Le printemps arrive sur un air d’antan au marché aux fleurs de Hàng Luoc

Hanoï compte des centaines de marchés pour le Têt. Mais le marché aux fleurs de Hàng Luoc, dans le quartier de Hoàn Kiêm, suscite encore une profonde nostalgie chez les Hanoïens. Car c’est un "marché des souvenirs", un rendez-vous annuel qui existe depuis plus d’un siècle.

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Le marché aux fleurs de Hàng Luoc est le plus ancien de Hanoi. 
Photo : NDEL/CVN

À partir du quinzième jour du douzième mois lunaire environ, la rue Hàng Luoc se pare des couleurs éclatantes des fleurs de pêcher, des teintes dorées des kumquats mûrs et des fleurs blanches des abricotiers, annonçant l’arrivée du printemps. Si les marchés aux fleurs sont omniprésents durant le Nouvel An lunaire à Hanoi, celui de Hang Luoc suscite encore des émotions particulières.

Depuis le début du XXe siècle, le marché aux fleurs de Hàng Luoc est un élément culturel emblématique de la capitale. Ici, on sent l’effervescence monter chaque fois que le Têt traditionnel approche et que le printemps pointe le bout de son nez.

À la différence des marchés aux fleures modernes ouverts toute l’année, celui de Hàng Luoc n’apparaît qu’une seule fois, du quinzième jour du dernier mois lunaire jusqu’aux heures précédant le Réveillon.

Le marché de Hàng Luoc n’affiche ni l’ampleur de Quang An, ni l’agitation automobile des nouveaux marchés satellites. Il cultive son propre rythme : paisible, mesuré et empreint de finesse, à l’image de l’élégance des anciens habitants de Tràng An.

Ici, on vient certes acheter des fleurs, mais surtout retrouver une part de patrimoine. Le pêcher en fleur - symbole de raffinement dans l’art floral du Têt - y occupe une place centrale. Les branches aux nuances rosées, omniprésentes, s’accordent parfaitement à l’atmosphère feutrée des maisons-tubes anciennes.

On y voit renaître avec vigueur les traditions d’autrefois. Les coupes de narcisses, minutieusement taillées, dévoilent leurs racines d’un blanc immaculé et diffusent un parfum délicat ; les frêles mais robustes pruniers blancs suscitent également une attention particulière.

Les plantes proviennent principalement des villages de Hanoi tels que Tu Liên, Nhât Tân, Quang Ba, Ngoc Hà ou Tây Tuu. Les acheteurs observent non seulement la taille de l’arbre mais aussi la "posture", l’"âme" et l’histoire que le cultivateur y a insufflée. Choisir une branche de pêcher harmonieusement formée ou un kumquat "riche en prospérité" - portant à la fois fruits mûrs et verts, fleurs et bourgeons - est devenu un véritable rituel culturel transmis de génération en génération dans les familles du Vieux Quartier.

Nombre d’entre eux viennent aussi non pas pour acheter ou vendre, mais simplement pour ressentir l’ambiance de la fête du Nouvel An lunaire, s’amuser et prendre des photos pour capturer les couleurs du printemps

Les personnes âgées ne viennent pas nécessairement pour acheter, mais pour retrouver le rythme du Têt d’autrefois. Elles parcourent les étals familiers, contemplent le rose des pêchers, le jaune des kumquats, et échangent paisiblement sur l’art de soigner les plantes. Pour elles, c’est une manière de savourer l’espace et le temps.

Les silhouettes d’anciens méditant devant un pêcher sculpté, ou de jeunes femmes en áo dài immortalisant l’instant printanier auprès de kumquats chargés de fruits, composent un tableau urbain aux multiples nuances.

Ici, nul ne se presse. On vient respirer l’air frais de fin d’hiver, ressentir chaque détail de l’espace hanoïen et apaiser son esprit à l’approche de la nouvelle année.

La pérennité du marché de Hàng Luoc à travers les bouleversements de l’histoire témoigne de la vitalité des traditions urbaines de Hanoï. Cette foire annuelle agit comme un repère temporel, rappelant une capitale élégante, raffinée et attachée à ses racines.

Chaque branche rapportée du marché ne porte pas seulement les couleurs du printemps : elle emporte avec elle le souffle des rues, l’histoire d’une ville passée par de profondes transformations tout en préservant son identité culturelle singulière.

VNA/CVN

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