Transplantation : le Vietnam, nouveau leader de l’Asie du Sud-Est

Comblant deux décennies de retard, la médecine vietnamienne multiplie désormais les prouesses techniques. Devenue leader régional, elle transforme le don de vie en une mécanique de précision qui sauve des milliers de patients.

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Une équipe médicale rend hommage à un donneur avant le prélèvement de ses organes. 
Photo : CTV/CVN

Bien qu’ayant débuté environ deux décennies après de nombreux pays dévelop-pés, la transplantation d’organes au Vietnam réalise aujourd’hui des exploits qui font la fierté de la communauté médicale. Plus de 30 ans après la première greffe de rein en 1992, ce secteur est entré dans une phase de croissance fulgurante, tant sur le plan technique que dans la capacité de coordination nationale.

Selon le Centre national de coordination des transplantations d’organes humains, le Vietnam a réalisé à ce jour près de 10.000 greffes. Pour la seule période 2022-2024, une moyenne de plus de 1.000 interventions a été effectuée chaque année dans 31 hôpitaux, propulsant le Vietnam au rang de leader en Asie du Sud-Est en termes de nombre de greffes.

Du rêve à la réussite

Longtemps absent de la cartographie internationale du don et de la transplantation (1992-2021), le Vietnam a été répertorié pour la première fois par les instances internationales en 2022, marquant un tournant décisif.

Le Pr. Dr. Dào Xuân Co, directeur de l’Hôpital Bach Mai à Hanoï, souligne qu’aucune spécialité ne suscite autant d’émotion et de compassion que la transplantation. Pour un patient en insuffisance rénale terminale dépendant de la dialyse, le moment où le nouveau rein est greffé et commence à sécréter de l’urine avant même la fermeture de l’abdomen est, selon lui, “aussi miraculeux qu’un prodige”. C’est l’instant où la médecine touche à la frontière fragile entre la vie et la mort.

Une transplantation cardiaque réalisée à l’Hôpital universitaire de médecine et de pharmacie de Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : CTV/CVN

Une intervention particulièrement marquante a eu lieu lors de la nuit du 6e jour du Nouvel An lunaire (22 février). Face au décès d’un jeune homme suite à la rupture d’une malformation vasculaire cérébrale, sa famille a surmonté sa douleur pour accepter un don d’organes multiples. Immédiatement, le système national de coordination a été activé pour identifier les receveurs compatibles sur la liste d’attente. En quelques heures, des équipes de Hô Chi Minh-Ville et d’autres provinces ont convergé vers l’Hôpital Bach Mai, à Hanoï.

Le cœur a été transporté en urgence vers Hô Chi Minh-Ville malgré les embouteillages massifs de l’après-fête. Grâce au soutien de la police et des compagnies aériennes, seulement six heures après avoir quitté Hanoï, le cœur battait à nouveau dans la poitrine d’un enfant de 11 ans. Cette nuit-là, des centaines de soignants de sept hôpitaux différents ont travaillé sans relâche.

Au matin, huit vies ont été sauvées. Parmi elles, un homme de 64 ans souffrant de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) a reçu une greffe de poumon ; un foie a été scindé pour sauver un nourrisson de 23 mois et un patient atteint de cirrhose décompensée due à l’hépatite C.

“Ces accomplisse-ments n’étaient que des rêves lorsque j’étudiais aux États-Unis il y a 20 ans. Aujourd’hui, les médecins vietnamiens maîtrisent non seulement les greffes de cœur, de foie et de poumon, mais aussi la technique complexe du +split liver+(foie partagé, Ndlr)”, confie fièrement le Pr. Dào Xuân Co.

Expertise et coordination

Transfert du greffon cardiaque de Hanoï vers Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : CTV/CVN

Le Pr. Dr. Dông Van Hê, du Centre national de coordination, précise que le Vietnam maîtrise désormais la greffe de six organes : rein, foie, cœur, poumon, pancréas et intestin. La greffe de rein prédomine (environ 9.000 cas), suivie du foie (plus de 750) et du cœur (plus de 120), tandis que les greffes de poumons et multi-organes complexes progressent.

Le taux de survie post-greffe est remarquable : 90-95% pour le rein, 80-90% pour le foie et 85-90% pour le cœur. De nombreuses patientes greffées ont pu mener des grossesses à terme, et certains patients maintiennent leur greffon pendant 25 à 30 ans. L’année 2025 a marqué un jalon historique avec la première double transplantation cœur-poumon réussie au pays.

Cette réussite n’est pas seulement chirurgicale. Comme l’explique le Dr. Trân Công Duy Long (Hôpital universitaire de médecine et de pharmacie de Hô Chi Minh-Ville), la transplantation est la quintessence d’une collaboration pluridisciplinaire : chirurgie, anesthésie-réanimation, soins intensifs, imagerie, pharmacie et rééducation.

Le Pr. Dào Xuân Co estime que ”le secteur prospère car le Vietnam a su bâtir une chaîne de soins intégrée, allant du diagnostic de mort cérébrale à la coordination nationale, en passant par la conservation, le transport et le suivi à long terme”. La sélection des receveurs se fait de manière aléatoire et transparente via le système informatique.

Parti avec 20 ans de retard, mais porté par une détermination politique, un cadre juridique solide et la générosité de la population, le secteur national de la transplantation au Vietnam réduit l’écart et affirme sa position sur l’échiquier médical mondial. Pour l’avenir, le Pr. Co insiste sur la nécessité de renforcer la communication pour faire évoluer les mentalités sur le don d’organes et sauver encore plus de vies.

Huong Linh - P. Thuy/CVN

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