>> Ambiance enchantée du Têt à la Foire du Printemps 2026
>> Un avant-goût du Têt vietnamien au Laos et au Mozambique
>> Un marché touristique animé à l’occasion du Têt du Cheval 2026
![]() |
| Fêtes du Têt à la Cour impériale des Nguyên (1802-1945) : une scène de 1923. |
| Photo : CTV/CVN |
Traditionnellement, les festivités du Têt s’étendaient du 23e jour du douzième mois lunaire - moment de la Fête des Génies du foyer (Ông Công - Ông Táo) - jusqu’à l’abaissement du mât rituel (cây nêu) le 7e jour du Nouvel An. Cependant, l’apogée du Têt se concentrait sur les trois premières journées, où se jouaient les rites essentiels.
Aujourd’hui, le Vietnam moderne a transformé cette fête, mais de nombreux usages demeurent, tandis que d’autres ne survivent que dans les archives dynastiques et les vers de la poésie ancienne.
Le Têt à la Cour impériale
À la cour des dynasties du Đai Viêt (ancien nom du Vietnam, de 1054 à 1804), le Têt n’était pas seulement une célébration sociale : il constituait un acte politique et cosmique. Avant de recevoir dignitaires et officiers, le roi, en tant que fils, devait d’abord honorer ses ancêtres. Ces offrandes introduisaient symboliquement les défunts dans la fête.
Puis, en tant que souverain du royaume, il accomplissait des rites destinés au Ciel, à la Terre et au peuple, agissant au nom de la nation tout entière.
Quand Thang Long (Hanoï) était capitale, la nuit du réveillon s’ouvrait par l’érection du cây nêu au cœur de la Cité impériale. Haut symbole protecteur, ce mât - décoré de talismans, rubans rouges, parfois d’effigies de pêches pour chasser les mauvais esprits - était considéré comme une antenne spirituelle captant la première lumière de l’année. Il indiquait au peuple que le printemps commençait réellement.
À l’aube du premier jour - entre 03h00 et 05h00, l’heure dite Tý, favorable au renouveau - le roi prenait un bain froid, signe de purification. Au même moment, des coups de canon retentissaient aux quatre portes de la citadelle, proclamant l’ouverture officielle du Têt. Le souverain revêtait alors le Hoàng bào, robe impériale neuve, avant de présider la Cour. Les mandarins, alignés selon rang et fonction, s’avançaient pour présenter le van tho, vœux de longévité.
Ensuite seulement, le roi regagnait le palais intérieur pour recevoir l’Impératrice, les concubines et les dames de Cour. Parmi la multitude de rites, deux cérémonies tenaient un rôle central, structurantes tant pour la dynastie que pour le peuple.
Le premier était la sortie impériale du printemps (xuât hành du xuân). Après la réception matinale, le souverain s’isolait brièvement pour calligraphier les sinogrammes “nghi xuân” signifiant harmonie printanière. Cette calligraphie, collée sur la porte de ses appartements, agissait comme talisman invitant le bonheur à entrer.
En parallèle, mandarins et troupes préparaient la litière impériale, polissaient les harnais, déployaient les étendards de soie. L’excursion n’était pas une promenade : elle ouvrait l’année, orientait symboliquement le destin du royaume.
![]() |
| Le Têt, moment sacré des retrouvailles au sein du foyer familial. |
| Photo : CTV/CVN |
Selon le Livre des Rites (Kinh Lê), il fallait accueillir le printemps à l’est, direction associée au bois (môc) dans la théorie des Cinq éléments. L’Est incarne la croissance, le renouveau, la vitalité. En s’y rendant, le roi “captait” l’énergie printanière pour la redistribuer symboliquement au pays.
Le cortège, immense, s’ébranlait dans une solennité impressionnante. En tête avançait la litière (moyen de transport ancien, porté à bras d’hommes) impériale, suivie des mandarins en tenue cérémonielle immaculée, puis des éléphants caparaçonnés, des chevaux finement harnachés, et des gardes formant un mur d’acier. Les armes, incrustées d’or ou d’argent, scintillaient sous la lumière du matin ; des bannières brodées claquaient au vent.
La foule, massée le long du parcours, se prosternait. Si la pluie tombait, c’était considéré comme bénédiction : promesse d’une année fertile, à la fois en récoltes et en paix. On raconte que le roi se réjouissait lui-même de sentir l’eau sur son manteau, y voyant la garantie d’un règne stable.
Après cette sortie rituelle, le retour à la Citadelle marquait l’autorisation pour les courtisans, soldats et citoyens de rentrer célébrer en famille.
Le banquet impérial comportait alors obligatoirement le Ngu Tân - les Cinq saveurs piquantes : oignon, ail, ciboulette, renouée et moutarde. Leur fonction n’était pas uniquement culinaire ou médicinale : le mot tân (piquant) est homophone de tân (nouveau), symbolisant l’entrée dans la Nouvelle Année.
Le second rituel était la cérémonie en hommage aux héros du royaume. Tôt le 3e jour du Têt, quand l’effervescence retombait, se tenait la seconde cérémonie majeure, hors de la citadelle, dans une vaste enceinte aménagée pour l’occasion.
Les officiers préparaient les animaux destinés aux sacrifices - buffles, porcs, volailles - ensuite cuisinés pour être partagés rituellement. Des autels d’encens étaient dressés pour honorer les généraux et soldats morts au combat. Ces rites affirmaient la continuité du pays, mais aussi la gratitude de la dynastie envers ceux qui avaient versé leur sang pour son existence.
Particularité remarquable du Đai Viêt : ces autels n’étaient pas réservés aux seuls héros de la Cour. On honorait aussi les généraux ennemis morts sur le sol vietnamien, leur accordant une forme d’absolution. Ce geste, à la fois politique et spirituel, traduisait un idéal de réconciliation : quand la guerre finit, l’humanité demeure.
Après avoir salué les quatre points cardinaux, le roi brûlait encens et bois d’agar, priant pour la paix du pays. Des hautbois et instruments à cordes accompagnaient la cérémonie, dont la gravité contrastait avec la festivité des jours précédents.
Une salve d’artillerie clôturait le rite, marquant la fin des cérémonies royales du Têt.
Les élixirs du Têt
![]() |
| Spectacle de tuông (opéra classique) à Nha Trang (Centre), sous la dynastie des Nguyên. |
| Photo : CTV/CVN |
Si les offrandes aux ancêtres se faisaient avec de l’alcool de riz ordinaire, les vivants consommaient surtout des liqueurs aux plantes médicinales (ruou ngâm thao môc), véritables remèdes et porte-bonheur. Trois variétés dominaient les tables aristocratiques :
Bach tuu - alcool de cyprès. Macéré à partir de copeaux de cyprès, symbole de longévité grâce à son feuillage persistant. On le buvait pour se renforcer face au froid et prolonger sa longévité.
Mâm tiêu tuu - plateau de liqueur de cornouiller. Préparée avec fleurs et fruits séchés, cette liqueur était réputée pour prévenir fièvres, dysenteries, hypertension. Le matin du jour de l’An, la jarre était présentée aux aînés sur un plateau (mâm), d’où son nom, pour leur souhaiter longévité et santé.
Đô tô tuu - élixir de la chaumière. Son origine vient d’une légende : un homme, habitant une cabane de chaume, immergea un sachet d’herbes médicinales dans un puits la veille du Têt. Le matin, il mélangea l’eau infusée avec de l’alcool et l’offrit au village. Depuis, on boit ce breuvage pour éloigner maladies et porter bonheur à la communauté.
Un héritage encore tangible
![]() |
| Reconstitution de la cérémonie d’érection du cây nêu. |
| Photo : CTV/CVN |
On observe une simplification des célébrations du Têt. Entre l’absence de pétards et des rites moins rigoureux, la fête se transforme pour s’accorder au rythme de la vie contemporaine. Les repas familiaux ont remplacé les processions impériales. Pourtant, l’âme du Têt demeure.
À la veille du Nouvel An, les familles continuent de se rendre aux cimetières, invitant les ancêtres à revenir passer le Têt à la maison. Cette croyance en la réunion du yin et du yang (âm duong đoàn viên) constitue l’essence la plus profonde du Têt - une fête où les vivants ne sont jamais seuls.
Ngoc Tiên - Huong Linh/CVN






