Construire des marques nationales dans les industries culturelles

La Résolution N°80-NQ/TW est un document du Parti qui fixe pour la première fois des objectifs quantitatifs précis en matière de marque culturelle et d’industries culturelles. Avec des milliers de patrimoines matériels et immatériels, ainsi qu’une vie culturelle riche des 54 ethnies, le Vietnam dispose de solides fondations pour concrétiser ces objectifs. Mais passer de la "richesse culturelle" à la "marque culturelle" est un processus qui exige une forte détermination et une démarche structurée.

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Le spectacle "La Patrie dans nos cœurs" est organisé par le journal Nhân Dân en collaboration avec le Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : VNA/CVN

Une marque nationale peut être définie comme l’image, la réputation et les valeurs distinctives qu’un pays construit aux yeux de la communauté internationale. Selon Brand Finance, organisme londonien spécialisé dans l’évaluation des marques nationales, le classement du Vietnam s’est régulièrement amélioré ces dernières années grâce aux efforts visant à réformer l’environnement d’investissement et à soutenir la croissance économique. Toutefois, en matière de puissance douce, où la culture joue un rôle central, la position du Vietnam reste encore relativement modeste. Dans l’Indice mondial de la puissance douce publié par Brand Finance fin janvier 2026, le Vietnam occupait la 52e place sur 193 pays et la 9e place en Asie, restant encore assez éloigné des pays en tête du classement régional.

Selon les experts, ce qui fait défaut n’est pas la matière première culturelle, mais des produits culturels suffisamment forts pour contribuer à une identité nationale clairement identifiable.

Phan Minh Thu, directrice exécutive de la société par actions Senplus, estime que le Vietnam ne manque ni de ressources ni de produits culturels, mais qu’il doit encore améliorer sa capacité à raconter une histoire de marque susceptible de créer un lien avec le public international. Ce n’est que lorsque la culture est transformée en expériences, produits ou services capables d’accéder au marché qu’elle peut véritablement devenir un moteur économique.

Selon la Docteure Truong Thuy Mai, de la Faculté de culturalologie de l’Université de la culture de Hanoï, l’analyse des expériences internationales montre que les villes et les pays qui ont réussi ont tous exploité les événements culturels comme une composante de leur stratégie de construction d’une marque de destination.

Du point de vue de la création, le Vietnam ne manque nullement de capacités. Le vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, Nguyên Huy Dung, estime que la chaîne de valeur des industries culturelles reste aujourd’hui fragmentée à plusieurs niveaux : entre la création et la propriété intellectuelle, entre les capitaux et la production, ainsi qu’entre la production, la distribution et le réinvestissement.

Il cite deux chiffres particulièrement significatifs : environ 80% des capitaux investis dans les startups vietnamiennes de jeux vidéo sont actuellement "orientés" vers Singapour, où le cadre juridique et l’écosystème d’investissement sont plus favorables ; plus de 60% des studios d’animation nationaux travaillent principalement en sous-traitance pour des projets étrangers, au lieu de détenir leurs propres actifs de propriété intellectuelle. Les capacités créatives existent, tout comme le marché, mais la valeur ajoutée et les droits de propriété ne restent pas entre les mains de ceux qui les ont créés. Il s’agit d’un paradoxe auquel il faut remédier.

Aujourd’hui, la prise de conscience se transforme rapidement en actions institutionnelles. Après la Résolution N°80-NQ/TW, l’Assemblée nationale a adopté la Résolution N°28/2026/QH16 fixant certains mécanismes et politiques de développement de la culture vietnamienne. Elle désigne le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme comme organisme chef de file pour les industries culturelles, chargé devant le gouvernement d’assurer la gestion publique dans ce domaine.

L’évolution particulièrement attendue par les experts concerne le projet de Loi sur le développement des industries culturelles, qui devrait être soumis à l’Assemblée nationale pour adoption selon une procédure accélérée lors de la deuxième session de la XVIe législature, en octobre prochain.

Le projet de loi poursuit trois grands objectifs : établir la place des industries culturelles dans la structure économique du Vietnam ; relier les chaînes de valeur afin d’accroître la valeur économique, les exportations et l’attraction des investissements stratégiques ; et, parallèlement, promouvoir l’identité culturelle vietnamienne, la marque Vietnam et la puissance douce du Vietnam sur la scène internationale.

AFP/VNA/CVN

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