Cinéma : de la vague au virage durable

Le marché du cinéma vietnamien a connu en 2025 une croissance spectaculaire des recettes, portée par une série de succès nationaux. Reste à transformer cette “vague” en dynamique durable, un objectif de long terme semé d’embûches.

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En 2025, le cinéma vietnamien a établi plusieurs records. Huit des dix plus gros succès du premier semestre étaient des productions nationales. Au second semestre, le box-office a été dominé par Mua đo (Pluie rouge) ou Tu chiên trên không (Combat mortel dans le ciel). Les spécialistes estiment que le pays figure parmi les marchés cinématographiques à la croissance la plus rapide au monde.

Les salles obscures vietnamiennes ont généré plus de 6,14 mille milliards de dôngs en 2025, selon le Box-office Vietnam. Les films nationaux ont contribué à plus de 3,77 mille milliards, soit 61,4% des recettes. Le Top 10 des titres a cumulé à lui seul 2,43 mille milliards, représentant plus de la moitié du marché des films vietnamiens.

Un nouveau sommet

Phénomène de l’année, Mua đo a dépassé 714 milliards de dôngs, établissant le record historique de recettes pour un film vietnamien. Parmi les dix plus gros succès nationaux de 2025, six autres titres franchissent la barre des 200 milliards : Bô tu báo thu (Le Quatuor de la vengeance), Tu chiên trên không, Thám tu Kiên : Ky án không đâu (Détective Kiên : l’affaire sans tête), Nhà gia tiên (Maison ancestrale), Lât mat 8 : Vong tay nang (Face cachée 8 : l’étreinte du soleil) et Nu hôn bac ty (Le Baiser à un milliard). Signe de l’embellie, cinq films sortis en 2025 figurent désormais dans le top 10 de tous les temps du cinéma vietnamien.

Une scène du film "Bô tu báo thu" (Le Quatuor de la vengeance).
Une scène du film "Thám tu Kiên : Ky án không đâu" (Détective Kiên : l’affaire sans tête).

La nouveauté marquante tient à l’essor vigoureux des films de guerre et des œuvres inspirées de faits réels, à l’instar de Mua đo, Dia đao : Mat troi trong bóng tôi (Les Tunnels : le Soleil dans l’obscurité) et Tu chiên trên không. Au-delà de la densité narrative, des progrès visibles en matière d’image et d’effets visuels, et d’un récit plus audacieux, ces succès ont bénéficié d’un puissant effet d’entraînement lié aux commémorations nationales, dont les 50 ans de la réunification du pays, les 80 ans de la Révolution d’août et la Fête nationale du 2 septembre, qui ont mobilisé des millions de spectateurs.

En 2025, le cinéma a également vu fleurir de nombreuses coproductions avec des équipes venues de la République de Corée, de Thaïlande et d’Inde. Parmi elles, Mang me đi bo (Abandonner maman) a créé la sensation au-delà des salles, avec plus de 171 milliards de dôngs de recettes. Ce succès témoigne d’une véritable percée dans la coopération internationale, portée par une production solide, un casting à la fois engagé et de haut niveau, et l’appui décisif du distributeur dans le pays.

Si 2025 a été une année faste pour le box-office national, la route vers les Oscars demeure longue. Mua đo, film à fort retentissement au Vietnam, n’a pas intégré la liste restreinte de films de l’Oscar 2026 du Meilleur film international, illustrant l’écart persistant entre succès domestique et scène mondiale.

"Tu chiên trên không" (Combat mortel dans le ciel), l'un des films inspirés de faits réels.
Photo : CTV/CVN

En route vers les Oscars

Đang Trân Cuong, directeur du Département du cinéma, estime que “cet échec ne remet pas en cause le niveau ou la stature du cinéma vietnamien“. Il reflète plutôt “l’extrême compétitivité des Oscars, où s’affrontent des œuvres issues d’industries dotées de ressources abondantes et de systèmes de production et de promotion internationale rodés“.

Le choix de Mua đo comme représentant national constitue déjà une avancée majeure, signe que le cinéma vietnamien se rapproche des standards internationaux, notamment en matière de sujets, de langage cinématographique et d’organisation de la production.

Selon lui, l’absence en liste restreinte de films doit être considérée comme “un apprentissage utile, permettant aux professionnels de mieux cerner les critères et les règles du jeu de ce prix, afin d’ajuster, dans la durée, la stratégie d’internationalisation plutôt que de miser sur des phénomènes isolés”.

“+Mua đo+ est une pierre d’angle, mais pour aller plus loin, le cinéma vietnamien doit se professionnaliser de bout en bout, de la distribution à la promotion internationale, et viser des récits à portée plus universelle”, affirme-t-il.

À la question des principaux points faibles actuels dans la course à l’Oscar du Meilleur film international, Đang Trân Cuong évoque un problème systémique plutôt qu’un défaut isolé.

D’abord, la capacité à toucher le public et les jurés internationaux reste un défi, notamment lorsque nombre de films, riches en identité, souffrent d’un mode de narration insuffisamment universel, limitant la résonance interculturelle de leur message.

Ensuite, la catégorie requiert aux États-Unis une sortie et une campagne conformes aux usages (communication, projections pour les membres de l’Académie, RP, séances de questions-réponses, relations presse, lobbying réglementaire, etc.). Sans expérience ni budget, il est difficile de rivaliser avec des pays dotés d’un véritable “appareil à prix”.

Troisièmement, les ressources pour la production et la promotion à l’international demeurent limitées, notamment en raison du manque de personnel, d’éditeurs partenaires et de conseils spécialisés pour des campagnes de long cours.

Enfin, le secteur est encore en phase d’apprentissage. Nommer les faiblesses est toutefois indispensable pour refonder la stratégie, cibler l’investissement et accroître la compétitivité du cinéma vietnamien à l’échelle mondiale.

Une scènce du long métrage "Mua do", réalisé par l’artiste émérite Dang Thai Huyên et produit par le Cinéma de l’Armée populaire.
Photo : CTV/CVN

Du point de vue de l’autorité de tutelle, élever la qualité et la compétitivité des films vietnamiens aux Oscars exige une stratégie patiente et cohérente.

Cette ambition doit s’enraciner très tôt, dès l’écriture : des histoires profondément vietnamiennes, racontées avec un langage cinématographique contemporain, à forte portée universelle et émotionnelle.

Le régulateur, ajoute-t-il, doit élargir les dispositifs de soutien et de mise en relation pour les projets à potentiel international : accès à des mentors et à des formations, coproductions avec des partenaires étrangers afin de renforcer l’exigence artistique et d’ouvrir des débouchés de distribution.

Le poster du film "Nu hôn bac ty" (Le Baiser à un milliard).
Photo : CTV/CVN

Pour les films sélectionnés comme représentants aux l’Oscars, il insiste sur une stratégie de sortie et de promotion internationale de long terme, professionnelle, avec l’accompagnement précoce de cabinets de conseil et d’agences de communication internationales, afin de gagner en visibilité tout en respectant strictement les exigences d’éligibilité.

“Les Oscars doivent s’inscrire dans une stratégie de développement durable du cinéma national, notamment dans la formation de talents de haut niveau, l’élaboration d’un cadre juridique abouti, l’amélioration de l’environnement de production et de distribution, et la construction d’un écosystème professionnel”, conclut-il.

Le directeur place par ailleurs de grands espoirs dans la nouvelle génération de cinéastes, mieux formés, plus réactifs aux tendances et aux standards internationaux, tout en préservant l’âme culturelle, l’humain et le vécu vietnamien.

Phuong Nga/CVN

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