Le Vietnam mise sur les start-up pour réinventer son agriculture

Avec d’importants volumes de déchets agricoles, le Vietnam offre un potentiel unique pour les start-up innovantes. Ces dernières exploitent ces ressources pour développer des solutions durables et compétitives.

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La mouche soldat noire (Hermetia illucens) est élevée par Entobel et transformée en farine protéique d’insectes.  
Photo : CTV/CVN

"Les opportunités sont immenses, mais pour réussir, nous avons dû quitter l’Europe pour le Vietnam", confie Alexandre de Caters, cofondateur de l’entreprise Entobel. Avec son associé Gaetan Crielaard, il a identifié dès 2013 le potentiel du pays dans la production de protéines à base d’insectes destinées à l’alimentation animale. Treize ans plus tard, leur pari s’est transformé en succès industriel.

Spécialisée dans l’élevage de mouches soldats noires, Entobel exploite aujourd’hui l’une des plus grandes usines de production de protéines d’insectes en Asie. Implantée à Vung Tàu grâce à un investissement total de 30 millions de dollars, l’installation a atteint une production annuelle d’environ 5.000 tonnes, en hausse de 50% sur un an. L’entreprise rejoint ainsi les leaders mondiaux du secteur, aux côtés de Protix ou InnovaFeed.

Au-delà de la performance économique, la solution répond à un enjeu environnemental majeur. Traditionnellement issues de la pêche maritime, les protéines utilisées dans l’aquaculture subissent la pression croissante de la surexploitation des ressources halieutiques. "Nous avons vu une solution claire et évolutive à un problème global : l’épuisement des stocks de poissons", explique Chad Ovel, directeur général de Mekong Capital, principal investisseur d’Entobel.

Le Vietnam, avec son agriculture intensive et son abondance de coproduits, offre un terrain idéal. Entobel collabore notamment avec des usines de transformation de fruits pour recycler leurs déchets en alimentation pour insectes, créant ainsi une boucle de production vertueuse. Le climat tropical constitue un atout supplémentaire, favorisant la croissance rapide des larves.

Répondre aux mutations de l’aquaculture

Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie nationale de développement du secteur halieutique. D’ici 2030, le Vietnam ambitionne de réduire sa production issue de la pêche à 2,8 millions de tonnes, tout en portant l’aquaculture à 7 millions de tonnes. Une évolution qui implique une transformation profonde des sources d’alimentation pour les élevages.

Dans ce contexte, les protéines alternatives apparaissent comme une solution incontournable. Face à une demande en constante augmentation et à une offre de farine de poisson appelée à diminuer, les innovations comme celles d’Entobel gagnent en pertinence.

L’entreprise prévoit d’ailleurs d’élargir ses capacités de production. "Notre volume reste encore modeste par rapport à l’industrie mondiale de l’alimentation animale. Nous maximisons actuellement notre usine existante et préparons de nouveaux projets", précise Alexandre de Caters. Une expansion qui vise à accompagner la croissance rapide du secteur aquacole vietnamien.

Valoriser les déchets agricoles

Une tendance similaire se dessine dans le domaine des engrais. Chaque année, des millions de tonnes de balle de riz sont produites au Vietnam sans être pleinement valorisées. La startup HUSK s’est positionnée sur ce créneau en développant des solutions innovantes de transformation de biomasse.

HUSK transforme la balle de riz en biochar et en engrais.
Photo : CTV/CVN

Grâce à la technologie de pyrolyse, l’entreprise convertit les résidus agricoles en biochar, ensuite intégré dans des engrais adaptés à différentes cultures. "En nous approvisionnant localement, nous réduisons la dépendance aux matières premières importées et conservons davantage de valeur au sein de l’économie nationale", explique Heloise Buckland, cofondatrice de HUSK.

Les résultats sont significatifs. Plus de 250 essais sur le terrain, menés sur une trentaine de cultures avec des institutions comme l’Université de Cân Tho ou l’institut WASI, ont démontré des gains de rendement de 15% à 30%, ainsi qu’une amélioration de la santé des sols et de la résistance des plantes.

Au-delà des performances agronomiques, ces solutions répondent à une exigence croissante de durabilité. Toutefois, le facteur prix reste déterminant. "Les agriculteurs vietnamiens sont très sensibles aux coûts et ne paieront pas plus cher pour la durabilité", souligne Chad Ovel. Dans ce contexte, l’innovation doit concilier efficacité et compétitivité économique.

Porté par ces dynamiques, le marché vietnamien de l’agriculture circulaire apparaît aujourd’hui comme l’un des plus prometteurs en Asie. À condition de relever le défi de l’accessibilité, les startups disposent d’un terrain fertile pour transformer en profondeur les modèles agricoles traditionnels.

Thao Nguyên/CVN

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