permettant de connecter, d’adopter, d’absorber et de maîtriser les connaissances et les technologies.

Les petites et moyennes entreprises doivent notamment devenir une priorité dans le processus de diffusion technologique. Elles présentent d’importants besoins d’innovation, mais sont souvent confrontées à des contraintes en matière de financement, de ressources humaines spécialisées, de données et de capacités de recherche.

De l’"innovation" à la résolution de problèmes concrets

Une autre évolution importante consiste à ne plus se limiter au développement général des capacités d’innovation, mais à orienter les technologies vers des problèmes concrets auxquels l’économie est confrontée.

L’IA, l’automatisation et la production intelligente peuvent être utilisées pour améliorer la productivité ; l’IA et l’automatisation peuvent contribuer à optimiser la logistique; les technologies de stockage de l’énergie et les réseaux électriques intelligents peuvent accroître l’efficacité du système énergétique; tandis que les technologies propres et l’économie circulaire offrent de nouveaux outils pour atteindre l’objectif de neutralité carbone (net zéro).

La formation dans les secteurs industriels spécialisés constitue également un facteur important pour le développement de l’économie.

Il convient de souligner que les sciences et les technologies ne visent pas uniquement à accroître la productivité du travail. Lorsqu’elles sont orientées de manière appropriée, elles permettent également d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources, de l’énergie et du capital, tout en renforçant la capacité d’adaptation des entreprises et de l’économie face aux mutations technologiques, aux évolutions des marchés et aux transformations des chaînes d’approvisionnement.

Ainsi, la "nouvelle productivité" ne consiste pas simplement à produire plus rapidement avec moins de main-d’œuvre. Elle désigne également la capacité à créer davantage de valeur à partir d’un même volume de ressources, à utiliser ces ressources plus efficacement et à renforcer la capacité d’adaptation du système productif.

Des politiques publiques qui doivent atteindre les lieux où la valeur est créée

Du point de vue des entreprises, Trân Phúc Hồng, directeur général de TMA Innovation et vice-président de l’Alliance vietnamienne des technologies numériques, estime que les politiques publiques influencent directement les décisions d’investissement des entreprises, qu’il s’agisse d’améliorer les processus, de développer de nouveaux produits, de former les ressources humaines ou d’adopter des technologies destinées à accroître l’efficacité de la production et des activités commerciales.

Trois groupes de politiques doivent être privilégiés : les procédures; le financement; les infrastructures et les ressources humaines. Outre la simplification des procédures, il convient de mettre en œuvre efficacement les mécanismes de sandbox – c’est-à-dire des cadres réglementaires expérimentaux – ainsi que les dispositifs de soutien aux coûts de R&D, les fonds pour les sciences et les technologies et les mesures fiscales.

Afin de renforcer l’incitation des entreprises à investir dans les technologies, il est possible de développer des centres d’application technologique spécialisés par secteur, des plateformes d’échange de technologies et des centres de transaction des actifs de propriété intellectuelle. Toutefois, un facteur revient constamment dans les analyses des experts : la mise en œuvre effective des politiques.

En effet, l’écart entre une bonne politique et un résultat technologique concret ne réside généralement pas dans les objectifs inscrits dans les textes, mais dans la capacité des entreprises à accéder aux politiques, à les comprendre et à les mobiliser pour investir.

Dès lors, l’exigence qui s’impose au cadre institutionnel des sciences, des technologies et de l’innovation dans la nouvelle phase de développement ne consiste pas seulement à "multiplier les politiques". Elle consiste surtout à créer un environnement dans lequel les entreprises osent investir, expérimenter et innover.

Lorsque l’État assume pleinement un rôle de facilitateur, que les entreprises deviennent le centre du processus d’application et de commercialisation, et que les instituts de recherche, les universités, les institutions financières, les start-up et les partenaires internationaux participent à un écosystème ouvert, les sciences et les technologies disposent de conditions plus favorables pour réduire la distance entre le laboratoire et le marché.

La Résolution N°57-NQ/TW lève de nombreux obstacles à la recherche scientifique dans les établissements d'enseignement.

Il s’agit également d’un changement de paradigme : passer d’une conception des sciences et des technologies comme un domaine nécessitant des investissements à une conception des sciences, des technologies et de l’innovation comme des ressources directement créatrices de productivité, de valeur ajoutée et de nouveaux moteurs de croissance.

Dans l’esprit de la Résolution N°57-NQ/TW du Politburo, cette évolution de la pensée en matière de gouvernance s’est progressivement traduite dans le système juridique relatif aux sciences, aux technologies, à l’innovation et à la transformation numérique. L’enjeu de la prochaine étape consiste à continuer de transformer ces changements institutionnels en capacités concrètes pour les entreprises et pour l’ensemble de l’économie.

Lorsque les institutions deviennent une véritable "infrastructure" permettant aux ressources de circuler vers les secteurs capables de créer davantage de valeur, les sciences et les technologies peuvent réellement jouer leur rôle de moteur de la productivité. Et lorsque les technologies sont assimilées, maîtrisées, commercialisées et largement diffusées, l’innovation ne se mesure plus seulement au nombre de travaux scientifiques ou de missions de recherche, mais aux transformations concrètes observées dans chaque entreprise, chaque secteur et dans l’ensemble de l’économie.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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