Exportations de fruits et légumes : l'espoir du cap des 10 milliards d'USD et les enjeux stratégiques

Les exportations de fruits et légumes du Vietnam ont enregistré une forte reprise dès les premiers mois de l'année 2026. Avec la dynamique de croissance actuelle, le secteur des fruits et légumes se trouve devant une opportunité historique d'atteindre le seuil des 10 milliards de dollars de chiffre d'affaires à l'exportation. Toutefois, pour transformer cet espoir en réalité, surmonter les défis liés à la qualité, aux coûts logistiques et à la pression d'une concurrence féroce est une condition sine qua non.

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Au cours des deux seuls premiers mois de 2026, le chiffre d'affaires à l'exportation de durian a atteint 146 millions de dollars, soit un bond de 177% par rapport à la même période.

Une percée impressionnante dès le début de l'année

Dans un contexte économique mondial encore marqué par de nombreuses incertitudes, le secteur de l'exportation de fruits et légumes maintient une dynamique de croissance remarquable.

Selon les chiffres de l'Administration générale des douanes, le chiffre d'affaires à l'exportation de l'ensemble de la filière a atteint, pour le seul premier trimestre 2026, 1,52 milliard de dollars, soit une hausse de 31,4% par rapport à la même période de l'année précédente.

Poursuivant sur cette lancée positive, le ministère de l'Agriculture et du Développement rural a indiqué que la valeur des exportations en avril 2026 est estimée à 532 millions de dollars.

Ainsi, en cumulé sur les quatre premiers mois de l'année, la valeur totale des exportations de fruits et légumes s'élève à 2,06 milliards de dollars, en progression de 22,3% par rapport à la même période en 2025.

Analysant ces résultats, Nguyên Van Muoi, secrétaire général adjoint de l'Association des fruits et légumes du Vietnam (Vinafruit), a souligné que, bien que des marchés tels que le Moyen-Orient et l'Europe subissent les contrecoups de l'instabilité géopolitique, la percée sur des marchés clés comme la Chine, les États-Unis, le Japon, la République de Corée et l'Asie du Sud-Est a joué un rôle de "pilier" essentiel.

Parmi ceux-ci, la Chine maintient sa position de premier marché de consommation avec un chiffre d'affaires d'environ 778 millions de dollars au premier trimestre, soit une hausse de près de 50%, représentant plus de la moitié de la valeur totale des exportations du pays. Les États-Unis occupent la deuxième place avec 130 millions de dollars, suivis par la stabilité des marchés sud-coréen et japonais.

Le principal moteur de croissance reste le durian. Au cours des deux seuls premiers mois de 2026, le chiffre d'affaires à l'exportation de ce produit a atteint 146 millions de dollars, soit un bond de 177% par rapport à la même période.

Par ailleurs, la noix de coco et les herbes aromatiques maintiennent également leur performance, contribuant à consolider la position des produits agricoles vietnamiens sur la carte internationale. Il est à noter que les exportations étendent leurs "frontières" vers de nouveaux marchés avec une croissance impressionnante : la Malaisie (plus de 80%), l'Allemagne (près de 80%), tandis que les Pays-Bas et l'Australie enregistrent également des chiffres positifs.

Le "levier" des protocoles

Cette percée ne peut être dissociée du rôle des protocoles d'exportation. À ce jour, le Vietnam et la Chine ont signé plus de 20 accords relatifs aux produits agricoles, sylvicoles et aquatiques. Concernant les fruits, environ 10 variétés sont exportées par voie officielle vers ce marché, notamment le durian, le fruit du dragon et le litchi.

La signature réussie des protocoles pour le pamplemousse et le citron en avril 2026, s'ajoutant à celle du jacquier frais précédemment, devrait créer de nouvelles marges de croissance. L'Association des fruits et légumes du Vietnam prévoit que ces deux seuls produits, le pamplemousse et le jacquier, pourraient contribuer à hauteur de 300 à 400 millions de dollars supplémentaires cette année.

Concernant les prévisions à court terme, Nguyên Van Muoi estime que le deuxième trimestre 2026 pourrait connaître une croissance de 15 à 20%. Si le premier trimestre a atteint une moyenne de 500 millions de dollars par mois, ce chiffre pourrait s'élever à 750-850 millions de dollars par mois au deuxième trimestre, particulièrement à partir de juin, période de pleine récolte du durian. La période de juin à octobre constituera le pic d'activité pour porter la valeur de l'ensemble du secteur à son plus haut niveau.

Selon Vinafruit, le pamplemousse et le jacquier, pourraient contribuer à hauteur de 300 à 400 millions de dollars supplémentaires cette année.

"Si aucun problème de qualité ne survient, l'objectif d'atteindre 10 milliards de dollars pour l'ensemble de l'année 2026 est tout à fait réalisable", espère Nguyên Van Muoi. Pour soutenir cet objectif, le vice-ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Hoàng Trung, a affirmé que le ministère coordonne étroitement ses actions avec les localités afin de standardiser les zones de culture, de contrôler l'emballage et de se conformer aux réglementations internationales.

Les défis de la qualité et des coûts

Malgré des perspectives très prometteuses, le secteur des fruits et légumes reste confronté à des goulots d'étranglement structurels. La dépendance vis-à-vis de certains marchés spécifiques, l'escalade des coûts logistiques et la pression pour restructurer la filière vers la durabilité deviennent plus urgentes que jamais.

Le président de l'Association des fruits et légumes du Vietnam, Nguyên Thanh Binh, a averti que les normes de sécurité sanitaire des aliments, de traçabilité et de résidus chimiques se durcissent à l'échelle mondiale. "Concernant le durian, cinq pays d'Asie du Sud-Est ont désormais signé des protocoles d'exportation vers la Chine. Le pays qui garantira la meilleure qualité s'emparera certainement du marché", a souligné Nguyên Thanh Binh. Cela démontre que l'avantage géographique n'est plus le facteur décisif, mais que la qualité est désormais l'"arme" vitale.

Parallèlement, l'instabilité géopolitique au Moyen-Orient a entraîné une hausse des prix du pétrole, provoquant une augmentation des coûts de transport intérieur de 30 à 40%. Les prix des engrais et des intrants ont également grimpé de 20 à 30%, érodant directement les marges bénéficiaires des entreprises. Dans de nombreux cas, la pression du partage des coûts de transport entre vendeurs et acheteurs a affaibli la compétitivité des produits vietnamiens.

Vers un développement durable

Face à cette réalité, l'expert Hoang Trong Thuy recommande aux entreprises de passer d'une logique de croissance quantitative à une concentration sur la qualité et l'efficacité de la gestion. L'optimisation des coûts et la rationalisation des structures constituent des solutions urgentes pour améliorer la rentabilité.

Actuellement, l'Association des fruits et légumes du Vietnam déploie activement des programmes de promotion commerciale en Allemagne et à Hong Kong (Chine), tout en conseillant aux entreprises de s'adapter proactivement aux nouvelles politiques, telles que le décret 280 de la Chine, afin de maintenir des flux d'exportation réguliers par les voies officielles.

À long terme, le secteur des fruits et légumes doit bâtir une chaîne de valeur durable, allant de l'établissement de zones de matières premières certifiées à l'investissement dans la transformation profonde et la création de marques fortes. La tendance vers une production verte, la réduction des substances chimiques et la priorité donnée aux engrais organiques représentent des orientations incontournables pour répondre aux exigences rigoureuses du marché international. Outre les efforts propres aux entreprises, l'accompagnement de l'État à travers les programmes nationaux de promotion commerciale sera le levier déterminant pour permettre aux produits agricoles vietnamiens de conquérir avec assurance de nouveaux marchés et de concrétiser l'objectif des 10 milliards de dollars.

Texte et photos : Truong Giang/CVN

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