Construire une main-d’œuvre solide pour les biotechnologies au Vietnam

Dans le contexte de la mise en œuvre des orientations définies par les Résolutions No36 et 57 du Politburo, les biotechnologies figurent parmi les priorités stratégiques du Vietnam. Selon le Professeur - Docteur Chu Hoàng Hà, vice-président de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam, le principal enjeu réside aujourd’hui dans la constitution d’un vivier de ressources humaines à la hauteur des ambitions fixées.

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Le Professeur Chu Hoàng Hà, vice-président de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam. Photo : CTV/CVN

Il souligne que le pays fait face à une pénurie marquée de main-d’œuvre hautement qualifiée dans ce domaine. Malgré des résultats enregistrés dans la sélection variétale, la production de vaccins ou encore la biomédecine, l’application à grande échelle reste limitée. Cette situation ne reflète pas pleinement le potentiel existant.

D6emande croissante de ressources humaines

La demande en ressources humaines ne se concentre plus uniquement dans les instituts de recherche. Elle s’étend désormais aux entreprises, en particulier dans les secteurs privés et à capitaux étrangers. Des domaines tels que la transformation agroalimentaire, la production pharmaceutique ou le traitement environnemental nécessitent des techniciens qualifiés ainsi que des experts capables de maîtriser des technologies avancées comme l’édition génétique, les cellules souches, la biologie synthétique ou encore la bio-informatique.

Dans ce contexte, le Professeur Chu Hoàng Hà met en évidence un manque notable de ''maîtres d’œuvre'', entendus comme des experts de haut niveau capables d’identifier, de maîtriser et de développer des technologies clés. Ces profils doivent disposer d’une solide expérience, d’une reconnaissance scientifique et de réalisations concrètes, tout en étant en mesure de résoudre des problématiques complexes et interdisciplinaires dans des délais contraints.

S’agissant de la formation, plusieurs limites apparaissent. Le domaine des biotechnologies exige des ressources expérimentales importantes. Si certaines institutions disposent d’infrastructures modernes, de nombreux établissements universitaires restent confrontés à des insuffisances en matière d’équipements et de conditions de pratique. Le coût élevé des consommables et des installations empêche souvent l’organisation de travaux pratiques approfondis.

En conséquence, les étudiants ont un accès limité à l’expérimentation réelle. Leur formation reste parfois théorique, ce qui affecte directement leurs compétences techniques. Par ailleurs, bien que le corps enseignant dispose d’un niveau académique élevé, certaines compétences liées à la pratique, telles que la gestion de projets scientifiques, la propriété intellectuelle ou la commercialisation des produits, ne sont pas encore suffisamment développées.

Des limites dans la formation

L’écart entre la formation et les exigences de la production constitue un autre point de fragilité. Les étudiants peuvent être à l’aise en laboratoire, mais rencontrent des difficultés lorsqu’il s’agit de travailler à l’échelle pilote ou industrielle, notamment dans des systèmes automatisés ou conformes aux normes internationales.

Études en biotechnologie à l'Université des sciences et des technologies de Hanoï. 
Photo : USTH/CVN

Sur le plan institutionnel, les cadres juridiques récents offrent des conditions favorables. Le Professeur Chu Hoàng Hà indique que ces dispositifs permettent de renforcer les liens entre formation, recherche et marché. Ils ouvrent notamment la possibilité de développer des entreprises innovantes au sein des établissements d’enseignement et de favoriser la participation des scientifiques à la valorisation des résultats de recherche.

Les établissements de formation sont ainsi encouragés à adapter leurs modèles, notamment en intégrant davantage les entreprises dans les programmes d’enseignement et en ajustant les contenus aux besoins du marché. La participation de professionnels issus du secteur privé dans les activités pédagogiques constitue également une orientation importante.

Vers un écosystème coordonné

Concernant les perspectives, le développement des biotechnologies s’inscrit dans une dynamique de convergence entre biologie, technologies de l’information et intelligence artificielle. Cette évolution implique une transformation des compétences requises. La bio-informatique devient essentielle, en lien avec le traitement des données massives. Les compétences numériques, notamment dans l’exploitation de systèmes automatisés, prennent également une place croissante.

En parallèle, la maîtrise des langues étrangères et certaines aptitudes liées au fonctionnement des marchés sont nécessaires pour permettre une intégration dans les chaînes de valeur internationales.

Le Professeur Chu Hoàng Hà évoque par ailleurs le rôle des différents acteurs dans la formation des ressources humaines. L’État intervient en tant qu’acteur de régulation et de soutien, notamment à travers le financement de projets et la mise en place d’infrastructures communes. Les établissements de formation assurent la préparation des ressources humaines, tandis que les entreprises participent à la définition des besoins et à la formation en situation réelle.

Le décret 231/2025/NĐ-CP constitue, selon lui, une avancée significative. Il établit des mécanismes de sélection et de reconnaissance pour les ''maîtres d’œuvre'' et les ''architectes en chef'' dans les domaines scientifiques et technologiques. Ce cadre précise les critères relatifs aux compétences et aux réalisations, tout en accordant des prérogatives spécifiques permettant d’accélérer la mise en œuvre des projets.

Enfin, le professeur insiste sur la nécessité d’une coordination étroite entre les acteurs. Les établissements de formation sont appelés à développer des modèles de formation en alternance, combinant enseignement académique et expérience en entreprise. De leur côté, les employeurs sont encouragés à s’impliquer plus tôt dans le processus de formation, notamment à travers des programmes de bourses, des investissements en équipements ou des partenariats directs avec les universités.

Minh Quân/CVN

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