Tràm Chim, un sanctuaire vivant de biodiversité

Dans le Delta du Mékong, le Parc national de Tràm Chim connaît une véritable renaissance. Entre restauration écologique et essor de l’écotourisme, ce site Ramsar conjugue protection de la biodiversité et durabilité pour sauvegarder la grue antigone, espèce emblématique de ce patrimoine naturel.

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Autrefois, le Parc national de Tràm Chim était une terre d’élection pour de vastes colonies de grues antigones.
Photo : VNA/CVN

Situé dans la commune éponyme, province de Dông Thap, le Parc national de Tràm Chim s’impose comme l’un des derniers vestiges précieux de l’ancienne région de Dông Thap Muoi (Plaine des Joncs), vaste zone humide du Delta du Mékong, s’étendant sur environ 690.000 ha. Ce sanctuaire naturel joue un rôle prépondérant dans la préservation de la biodiversité, tout en constituant un levier majeur pour le tourisme écotouristique durable.

Classé 2.000e site Ramsar au monde et 4e du Vietnam en 2012, Tràm Chim demeure un refuge essentiel pour les oiseaux migrateurs grâce à une mosaïque d’écosystèmes aquatiques et terrestres d’une richesse exceptionnelle. La protection de ce patrimoine naturel, associée à une valorisation raisonnée de ses paysages, s’inscrit désormais au cœur de la stratégie provinciale, conciliant impératifs environnementaux et essor économique.

Un réservoir de vie exceptionnel

Selon le Dr. Duong Van Ni, ancien directeur du Réseau des universités des zones humides du Mékong, Tràm Chim se distingue par une densité biologique rare. Les inventaires scientifiques recensent 349 espèces de phytoplancton, 130 de plantes supérieures, 161 de diatomées, près de 100 de zooplancton et 67 de poissons. Le milieu terrestre et aérien abrite quant à lui 104 espèces d’oiseaux, dont la célèbre grue antigone, 40 de reptiles et d’amphibiens et une douzaine de mammifères.

Ce sanctuaire n’est toutefois pas exempt de menaces. On y dénombre 110 espèces végétales exotiques et six espèces animales introduites, dont sept espèces envahissantes classées par le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement. Pour y faire face, le parc s’appuie sur une zone tampon de plus de 16.800 ha, consolidant son rôle de “ poumon vert” et de pôle d’attraction pour l’écotourisme régional.

Doàn Van Nhanh, directeur adjoint du Centre de conservation et de coopération internationale du Parc national de Tràm Chim, souligne qu’une stratégie de restauration ambitieuse a été élaborée en concertation avec la communauté scientifique, étroitement liée au Projet de conservation de la grue antigone.

Ce plan de sauvetage se déploie en deux étapes clés. Pour la première phrase (2024 - 2025) l’urgence est à la réhabilitation des habitats essentiels. L’objectif est de restaurer au moins 50 ha de l’herbe Eleocharis dulcis (base alimentaire des grues), 30 ha de riz sauvage (Oryza rufipogon) pur à 70%, et 20 ha de fleurs de Xyris indica. En parallèle, une intervention pédologique sur 430 ha dans les subdivisions A1, A4 et A5 visera l’amélioration des sols. La deuxième phase (2026-2032) concerne une montée en puissance est prévue pour atteindre, à l’horizon 2032, au moins 1.500 ha d’habitats restaurés, garantissant ainsi la pérennité des sources de nourriture pour les grues.

Agriculture durable et gestion de l’eau

Aire d’élevage de la grue antigone au Centre de conservation biologique du Parc national de Tràm Chim. 
Photo : VNA/CVN

Parallèlement, la province de Dông Thap a aménagé 1.623 ha de zones tampons dédiées à la riziculture biologique. Doté d’un budget de plus de 13,6 milliards de dôngs, ce programme couvre 200 ha entre 2023 et 2025. Réduisant les coûts de production et améliorant la qualité des récoltes, ce modèle écoresponsable suscite une forte adhésion des agriculteurs locaux. Selon Nguyên Van Lâm, directeur du Parc national de Tràm Chim, la gestion hydrologique demeure le facteur clé du retour durable de la grue antigone. La stabilisation du niveau des eaux et l’application de protocoles spécifiques permettent de revitaliser les prairies sèches, indispensables à la régénération de l’Eleocharis et du riz sauvage.

Ces deux dernières années, portés par des résultats écologiques encourageants, les gestionnaires du site ont renforcé leurs synergies avec les entreprises locales, les acteurs de la filière OCOP (À chaque commune son produit) et les communautés. L’objectif : concevoir des circuits touristiques immersifs où chaque visiteur devient témoin et acteur de la conservation.

Pham Duc Hoa, directeur de la zone touristique de Tràm Chim, relevant du Parc national, affirme : “ La restauration de l’écosystème dépasse largement le cadre scientifique ; elle revêt une dimension spirituelle et culturelle majeure. Le Parc National est en pleine mutation pour devenir un modèle écologique intégré, alliant préservation de la nature, essor du tourisme vert et éducation environnementale. Le projet de conservation et de développement de la grue antigone ne se limite pas à la protection d’une espèce rare ; il témoigne de l’engagement ferme et résolu de la province de Dông Thap. Cela se traduit par une mobilisation proactive des budgets publics ainsi que des ressources sociales, afin d’unir nos forces pour la sauvegarde de la biodiversité”.

Fort de sa biodiversité exceptionnelle, le Parc national de Tràm Chim s’affirme comme une destination phare du tourisme vert. L’expérience iconique reste la navigation en xuông ba lá (barque traditionnelle) au cœur des forêts de cajeputiers, offrant une immersion sensorielle entre air pur et sérénité absolue. Le parc révèle sa splendeur onirique lors de la saison des eaux (septembre à décembre), transformant le paysage en un tableau vivant où l’eau sublime la forêt.

Selon Pham Duc Hoa, la renaissance récente des tapis d’Eléocharis, des forêts de cajeputiers et des ressources aquatiques constitue le socle sur lequel le Parc national de Tràm Chim bâtit ses produits de tourisme écologique durable. Ici, le tourisme ne se limite pas à une simple promenade, mais s’affirme comme une véritable leçon d’écologie appliquée.

Pour diversifier son offre, le parc développe actuellement de nouvelles expériences immersives : vivre la saison des hautes eaux, partager le quotidien des gardes forestiers, ou encore s’initier aux techniques de pêche traditionnelles. En parallèle, une gamme de produits locaux et de souvenirs artisanaux est en cours de création.

Plus récemment, le projet “Sensibilisation au développement du tourisme d’expérience pour les résidents de la zone tampon” a été lancé. Soutenu par le Programme de microfinancements (SGP) du Fonds pour l’Environnement Mondial (GEF) via l’UNDP, ce projet aide les foyers locaux à conjuguer production économi-que et écotourisme.

Levier de subsistance

L’eleocharis dulcis, nourriture favorite des grues, prospère dans le Parc national de Tràm Chim durant la saison des crues.
Photo : VNA/CVN

Dans le cadre de cette initiative, plus de 30.000 foyers de la zone tampon bénéficient de formations aux méthodes ancestrales et durables : capture de rongeurs, pose de fascines pour la pêche ou encore reproduction du poisson Linh (Cirrhinus siamensis) pour enrichir les stocks aquatiques durant la mousson. Le projet encourage également l’apiculture et les services de guidage. Cette stratégie vise un double objectif : assurer des moyens de subsistance pérennes et stabiliser la vie des communautés tout en réduisant la pauvreté.

Bùi Minh Nguyêt, représentante de WildTour, souligne que son agence collabore étroitement avec le parc pour concevoir des circuits liés à la conservation de la grue. Outre l’observation de la faune, des programmes comme “Une journée dans la peau d’un agriculteur” permettent aux visiteurs, et notamment aux écoliers, de comprendre l’urgence de protéger les grues et l’importance d’une agriculture verte aux abords du parc.

Pour aboutir à ces résultats, le conseil d’administration du parc applique une stratégie rigoureuse. Au cours des deux dernières années, près de 100 ha d’Eleocharis ont été restaurés. Plus qu’une extension de surface, c’est une victoire qualitative : les tubercules produits constituent la nourriture favorite des grues.

De même, la forêt de cajeputiers renaît après l’incendie de 2024 grâce à une gestion hydrologique saisonnière optimisée, permettant aux racines de s’ancrer plus profondément. Cette maîtrise de l’eau a favorisé le retour d’espèces rares telles que l’Échasse blanche, le Tantale ibis ou le Canard à bosse. En 2024, le retour de sept grues antigones a marqué un signal fort pour la santé de l’écosystème.

Pham Quôc Huy, de l’Université de Dông Tháp, explique que coupler l’économie locale à l’écotourisme peut générer des revenus deux à trois fois supérieurs à l’agriculture conventionnelle. En maîtrisant la gestion des circuits touristiques et des réseaux sociaux (TikTok, Facebook, Threads...), les agriculteurs deviennent les ambassadeurs de leur propre patrimoine. L’Université prévoit d’ailleurs d’envoyer des étudiants en immersion pour aider les locaux à promouvoir ces modèles de développement durable auprès du grand public.

Huong Linh/CVN

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