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| Statues anthropomorphes du royaume de Dahomey (Bénin) datant de 1890-1892, photographiées le 18 juin 2018 au musée du Quai Branly, à Paris. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
"C'est un musée que l'on n'attendait pas forcément, qui a surpris au début, qui a été contesté et qui a finalement trouvé sa place", résume Emmanuel Kasarhérou, président de ce musée ethnographique depuis cinq ans, dans un entretien à l'AFP.
Le dernier né des musées nationaux de Paris a été créé à l'initiative du président Jacques Chirac (1995-2007), féru d'"arts premiers", qui a voulu doter la capitale d'un musée consacré aux continents hors Europe.
Le 20 juin 2006, il a inauguré un vaste bâtiment conçu par le célèbre architecte Jean Nouvel en présence du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan et du célèbre ethnologue Claude Lévi-Strauss.
Depuis, le musée du Quai Branly Jacques Chirac - son nom complet depuis 2016 - a accueilli 25 millions de visiteurs et organisé 161 expositions, s'appuyant en bonne partie sur sa collection exceptionnelle de plus de 360.000 oeuvres.
"Dans une ville cosmopolite comme Paris, les gens sont curieux de découverte et attirés par l'inconnu", remarque Emmanuel Kasarhérou, en citant l'engouement autour des expositions consacrées au tatouage, aux chefferies du Cameroun ou à Teotihuacán, la grande cité du Mexique ancien.
Les visiteurs ont aussi plébiscité des expositions sur la mode, comme "Africa Fashion", visible jusqu'au 12 juillet, ou "Au fil de l'or", qui a ensuite attiré 1,2 million de personnes en étant présentée à Chengdu en Chine.
Soucieux de ne pas apparaître comme un musée "arc-bouté sur le passé", le Quai Branly se veut "plus que jamais ouvert sur le monde" en mêlant l'art ancestral à la pop culture, en "croisant les regards" et en tenant compte "des récits alternatifs", explique son président, qui a longtemps travaillé en Nouvelle-Calédonie, territoire français de l'océan Pacifique, son île natale.
"Héritages coloniaux"
Le musée n'échappe pas aux secousses des relations, parfois tumultueuses, entre la France et ses anciennes colonies africaines.
"En 20 ans, le contexte international et culturel a changé: l'attention aux héritages coloniaux est devenue centrale, tout comme les recherches sur la provenance des oeuvres", selon Emmanuel Kasarhérou.
Le Quai Branly s'est ainsi retrouvé au coeur du processus de restitution d'oeuvres volées ou spoliées au cours des siècles, qui a été initié par le président Emmanuel Macron en 2017 et a provoqué des polémiques en France.
Depuis 2020, le Quai Branly a organisé le retour des 26 trésors d'Abomey au Bénin, du sabre d'El Hadj Omar au Sénégal et du tambour parleur Djidji Ayôkwé, un objet sacré volé en 1916, en Côte d'Ivoire.
Ces restitutions, complexes à concrétiser, ont été "bénéfiques à la fois pour le pays d'origine et pour la France", estime Emmanuel Kasarhérou.
Le Bénin a accueilli le retour des oeuvres avec faste et leur a construit un musée, tandis que le tambour parleur occupe désormais une place centrale dans le musée national d'Abidjan.
Parallèlement, le processus a permis aux Français de "découvrir des histoires coloniales qu'ils n'imaginaient pas", en déconstruisant une vision "parfois un peu romantique liée à l'idéologie du colonialisme", selon lui.
Les futures restitutions devraient être plus aisées après la promulgation en mai d'une loi qui assouplit le principe d'inaliénabilité des collections publiques françaises.
La Côte d'Ivoire et le Bénin sont les deux pays en pointe pour récupérer d'autres objets, tandis que les démarches entamées par le Mali sont à l'arrêt depuis l'arrivée au pouvoir d'une junte à Bamako.
Soucieux d'explorer des contrées moins connues, le Quai Branly proposera en 2027 de découvrir les Aïnous, un peuple autochtone de l'île japonaise d'Hokkaïdo (nord), et espère s'ouvrir en 2028 à l'Iran, "un énorme pays en terme de diversité", selon Emmanuel Kasarhérou.
AFP/VNA/CVN




