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Selon les autorités spécialisées, l’élevage demeure l’un des piliers majeurs de l’agriculture vietnamienne, contribuant largement à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance de millions de foyers. Le passage d’une logique de "produire davantage" à celle de "produire mieux" apparaît désormais comme une exigence à la fois immédiate et stratégique afin de renforcer la compétitivité du secteur, réduire sa dépendance extérieure et favoriser son intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
Malgré des ressources foncières limitées, le Vietnam maintient un élevage parmi les plus importants au monde. Le cheptel porcin occupe actuellement le 5e rang mondial en nombre de têtes et le 6e en volume de production. Le pays compte environ 103 millions de volailles d’eau, se classant au 2e rang mondial derrière la Chine. La production d’aliments industriels pour animaux dépasse 21,5 millions de tonnes, soit le premier niveau de l’ASEAN, tandis que la production de lait cru se situe au 3e rang régional.
En 2026, le secteur vise une production de 8,66 millions de tonnes de viande, 19 milliards d’œufs et 1,5 million de tonnes de lait. Le cheptel devrait se maintenir à un niveau élevé avec environ 31,4 millions de porcs, 558,6 millions de volailles, 6,18 millions de bovins et 2,3 millions de buffles.
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| En 2026, la taille du cheptel porcin devrait se maintenir à un niveau élevé, avec environ 31,4 millions de têtes. |
| Photo : CTV/CVN |
Ces ambitions s’appuient sur des résultats encourageants enregistrés au premier trimestre 2026. Le cheptel porcin a progressé de 2,9% et celui des volailles de 3,3% par rapport à la même période de l’année précédente. Les exportations de produits de l’élevage ont atteint 197,7 millions de dollars, soit une hausse remarquable de 54,3%.
Selon Pham Kim Dang, directeur adjoint du Département de l’élevage et de la santé animale, "le secteur entend poursuivre sa restructuration afin d’améliorer l’efficacité, la productivité et la qualité tout en réduisant les coûts de production pour répondre aux nouvelles exigences de compétitivité".
Une dépendance encore forte aux importations
Derrière ces résultats positifs subsistent toutefois de nombreux défis. Les coûts de production demeurent élevés, la dépendance aux matières premières importées reste importante, l’élevage familial de petite taille prédomine encore et les risques sanitaires persistent.
Les aliments pour animaux représentent actuellement entre 60 et 70% des coûts de production. Or, le Vietnam importe encore 70 à 80% des matières premières nécessaires à leur fabrication. Cette dépendance expose fortement le secteur aux fluctuations mondiales des prix du maïs, du soja, du blé ou encore des coûts logistiques.
Selon les experts, la réduction des coûts passe à la fois par le développement des matières premières locales, l’amélioration des formules alimentaires, la valorisation des sous-produits agricoles et l’optimisation des processus d’élevage.
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| Le Vietnam s’efforce d’atteindre cette année une production de 19 milliards d'œufs. |
| Photo : Truong Giang/CVN |
Les reproducteurs constituent également un enjeu stratégique. Bien que le Vietnam dispose d’une riche diversité génétique locale et ait introduit de nombreuses races performantes venues de l’étranger, les lignées de base restent encore largement dépendantes des importations.
Ces dernières années, les programmes de sélection et de croisement ont néanmoins permis des avancées significatives. Dans le secteur avicole, plusieurs entreprises vietnamiennes comme Minh Du, Dabaco ou Cao Khanh sont progressivement parvenues à maîtriser la production de reproducteurs et à développer leurs parts de marché.
L’objectif, dans les prochaines années, est que les entreprises nationales contrôlent entre 70 et 80% du marché des volailles locales et de spécialité grâce à une combinaison entre ressources génétiques nationales et technologies modernes.
Numérisation, chaînes de valeur et élevage vert
Afin de relever ces défis, le secteur s’appuie désormais fortement sur la science et la technologie. Le Projet d’industrialisation de la production de races animales, approuvé par le Premier ministre, vise notamment à développer des lignées génétiques maîtrisées par les entreprises vietnamiennes afin de réduire progressivement la dépendance aux importations.
Dans de nombreuses grandes exploitations, les technologies numériques et l’intelligence artificielle sont déjà utilisées pour surveiller la température, l’humidité, la consommation alimentaire ou encore détecter précocement les risques sanitaires. Des logiciels spécialisés permettent également d’adapter précisément les rations alimentaires selon les phases de croissance des animaux, limitant ainsi le gaspillage.
De plus en plus d’exploitations investissent aussi dans des systèmes automatisés pour l’alimentation, la collecte des œufs, le traitement des déchets, le refroidissement des bâtiments ou encore la désinfection. Ces innovations permettent non seulement de réduire les coûts de main-d’œuvre, mais aussi d’améliorer considérablement la biosécurité.
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| La production de lait cru du Vietnam se classe au 3e rang au sein de l’ASEAN. |
| Photo : Truong Giang/CVN |
Selon les spécialistes, la technologie constitue aujourd’hui le principal levier permettant au secteur de passer d’un modèle extensif à un modèle intensif, davantage fondé sur la valeur ajoutée, la traçabilité, la qualité homogène des produits et le respect de l’environnement.
Construire des chaînes durables et compétitives
L’élevage à petite échelle occupant encore une place importante, le modèle d’intégration en chaîne apparaît comme une solution adaptée pour renforcer la compétitivité des petits producteurs.
Dans ce modèle, les entreprises fournissent reproducteurs, alimentation et protocoles techniques, tout en garantissant l’achat de la production. Les éleveurs investissent quant à eux dans les infrastructures et assurent la production selon des normes harmonisées. Ce système permet de limiter les risques de marché, d’améliorer la qualité des produits et de sécuriser les débouchés.
Parallèlement, les coopérations entre entreprises vietnamiennes sont encouragées afin de créer de véritables écosystèmes d’élevage intégrés, capables de rivaliser dans un contexte d’ouverture internationale croissante.
Vers un élevage plus durable
Le secteur doit également répondre aux exigences environnementales liées aux engagements du Vietnam lors de la 26e conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26), notamment l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.
Face à ce défi, de nombreuses entreprises et collectivités investissent dans des systèmes de biogaz, le recyclage de l’eau, la production d’énergie à partir des déchets et des modèles d’économie circulaire appliqués aux exploitations.
Grâce à l’innovation technologique, à la transformation numérique et à une approche plus durable, le secteur vietnamien de l’élevage espère ainsi renforcer sa compétitivité tout en contribuant à la sécurité alimentaire et au développement vert du pays.
Truong Giang/CVN



