Vietnam - OIF : la mobilité des enseignants au service de la coopération francophone

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en collaboration avec le ministère vietnamien de l’Éducation et la Formation, a lancé, le 21 septembre, un programme de mobilité permettant à dix enseignants francophones d’intervenir, durant l’année 2026-2027, dans dix établissements vietnamiens. Au-delà du renforcement de l’apprentissage du français, cette initiative vise à favoriser le partage des pratiques pédagogiques et les échanges interculturels.

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La cérémonie de lancement du Programme de mobilité des enseignants volontaires francophones pour l’année 2026-2027 au Vietnam s’est déroulée le 21 septembre à Hanoï.

La première promotion du Programme de mobilité des enseignants volontaires francophones rassemble dix enseignants qualifiés venus du Bénin, du Burundi, du Cameroun, de France et du Mozambique, appelés à exercer dans dix établissements d’enseignement secondaire et supérieur au cours de l’année scolaire et universitaire 2026-2027.

Au-delà de la présence d’enseignants francophones dans les salles de classe, cette initiative ambitionne de construire une coopération éducative durable, fondée sur le partage d’expériences, l’innovation pédagogique et les échanges interculturels. Elle ouvre également de nouvelles perspectives aux enseignants vietnamiens et aux apprenants, en leur offrant davantage d’occasions de pratiquer le français et de découvrir la diversité de ses usages dans l’espace francophone.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la Programmation 2024-2027 de l’OIF, sous le pilotage de la Direction de l’enseignement et de l’apprentissage du français (DEAF). Inspirée d’une vision lancée en 2020 par la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, cette initiative a déjà permis de déployer plus de 200 volontaires à travers le monde, notamment au Rwanda, au Ghana, aux Seychelles et au Cambodge. Avec son extension cette année au Vietnam et à l’Arménie, le dispositif consolide son ancrage international. Ce lancement revêt également une forte portée symbolique, intervenant près de trente ans après le VIIe Sommet de la Francophonie, tenu à Hanoï en 1997.

Les dix volontaires seront accueillis dans cinq établissements d’enseignement secondaire et cinq universités, répartis dans plusieurs localités du pays, notamment à Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Hai Phong, Thai Nguyên, Phu Tho et Cân Tho.

Une mobilité au service d’une coopération durable

Lors de la cérémonie de lancement, Nguyên Thu Thuy, directrice du Département de la coopération internationale du ministère vietnamien de l’Éducation et de la Formation, a souligné la portée de cette initiative. Selon elle, le programme ne se limite pas à un simple échange d’enseignants, mais constitue "un projet de coopération concret visant à créer des passerelles entre les espaces éducatifs de la communauté francophone".

Nguyên Thu Thuy, directrice du Département de la coopération internationale du ministère vietnamien de l’Éducation et de la Formation, souligne la portée de cette initiative lors de son discours.

La responsable a également mis en avant "la volonté commune d’améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage du français", tout en élargissant les possibilités de formation, d’échanges et de développement professionnel offertes aux enseignants et aux apprenants vietnamiens.

Cette coopération repose sur une mobilisation conjointe de l’OIF, du ministère, des établissements d’accueil et des différents partenaires impliqués dans la préparation et la mise en œuvre du programme. Les établissements vietnamiens se sont engagés à créer les conditions nécessaires pour permettre aux volontaires d’accomplir leurs missions.

Pour Mme Thu Thuy, cette première expérience pilote doit servir de "socle à l’élargissement et à l’approfondissement des activités de coopération dans les années à venir", notamment dans la formation des enseignants, le renouvellement des approches pédagogiques et le développement des échanges entre établissements.

Cette ambition rejoint les orientations globales de l’OIF, exprimées par la Dr Rennie Yotova, cheffe de la DEAF, lors des rencontres des cadres de la filière éducative : "Nous ne sommes pas réunis uniquement pour transmettre des connaissances [...]. Nous sommes ici pour apprendre les uns des autres, pour confronter nos expériences, pour regarder autrement nos systèmes éducatifs et, surtout, pour nous demander ensemble : comment mieux les transformer ?".

Insistant sur l’importance du leadership éducatif, elle a rappelé que "la Francophonie est précisément cela : non pas l’uniformité des modèles, mais la circulation des expériences". 

Rennie Yotova, directrice de l’enseignement et de l’apprentissage du français de l'OIF, affirme l’engagement de cette organisation en faveur de la mobilité enseignante, de la qualité de l’enseignement du et en français, ainsi que du renforcement des systèmes éducatifs partenaires.

Co-enseignement et nouvelles pratiques pédagogiques

Sélectionnés à l’issue d’un processus international rigoureux, les dix enseignants volontaires sont titulaires d’un master, disposent d’au moins cinq années d’expérience dans l’enseignement du français langue étrangère (FLE) et possèdent un niveau de maîtrise du français équivalent au niveau C1 ou supérieur.

Leur mission repose principalement sur le travail en binôme et le co-enseignement avec les enseignants vietnamiens. Cette démarche doit favoriser le partage d’expériences, la mutualisation des pratiques et le renforcement des compétences professionnelles des équipes éducatives locales.

Les volontaires contribueront également à l’intégration de ressources et d’outils numériques dans les cours. Des plateformes et médias éducatifs comme Parlonsfrançais, TV5MONDE, RFI ou Kahoot, ainsi que des outils fondés sur l’intelligence artificielle, pourront être mobilisés afin de diversifier les méthodes d’enseignement et de rendre les apprentissages plus interactifs.

À l’Université des langues et des études internationales (ULIS), relevant de l’Université nationale de Hanoï (VNU), cette arrivée suscite des attentes concrètes. Dàm Thu Thuy, doyenne du Département de français, estime que la présence des volontaires peut apporter de "nouvelles perspectives" à une équipe qui s’efforce quotidiennement d’"améliorer la qualité de l’enseignement et de motiver les étudiants".

Elle espère notamment voir se développer un environnement d’apprentissage plus "authentique", dans lequel les étudiants pourront être exposés à la diversité de la langue française et des cultures francophones. En collaboration avec les enseignants vietnamiens, les volontaires devraient contribuer à "dynamiser les cours", mais aussi à "développer des activités parascolaires et expérientielles, essentielles à la professionnalisation des étudiants".

Remise des conventions de volontariat aux enseignants volontaires et aux représentants des établissements d’accueil vietnamiens.

Parmi les premières pistes de collaboration évoquées figurent le renforcement de l’expression orale, les échanges autour de nouvelles méthodes d’enseignement et l’accompagnement des clubs francophones déjà actifs au sein du département.

Un enseignant volontaire qui interviendra dans cette structure a notamment proposé d’aider les étudiants à réaliser un journal, en version papier et numérique. Pour la doyenne, ces projets pourraient déboucher sur des productions concrètes auxquelles les étudiants contribueraient directement.

Au-delà de l’apprentissage linguistique, les volontaires participeront à l’animation de la vie francophone au sein des établissements. Clubs de français autour du théâtre, débats, podcasts ou du chant choral, activités culturelles et célébrations de la Journée internationale de la Francophonie figurent parmi les initiatives envisagées.

Diversité francophone au quotidien

Pour les enseignants volontaires, cette mobilité représente également une occasion d’enrichissement personnel et professionnel. Venue de France, Bella Alasnian, enseignante volontaire de français à l’Université de Hanoï, explique avoir souhaité découvrir l’Asie du Sud-Est depuis près d’un an, avec le Vietnam en tête de sa liste de destinations.

La découverte du programme lui a offert la possibilité de concrétiser ce projet tout en exerçant le métier qu’elle aime. "Je ne viens plus comme une touriste, mais comme une enseignante de français", souligne-t-elle.

Française d’origine arménienne, elle a appris le français en Russie et vécu en Arménie, en Russie et en France. Ce parcours multiculturel constitue, à ses yeux, une expérience qu’elle pourra partager avec ses futurs étudiants vietnamiens.

Ayant elle-même appris une langue étrangère dans un environnement non francophone, elle souhaite "transmettre" son expérience de l’apprentissage, mais aussi "ouvrir des échanges autour des cultures, des parcours de vie et des expériences professionnelles". Elle entend également apprendre de ses collègues et de ses étudiants vietnamiens.

Cette année lui permettra notamment de mieux comprendre les particularités linguistiques et culturelles du Vietnam afin d’enrichir ses pratiques d’enseignement. Elle s’est fixé un objectif personnel : atteindre le niveau A1 en vietnamien au terme de son séjour. Pour elle, apprendre la langue constitue aussi une manière de mieux comprendre la culture et les personnes avec lesquelles elle vivra.

Photo de famille des invités à la cérémonie.

À l’ULIS, Dàm Thu Thuy insiste, elle aussi, sur l’importance de cette rencontre directe avec les cultures francophones. Les étudiants vietnamiens n’ont pas toujours de nombreuses occasions d’échanger avec des francophones natifs ou originaires d’autres pays. La présence des volontaires leur permettra ainsi d’évoluer au quotidien dans un environnement francophone international. La diversité culturelle et linguistique ne restera donc pas une notion abstraite : elle prendra forme dans les échanges, les cours et les activités menées au sein des établissements.

Pour cette première promotion, les attentes sont donc multiples : améliorer l’apprentissage du français, accompagner les enseignants vietnamiens, enrichir les pratiques de classe et multiplier les occasions de rencontre. Une mobilité qui entend faire de la langue française non seulement un objet d’apprentissage, mais aussi un espace vivant de coopération et de dialogue interculturel.

Texte et photos : Hông Anh/CVN

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