La vague d’investissements dans l’IA et les centres de données gagne le Vietnam

Le Vietnam connaît une nouvelle vague d’investissements massifs dans les centres de données, portée par une demande croissante en infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle (IA), au cloud computing et à l’économie des données.

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Depuis le début de l’année 2026, une série d’engagements d’envergure a été annoncée. En février, le groupe technologique émirati G42 et un consortium composé de FPT, VinaCapital et Viet Thai ont dévoilé un partenariat à long terme visant à construire une infrastructure de centres de données au sein du Parc de haute technologie de Saigon, à Hô Chi Minh-Ville, pour un montant de 2 milliards de dollars.

Le centre des donnés VNPT, de l'envergre la plus géante au Vietnam, implanté à Hanoï. 
Photo : VNPT/CVN

En mars, une coentreprise réunissant Accelerated Infrastructure Capital, Kinh Bac City Development Holding Corporation et des partenaires internationaux a annoncé un projet de centre de données dédié à l’IA, évalué à environ 2,1 milliards de dollars. Ce projet englobe l’installation elle-même, les infrastructures régionales, les systèmes d’approvisionnement en eau et en électricité, les réseaux d’évacuation ainsi que les capacités de traitement par GPU. L’investissement total doit être finalisé d’ici la fin du premier trimestre 2027.

Fin avril, Starmason s’est engagé à investir 480,26 millions de dollars dans un complexe de type "hyperscale" offrant une puissance informatique allant jusqu’à 60 MW pour les charges de travail liées à l’IA et au cloud. Par ailleurs, les sociétés singapouriennes Evolution, Hathor et Frontier ont annoncé conjointement un projet de 508,78 millions de dollars baptisé "Evolution DC VN HCMC". Doté d’une capacité de 52 MW, ce projet vise une certification Uptime Tier III+, avec pour objectif à terme d’obtenir la certification Tier IV.

Lê Ba Tân, Pdg de Viettel IDC, a estimé que le marché mondial des centres de données atteindra 627,4 milliards de dollars d’ici 2030, dont 174,8 milliards pour la région Asie-Pacifique. Il a anticipé une croissance mondiale d’environ 8,8%, contre 9,3% pour la région Asie-Pacifique et près de 14% pour l’Asie du Sud-Est.

Le Vietnam figure parmi les marchés au plus fort potentiel : la capacité installée, actuellement d’environ 104 MW, devrait être multipliée par cinq ou six pour atteindre près de 600 MW d’ici 2030, a-t-il souligné.

"Le Vietnam est une destination attrayante pour les centres de données de nouvelle génération, et ces installations seront en mesure de répondre à la demande liée à l’IA", a indiqué Lê Ba Tân. Avantages en termes de coûts et potentiel de croissance

L’attractivité du Vietnam repose en partie sur des coûts compétitifs et une marge de manœuvre importante pour l’expansion.

Cushman & Wakefield estime les coûts de construction des centres de données en Asie-Pacifique entre 7,9 et 19,2 millions de dollars par mégawatt (MW). Au Vietnam, cette fourchette se situe entre 5,7 et 8,7 millions de dollars (soit une moyenne d’environ 7,2 millions de dollars), avec une inflation annuelle des coûts de construction d’environ 3,8%.

Hanoi et Hô Chi Minh-Ville totalisent environ 73 MW de capacité opérationnelle, auxquels s’ajouteront 137 MW prévus d’ici 2030. À mesure que les projets gagnent en envergure, l’accès à l’énergie s’impose comme la contrainte majeure : selon le rapport, un projet de 100 MW dans les principaux pôles d’activité nécessite un délai d’attente de deux à trois ans pour obtenir un nouvel approvisionnement électrique.

Lê Thi Huyên Trang, Pdg de JLL Vietnam, a souligné que l’IA est devenue une infrastructure critique plutôt qu’une simple tendance, et que l’énergie, les données ainsi que la rapidité de déploiement détermineront quels marchés l’emporteront.

Les tarifs de l’électricité à usage commercial restent compétitifs à l’échelle régionale, et le mix énergétique du Vietnam - riche en ressources hydroélectriques, éoliennes et solaires - s’aligne parfaitement sur les objectifs environnementaux des locataires. Le pays constitue également un point d’atterrissage stratégique pour les principaux câbles sous-marins.

Les parcs industriels et technologiques situés à proximité des zones urbaines constituent les principaux sites de développement. Le coût des terrains destinés aux centres de données est généralement supérieur de 30 à 50% à celui des parcelles industrielles classiques, en raison des exigences spécifiques liées à l’emplacement, à l’alimentation électrique, à la connectivité par fibre optique et à la nécessité de postes électriques dédiés.

Développement des infrastructures pour préserver la compétitivité

Toutefois, les experts estiment que l’avantage concurrentiel du Vietnam dépendra non seulement de règles d’investissement ouvertes, mais aussi d’une préparation coordonnée en matière de réglementation et d’infrastructures.

Lê Ba Tân a indiqué que le Vietnam devait lever les obstacles concernant l’approvisionnement électrique des grands projets, l’accès aux énergies renouvelables, les systèmes de refroidissement adaptés au climat tropical, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée pour gérer les infrastructures d’IA, ainsi que les exigences plus strictes en matière de souveraineté des données, de sécurité et de flux transfrontaliers.

L’avantage concurrentiel reviendra de plus en plus aux pays capables de bâtir un écosystème numérique intégré englobant centres de données, cloud computing, connectivité et cybersécurité pour l’IA. Si le Vietnam maintient sa dynamique et lève les contraintes liées à l’énergie, à la connectivité internationale et à la main-d’œuvre, il pourra réduire l’écart avec les principaux pôles cloud d’Asie du Sud-Est, a-t-il ajouté.

Louis Nguyen, Pdg de Saigon Asset Management, a affirmé qu’attirer des milliards de dollars d’investissements de la part des opérateurs de centres de données "hyperscale" nécessitait un environnement d’investissement clair et stable ainsi que des infrastructures adéquates.

Premièrement, le Vietnam doit finaliser et clarifier son cadre réglementaire en matière de données, notamment en ce qui concerne la souveraineté, la confidentialité, le stockage, la gestion et les transferts transfrontaliers, des points essentiels pour les investisseurs, en particulier les sociétés cotées aux États-Unis.

L’application de la réglementation doit également être prévisible afin que les investisseurs puissent évaluer les obligations de conformité avant d’engager des milliards de dollars.

Deuxièmement, le Vietnam doit se préparer en matière d’infrastructures. Les projets hyperscale nécessitent une alimentation électrique fiable, un accès aux énergies renouvelables, des terrains et des ressources en eau appropriés, des réseaux de fibre optique et une capacité suffisante de câbles sous-marins.

David Jackson, directeur général d’Avison Young Vietnam, a déclaré que le Vietnam devrait se concentrer sur la réglementation, les infrastructures et la main-d’œuvre afin d’attirer davantage de capitaux pour les centres de données.

VNA/CVN

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