>> Traçabilité, contrôle et sensibilisation : la stratégie de Khanh Hoà contre la pêche INN
>> Lutte contre la pêche INN : Quang Tri durcit la gestion de sa flotte
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| Navires de pêche des pêcheurs de Quang Ngai (Centre). |
| Photo : VOV/CVN |
Plus de huit années de réformes menées avec persévérance contribuent aujourd’hui à façonner progressivement une pêche plus moderne, responsable et durable.
Ces huit dernières années ont toutefois constitué une période particulièrement difficile pour la pêche vietnamienne. Depuis l’application du "carton jaune" par la Commission européenne en octobre 2017, la mer n’est plus agitée seulement par les tempêtes naturelles. Des dispositifs de surveillance éteints au milieu de la nuit, des cargaisons de poissons dont l’origine ne peut être retracée ou encore le risque de pénétrer dans les eaux étrangères… autant de situations susceptibles d’entraîner de lourdes conséquences pour les pêcheurs comme pour l’ensemble du secteur.
Le sigle INN provient de l’expression anglaise Illegal, Unreported and Unregulated fishing, qui désigne la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Il s’agit d’un phénomène que la communauté internationale s’efforce de contrôler afin de protéger les ressources halieutiques et de préserver un ordre de gestion durable des océans.
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| Le Comité national de pilotage contre la pêche INN se réunit chaque semaine avec les provinces côtières. |
| Photo : VOV/CVN |
Pour le Vietnam, l’avertissement du "carton jaune" ne constitue pas seulement une mesure technique liée au commerce international. Il entraîne également d’importantes répercussions sur les exportations de produits de la mer. Selon la réglementation européenne, toutes les cargaisons de produits halieutiques exportées vers l’Union européenne doivent faire l’objet d’un contrôle strict des documents attestant leur origine. Cette exigence allonge les délais de dédouanement, augmente les coûts d’inspection et conduit parfois à l’annulation de certaines commandes faute de répondre aux critères de traçabilité.
En conséquence, les exportations vers le marché européen ont rencontré de nombreuses difficultés au cours des huit dernières années. Cette situation a eu un impact direct sur l’économie maritime de plusieurs localités, affectant la vie de dizaines de milliers de pêcheurs et l’image du Vietnam sur la scène internationale.
M. Long, un entrepreneur spécialisé dans l’achat de produits halieutiques dans la province de Quang Ngai, explique que le potentiel et les volumes de pêche dans la région restent très importants. Cependant, la majorité des bateaux accostent dans des ports privés qui ne répondent pas aux exigences européennes en matière de traçabilité. De ce fait, de nombreuses entreprises ne peuvent exporter que vers des marchés asiatiques, tandis que les exportations vers l’Europe ont fortement diminué.
Des changements sur chaque sortie en mer
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| Les pêcheurs débarquent leurs prises pour les vendre aux commerçants. |
| Photo : VOV/CVN |
Avec le renforcement du contrôle de l’origine des captures, de nombreux bateaux ne remplissant pas les conditions requises ont dû rester à quai. Parallèlement, la baisse des prix d’achat des produits de la mer et l’augmentation des coûts du carburant et des activités de pêche ont contraint certains pêcheurs à réduire leurs activités, voire à se reconvertir.
Plus encore, les pêcheurs ont dû modifier des habitudes de travail ancrées depuis des décennies. Désormais, ils doivent tenir des journaux de pêche, mettre à jour leur itinéraire en mer et respecter strictement les réglementations relatives aux zones de pêche.
Trân Van Doàn, 60 ans, pêcheur du hameau Dông Duc, dans la commune de Dông Trach (province de Quang Tri), explique qu’avant chaque sortie en mer, le dispositif de surveillance doit être activé au moins deux heures à l’avance. Lorsque le bateau quitte le port, tous les documents nécessaires doivent être contrôlés. Pendant la pêche, la position du navire doit être transmise à terre toutes les six heures.
Selon lui, ces règles strictes ont d’abord suscité des difficultés pour les pêcheurs, mais elles sont progressivement devenues une habitude. La conscience du respect de la loi en mer s’est nettement renforcée.
"Pour lever rapidement le carton jaune, il faut sanctionner sévèrement les cas de violation des eaux étrangères. C’est la seule manière de dissuader efficacement", estime-t-il.
Une restructuration du secteur halieutique
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| À Dông Trach (province de Quang Tri, Centre), les autorités locales et les forces compétentes scellent des bateaux de pêche non conformes. |
| Photo : VOV/CVN |
L’avertissement de la Commission européenne a obligé le Vietnam à revoir en profondeur l’ensemble de son système de gestion de la pêche. Au cours des dernières années, le Bureau politique, le Secrétariat du Parti et le Gouvernement ont adopté de nombreuses orientations et mesures déterminées pour lutter contre la pêche IUU et obtenir la levée du carton jaune.
La position constante du Vietnam consiste à considérer la lutte contre la pêche INN non seulement comme une exigence extérieure, mais aussi comme une mission essentielle pour développer une économie maritime durable, protéger les ressources halieutiques et améliorer les conditions de vie des pêcheurs.
Les solutions mises en œuvre s’étendent du niveau central aux autorités locales : perfectionnement du cadre juridique, contrôle des bateaux dits "trois sans" (sans immatriculation, sans licence et sans inspection technique), recours accru aux technologies de surveillance, sanctions renforcées et accompagnement de la reconversion professionnelle des pêcheurs.
La Loi sur la pêche adoptée en 2017 constitue une base importante pour cette réforme. Elle introduit notamment des règles plus strictes concernant la traçabilité des produits de la mer, l’installation de dispositifs de surveillance des navires, la gestion des captures et les sanctions en cas d’infractions, conformément aux normes internationales.
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| Les gardes-frontières sensibilisent à la lutte contre la pêche INN. |
| Photo : VOV/CVN |
Selon Nguyên Quang Hùng, vice-directeur du Département des pêches et de la surveillance halieutique, la Commission européenne a dépêché à plusieurs reprises des missions d’inspection au Vietnam afin d’évaluer la mise en œuvre des recommandations liées à la lutte contre la pêche INN.
Ces missions ont reconnu les efforts du Vietnam pour améliorer son cadre juridique et renforcer l’application de la loi, tout en formulant de nouvelles recommandations visant à perfectionner la gestion du secteur.
"Ces dernières années, l’application de la loi a été menée de manière très coordonnée et déterminée. La partie européenne nous demande également d’intensifier les sanctions administratives et de garantir qu’aucune zone ne soit exclue du traitement des infractions", explique M. Hùng.
Un contrôle renforcé en mer
Parallèlement aux réformes politiques, la gestion des navires de pêche en mer a été considérablement renforcée.
Les provinces côtières ont établi des mécanismes de coordination interprovinciale afin de partager les informations sur les navires à risque, ceux qui perdent leur signal de surveillance ou qui franchissent les limites autorisées. Cette coopération contribue à une gestion plus cohérente de la flotte de pêche.
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| Les provinces côtières ont établi des mécanismes de coordination interprovinciale afin de partager les informations sur les navires à risque. |
| Photo : VNA/CVN |
Dans la province de Quang Tri, les gardes-frontières jouent un rôle central dans le contrôle des bateaux entrant et sortant des ports ainsi que dans la surveillance des activités en mer.
Le lieutenant-colonel Mai Xuân Truong, commissaire politique du poste frontalier de Ly Hoà, indique que les forces de garde-frontière coopèrent étroitement avec les services des pêches, les autorités de contrôle, la police et les administrations locales pour vérifier les cas de perte de signal ou de franchissement des limites maritimes.
Le traitement des infractions liées à la pêche INN est également devenu plus strict. Les simples rappels à l’ordre ont progressivement laissé place à des sanctions plus fermes et concrètes. Les propriétaires de navires et les capitaines doivent désormais assumer directement leur responsabilité en cas de violation.
"Le gouvernement a récemment adopté des décrets augmentant les amendes et élargissant les pouvoirs de sanction. Une application rigoureuse de ces mesures est indispensable pour dissuader les infractions et renforcer l’efficacité de la lutte contre la pêche IUU", souligne le lieutenant-colonel Truong.
Des progrès notables
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| Un officier de la garde-frontière de la ville de Huê (Centre) inspectent les navires avant leur sortie en mer pour la pêche hauturière. |
| Photo : VOV/CVN |
Dans les provinces du Centre, où se concentre une grande partie de la flotte de pêche vietnamienne, la lutte contre la pêche IUU a enregistré des avancées significatives.
Plus de 98% des navires de pêche de plus de 15 mètres sont désormais équipés d’un système de surveillance par satellite (VMS), certaines provinces atteignant même un taux de 100 % pour les navires opérant en haute mer.
Les cas de violation des eaux étrangères ont également fortement diminué. Des provinces comme Quang Tri et Ninh Thuân n’ont enregistré aucun incident de ce type depuis plusieurs années.
Les autorités locales maintiennent des centres de surveillance fonctionnant 24 heures sur 24 afin de suivre les activités de la flotte grâce au système VMS. En cas de perte de signal ou de franchissement suspect des limites autorisées, les autorités contactent immédiatement les propriétaires des navires.
Dans les grands ports de pêche, les contrôles des entrées et sorties de navires sont également renforcés. Les capitaines doivent présenter tous les documents nécessaires et remettre leurs journaux de pêche. Les volumes de captures sont surveillés afin de garantir la traçabilité des produits.
De nombreuses localités ont également résolu le problème des navires "trois sans" en les intégrant au système de gestion ou en supprimant leur enregistrement lorsqu’ils ne remplissent pas les conditions requises.
Parallèlement, les campagnes de sensibilisation juridique se sont intensifiées. Dans plusieurs régions, l’ensemble du système politique participe à la mobilisation des pêcheurs afin qu’ils respectent les règles de la pêche responsable.
Des défis persistants
Malgré ces résultats encourageants, la levée du "carton jaune" reste confrontée à plusieurs défis.
Certaines violations des eaux étrangères subsistent encore. Quelques navires ne disposent toujours pas d’équipements de surveillance ou éteignent volontairement leurs dispositifs lorsqu’ils prennent la mer.
Le système de traçabilité des produits halieutiques demeure encore incomplet et manque d’harmonisation, tandis que certaines sanctions restent jugées insuffisamment dissuasives.
Selon Hoàng Hai Minh, vice-président du Comité populaire de la ville de Huê, les autorités locales mettent en œuvre des mesures strictes pour éliminer ces infractions.
Tous les navires doivent être équipés de dispositifs de surveillance afin de maintenir un contact permanent avec la terre et d’éviter toute intrusion dans les eaux étrangères. Quant aux bateaux ne remplissant pas les conditions nécessaires, ils sont placés sous une surveillance étroite, allant jusqu’au démontage ou au verrouillage du gouvernail pour empêcher toute sortie en mer.
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| Dispositifs de surveillance du trajet des navires de pêche. |
| Photo : VOV/CVN |
Dire "non à l’INN" n’est plus seulement un slogan : c’est devenu une condition de survie pour le secteur de la pêche.
Le vice-Premier ministre Trân Hông Hà a demandé aux autorités locales de ne permettre sous aucun prétexte aux navires non conformes de prendre la mer. Les administrations communales doivent assumer directement leur responsabilité si de tels cas se produisent.
Ces derniers mois, les forces compétentes ont également mené plusieurs opérations de contrôle visant les navires non immatriculés ou non conformes afin de prévenir tout risque d’infraction.
Du "carton jaune" à l’"horizon vert"
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| Des forces compétences inspectent un navire avant son départ du port. |
| Photo : VOV/CVN |
Dans les faits, la levée du "carton jaune" ne dépend pas uniquement d’équipements techniques ou d’investissements matériels. Elle suppose avant tout la mise en place d’un système de gouvernance transparent et responsable, depuis le niveau central jusqu’aux autorités locales, en passant par les forces de contrôle et les pêcheurs eux-mêmes.
La pêche IUU ne constitue pas seulement une infraction à la loi. Elle prive la mer de ses ressources, pénalise les pêcheurs respectueux des règles et fragilise la réputation du Vietnam sur les marchés internationaux.
Le "carton jaune" de l’Union européenne représente certes un avertissement sévère, mais aussi une opportunité pour le Vietnam de restructurer son secteur halieutique et de l’orienter vers un modèle plus durable et plus moderne.
Si ces réformes sont menées à bien, elles permettront non seulement au Vietnam de lever rapidement cette sanction, mais aussi de renforcer sa crédibilité sur les marchés internationaux et de préserver durablement les ressources marines - source de subsistance pour des millions de personnes vivant le long du littoral.
Car derrière les règles strictes de la lutte contre la pêche IUU se joue en réalité bien plus qu’une question commerciale : il s’agit de la survie des océans et de celle des communautés humaines qui vivent de la mer.
Mai Quynh/CVN











