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| Processus de découpe des cocons. |
| Photo : VNA/CVN |
Situé sur les rives du fleuve Ninh Co, le village de Cô Chât, commune de Ninh Giang, province de Ninh Binh (Nord), bénéficie de terres alluviales fertiles, idéales pour la culture du mûrier et l’élevage du ver à soie. Lorsque les colons français ont construit l’usine textile de Nam Dinh, Cô Chât est progressivement devenu une zone de production de matière première pour l’usine. En raison de la qualité exceptionnelle de sa soie, les Français y ont même implanté une usine de transformation afin d’exploiter tout le potentiel de cette région séricicole.
Animation retrouvée
Selon Duong Duy Lâm, chef du village, le métier du filage de la soie s’est transmis de génération en génération. À son âge d’or, plus de 90% des foyers vivaient du tissage de la soie, s’assurant de bons revenus. Mais vers 2010, face à la concurrence accrue du marché, l’activité s’est essoufflée. Depuis trois ans pourtant, la soie naturelle retrouve les faveurs des consommateurs, et les ateliers du village reprennent vie.
En parcourant le village, on entend de nouveau le bourdonnement des métiers à tisser. Dans les ateliers, les femmes s’activent autour des chaudières fumantes où bouillent les cocons. Leurs gestes précis, hérités de générations d’artisans, donnent naissance à des fils d’une finesse et d’une souplesse remarquables, porteurs de l’identité de la soie de Cô Chât.
Doàn Thi Huê, propriétaire d’un atelier employant une dizaine d’ouvrières, raconte qu’elle exerce ce métier depuis près de trente ans. Autrefois entièrement manuel, le travail bénéficie désormais de machines, améliorant la qualité et la productivité tout en réduisant les coûts. Chaque mois, son atelier exporte environ une tonne de soie brute vers le Laos et la Thaïlande, à un prix variant de 900.000 à 1,4 million de dôngs le kilo.
La famille de Nguyên Thi Yên perpétue également la tradition. Pour s’adapter au marché, elle a diversifié ses activités : en plus de trois foyers de production d’environ 50 kilos de cocons par jour, elle coupe désormais les cocons pour vendre les chrysalides aux restaurants. Cette nouvelle activité, très demandée, assure du travail à une vingtaine d’habitants.
Mme Yên indique qu’au cours des trois dernières années, le marché a montré un fort intérêt pour les chrysalides, utilisées dans l’alimentation et la médecine. C’est pourquoi sa famille a développé une activité complémentaire de découpe des cocons pour en extraire les chrysalides. Elle ajoute que le maintien simultané de l’élevage du ver à soie et de la vente des chrysalides permet d’avoir un revenu supplémentaire face aux fluctuations du marché. C’est aussi, selon elle, un moyen de pérenniser le métier traditionnel hérité des ancêtres.
Face à la diminution des terres à mûriers, à la concurrence des soies industrielles et à la faiblesse des salaires, nombre de familles ont dû se reconvertir. Pour préserver le patrimoine, les artisans ont créé en 2021 la Coopérative de soie de Cô Chât. Celle-ci mise sur la modernisation et l’innovation technologique pour produire des tissus de haute qualité.
Trân Thi Ngoc, membre de la coopérative, souligne que “le travail purement manuel ne suffit plus”. Selon elle, l’introduction de machines permet d’améliorer la finition et d’attirer une clientèle plus large. En 2022, le tissu traditionnel “Chât Silk” a obtenu la certification OCOP (À chaque commune son produit) quatre étoiles du Comité populaire provincial. Cette reconnaissance a servi de tremplin pour faire connaître les produits à un large public.
Pilier économique
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| Dans un atelier de filage de la soie artisanal à Cô Chât, village de Ninh Giang, à Ninh Bình. |
| Photo : VNA /CVN |
Pour bâtir la marque de soie Cô Chât, la coopérative investit non seulement dans la qualité, mais aussi dans la promotion sur les réseaux sociaux : création d’un site web, de pages Facebook, YouTube et TikTok, ainsi qu’une présence sur les plateformes de commerce en ligne. Outre la soie brute exportée, elle développe désormais des articles de mode en soie naturelle destinés au marché intérieur.
Selon Pham Thi Minh Hai, directrice de la coopérative, la tendance actuelle est au retour des matières naturelles : “Nous concevons désormais des vêtements, des draps, des taies et des couvertures 100% en soie, adaptés au mode de vie moderne”.
Après la réorganisation administrative, les villages artisanaux sont désormais connectés à des réseaux de distribution et à des marchés de consommation plus vastes. Ils bénéficient aussi d’un soutien accru pour présenter leurs produits dans des foires-expositions.
Pour préserver et promouvoir la valeur des métiers traditionnels et aider les artisans à se consacrer sereinement à leur art, les autorités locales prévoient de renforcer la promotion des produits. Elles étudient également la création de circuits touristiques alliant culture et spiritualité, reliant la pagode Keo Hành Thiên, le complexe de temples Phu Dày, le village de fonderie de bronze Tông Xa et le marché Viêng, afin de former un itinéraire complet autour de l’artisanat traditionnel.
Selon Nguyên Hông Son, vice-président du Comité populaire de la commune de Ninh Giang, le développement artisanal est désormais érigé en pilier économique local. La commune a élaboré une stratégie visant à relancer et valoriser l’héritage séculaire de la soie de Cô Chât. Ce plan ambitieux prévoit l’aménagement de la zone de production, le soutien à la culture du mûrier, la modernisation des infrastructures (routes, parkings, accueil touristique) pour inciter la population à pérenniser ce savoir-faire ancestral.
Duy Bao/CVN





