La science au service des héros tombés pour la Patrie

Grâce au séquençage de nouvelle génération, le Centre d’identification génétique parvient désormais à analyser des échantillons d’ADN très dégradés pour restituer leur identité aux soldats disparus.

>> Les échantillons d’ADN ravivent l’espoir de ramener les martyrs à la maison

>> Identification des martyrs : An Giang accélère le recours à l'ADN

>> Depuis un demi-siècle, à la recherche de leur frère martyr

Les progrès scientifiques, notamment le séquençage génétique de nouvelle génération (NGS-SNP), ouvrent de nouvelles perspectives pour identifier les soldats disparus.
Photo : VNA-ND/CVN

La guerre s’est achevée il y a plus d’un demi-siècle, mais la quête visant à redonner un nom à ceux qui ont consenti le sacrifice suprême est loin d’être terminée. Alors que le temps efface peu à peu les traces de l’histoire, les progrès scientifiques, notamment le séquençage génétique de nouvelle génération (NGS-SNP), ouvrent de nouvelles perspectives pour identifier les soldats disparus. Chaque identification réussie marque non seulement le retour symbolique d’un proche auprès de sa famille, mais perpétue également la tradition vietnamienne de reconnaissance envers ceux qui sont tombés pour la Patrie.

En accompagnant les équipes du Centre d’identification génétique, relevant de l’Institut de biotechnologie de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies (VAST), une réalité s’impose : derrière chaque geste technique se cache un profond respect pour les soldats disparus.

Pour les chercheurs, un fragment d’os ou une simple dent ne constituent pas de simples prélèvements biologiques, mais les derniers vestiges d’un soldat, porteurs des espoirs nourris depuis des décennies par de nombreuses familles. Malgré l’immense pression liée à la ‘‘Campagne des 500 jours et nuits’’ consacrée à l’identification des soldats tombés dont l’identité demeure inconnue, les scientifiques restent fidèles à une exigence fondamentale : un nom n’est restitué que lorsqu’il est étayé par des preuves scientifiques irréfutables.

Une chercheuse analyse des échantillons prélevés sur les restes de soldats tombés au Centre d’identification génétique relevant de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies. 
Photo : ND/CVN

Dans ce domaine hautement spécialisé, chaque résultat ne représente pas seulement l’aboutissement d’un travail de recherche. Il apporte aussi une réponse attendue depuis parfois plusieurs décennies par les familles des soldats disparus. Plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre, restituer l’identité des soldats tombés au combat demeure une mission aussi complexe qu’essentielle.

Le temps n’a pas seulement effacé les traces de la guerre. Il a également fortement dégradé l’ADN (acide désoxyribonucléique) contenu dans de nombreux restes humains. À cela s’ajoutent la disparition progressive des archives et la raréfaction des témoins directs. Face à ces lacunes laissées par l’histoire, la science est devenue un outil indispensable.

Résultats prometteurs sur le terrain

Auparavant, le Centre d’identification génétique s’appuyait principalement sur l’analyse de l’ADN mitochondrial. Si cette méthode a permis d’obtenir des résultats significatifs, elle montre rapidement ses limites lorsqu’il s’agit d’analyser des restes inhumés depuis plusieurs décennies. Entre 2019 et 2021, le Centre a analysé 4.276 prélèvements. Parmi eux, seuls 1.205 ont fourni des données exploitables pour une comparaison génétique, permettant l’identification de neuf soldats seulement.

Selon le Dr. Trân Trung Thành, directeur du Centre d’identification génétique, une avancée majeure est intervenue avec l’introduction de la technologie NGS-SNP, qui associe le séquençage génétique de nouvelle génération à l’analyse des polymorphismes nucléotidiques (SNP). Cette technologie marque une nouvelle étape dans l’identification des soldats disparus. Elle permet d’analyser simultanément plusieurs milliers de marqueurs génétiques, même à partir d’échantillons d’ADN fortement dégradés. Elle élargit également les possibilités de comparaison avec des membres d’une même famille sur plusieurs générations et pose les bases de la future Banque nationale des données ADN.

Des habitants du quartier de Dông Triêu, province de Quang Ninh (Nord), procèdent au prélèvement d’échantillons d’ADN. 
Photo : VNA/CVN

L’un des résultats les plus marquants est l’amélioration spectaculaire du taux de réussite de l’extraction d’ADN à partir des restes humains, passé d’environ 22% à plus de 80%. Une avancée qui ouvre la voie à l’identification de nombreux cas autrefois considérés comme pratiquement impossibles.

L’efficacité de la technologie NGS-SNP a été clairement démontrée lors d’un projet pilote mené au cimetière des martyrs de Trà Linh, dans la province de Cao Bang (Nord).

Le Pr. associé-Dr. Phi Quyêt Tiên, directeur du Centre de biotechnologie, indique que la plupart des 58 ensembles de restes retenus pour les analyses présentaient une forte dégradation de l’ADN. Grâce à un protocole d’extraction mis au point par le Centre, les chercheurs sont toutefois parvenus à obtenir des données SNP de haute qualité pour 54 échantillons, soit un taux de réussite de 93%. Un tel résultat aurait été extrêmement difficile à atteindre avec la seule analyse de l’ADN mitochondrial.

À partir de ces données, l’équipe de recherche a comparé les profils génétiques avec les échantillons ADN de proches de 14 soldats tombés au combat. Dès cette première phase pilote, deux identifications ont pu être confirmées. Les autres cas sans correspondance s’expliquent principalement par l’absence d’échantillons ADN de membres des familles disponibles pour les comparaisons, plutôt que par des limites de la technologie elle-même.

Ces premiers résultats ont fourni une base scientifique et opérationnelle solide, permettant à la VAST de recommander au Comité de pilotage 515, chargé de l’identification des soldats tombés au combat dont l’identité demeure inconnue, d’adopter officiellement le protocole NGS-SNP.

Prélèvement d’échantillons sur les restes de martyrs non identifiés au cimetière de la province de Dông Thap (Sud). 
Photo : VNA/CVN

Banque nationale des données

L’Académie propose également d’étendre son application au cimetière des martyrs de Giông Riêng, dans la province d’An Giang (Sud), à partir de 2026. Ce site abrite 964 tombes contenant des restes qui n’ont pas encore pu être identifiés.

Si les avancées technologiques ouvrent des perspectives inédites, l’identification des soldats tombés au combat reste confrontée à de nombreux défis.

Le Pr. associé-Dr. Phi Quyêt Tiên souligne que les conditions climatiques tropicales, marquées par une chaleur et une humidité élevées, associées à de longues périodes d’inhumation, ont fortement dégradé l’ADN de nombreux restes. À cela s’ajoute le manque, dans de nombreux dossiers, d’archives fiables ou d’informations permettant de retrouver les proches susceptibles de fournir des échantillons de comparaison.

Pour améliorer l’efficacité des identifications dans les années à venir, il estime indispensable de poursuivre le développement de techniques d’analyse adaptées aux échantillons d’ADN fortement dégradés et de constituer une base de données de référence suffisamment complète grâce à la future Banque nationale des données ADN.

Un autre défi réside dans le temps écoulé depuis la guerre. Plus de cinquante ans après les combats, les descendants directs des soldats disparus sont de moins en moins nombreux. Dans bien des cas, seuls des membres plus éloignés de la famille peuvent encore être sollicités pour les comparaisons génétiques.

Selon le Dr Trân Trung Thành, il est désormais indispensable d’élargir la collecte d’échantillons ADN auprès des familles à l’échelle nationale, de standardiser et de centraliser la gestion de la base de données génétiques, tout en croisant ces informations avec les registres des martyrs et les données recueillies lors des opérations de recherche et de récupération des restes.

Le Pr. Chu Hoàng Hà, vice-président de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies, souligne l’ampleur de la tâche. Selon les estimations, entre 200.000 et 300.000 échantillons devront encore être analysés, alors que les capacités actuelles ne permettent de traiter que 1.000 à 2.000 prélèvements par an.

Le Centre d’identification génétique traite des milliers d’échantillons de restes humains conservés depuis plusieurs décennies. 
Photo : VNA-ND/CVN

De nouveaux procédés technologiques

Face à ce défi, il juge indispensable d’étendre le réseau des laboratoires de génétique médico-légale, d’accélérer le transfert de technologies, de former davantage de spécialistes et d’investir dans des équipements modernes afin d’accroître les capacités d’analyse.

Dans cette perspective, le Premier ministre Lê Minh Hung a confié à la VAST la mise en œuvre d’un projet financé par une aide publique au développement (APD) du gouvernement américain, destiné à renforcer les capacités du Vietnam en matière d’identification ADN des restes des soldats tombés au combat.

Ces deux dernières années, la VAST a travaillé en étroite collaboration avec des experts internationaux ainsi qu’avec la Commission internationale pour les personnes disparues (ICMP) afin d’expérimenter de nouveaux procédés technologiques. Ces travaux ont déjà produit des résultats encourageants.

Après avoir vu de nombreuses familles repartir dans le silence à l’issue de tentatives d’identification infructueuses, les spécialistes de l’ADN savent que seule une preuve scientifique irréfutable peut susciter la confiance. Cette conviction nourrit leur détermination à poursuivre leurs recherches.

Pour ces chercheurs, chaque identification confirmée dépasse largement la réussite scientifique. Elle marque le moment où un soldat retrouve enfin son identité, où son nom peut de nouveau être prononcé et où une famille obtient, après des décennies d’attente, une réponse longtemps espérée.

C’est toute la portée humaine de la science : mettre les progrès technologiques au service de la mémoire, de la vérité et de la reconnaissance. Une mission que poursuivent sans relâche les chercheurs vietnamiens afin d’aider les soldats tombés à la guerre à retrouver, enfin, le chemin du retour auprès des leurs.

Thuy Hà - Hiêu Nga/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top