Le Vietnam veut accélérer sa transition vers une économie de l’innovation

Face aux limites d’un modèle de croissance fondé sur une main-d’œuvre bon marché, le Vietnam mise désormais sur la science, les technologies de pointe, l’innovation et la transformation numérique pour renforcer sa compétitivité et soutenir un développement plus durable.

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Nguyên Thanh Nghi, chef de la Commission centrale des politiques et des stratégies du Parti, lors du colloque "Innover pour un modèle de développement national fondé sur la science, la technologie, l’innovation et la transformation numérique", le 26 mai à Hai Phong. Photo : VNE/CVN

Le modèle de croissance fondé sur une main-d’œuvre bon marché atteint aujourd’hui ses limites, et le Vietnam doit impérativement se tourner vers une économie axée sur la technologie, les données et l’innovation. C’est ce qu’a déclaré Nguyên Thanh Nghi, chef de la Commission centrale des politiques et des stratégies du Parti, lors du colloque national intitulé "Innover pour un modèle de développement national fondé sur la science, la technologie, l’innovation et la transformation numérique", organisé fin mai à Hai Phong (Nord). Cet événement s’inscrivait dans le cadre de l’élaboration par le Vietnam d’un projet portant sur ce même thème, qui sera soumis au Comité central du Parti.

Réforme globale

Selon lui, après près de 40 ans de réformes, le modèle de développement vietnamien a contribué de manière significative à la transformation de l’économie. D’un pays en développement, le Vietnam devrait afficher le 32e PIB mondial d’ici 2025, se classant ainsi parmi les 15 premiers pays en termes de volume d’échanges commerciaux.

Cependant, son modèle de croissance actuel présente de nombreuses limites : il reste fortement dépendant du capital, du travail et de l’exploitation des ressources ; la productivité, la qualité et la compétitivité demeurent faibles ; et sa capacité d’innovation ainsi que de maîtrise technologique reste limitée.

Dans le contexte du développement rapide de l’intelligence artificielle, du big data, du cloud computing et de l’Internet des objets, la science et la technologie, l’innovation et la transformation numérique ne sont plus de simples moteurs de croissance économique, mais constituent désormais le fondement de la compétitivité nationale, de l’autonomie stratégique et de la sécurité du développement.

"Il ne s’agit pas seulement d’une nécessité objective, mais aussi d’un choix stratégique déterminant pour l’avenir du pays", a-t-il déclaré.

Les industries de haute technologie, telles que les semi-conducteurs et l’industrie pharmaceutique, nécessitent un approvisionnement énergétique stable. 
Photo : VNA/CVN

Citant les propos du secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, Nguyên Thanh Nghi a indiqué que le Vietnam se trouvait face à une opportunité historique d’entrer dans une nouvelle ère, nécessitant une réforme fondamentale du modèle de développement, fondée sur le savoir, la technologie, les données et l’humain.

Soutenant qu’il est urgent d’établir un nouveau modèle de développement, doté d’une identité propre et centré sur l’humain, le Professeur-Docteur Nguyên Xuân Thang, président du Conseil central de la théorie, a souligné que les modèles de croissance, de développement et de socialisme vietnamien doivent être appréhendés comme trois cercles concentriques.

Par conséquent, la réforme du modèle de développement ne doit pas se limiter à l’économie, mais englober une réforme globale de la pensée en matière de développement, des méthodes de leadership, de la gouvernance nationale et de l’allocation des ressources.

D’après lui, le nouveau modèle doit non seulement répondre à la question de savoir comment parvenir à la croissance, mais aussi à celle de sa finalité, de ses bénéficiaires et des valeurs qui la sous-tendent.

"Le but ultime du développement n’est pas seulement le PIB ou le taux de croissance, mais aussi la qualité de vie, le bonheur et les perspectives d’épanouissement des habitants", a-t-il affirmé.

Francesca Nardini, représentante résidente adjointe du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Vietnam, lors du colloque. Photo : VNE/CVN

D’un point de vue international, Francesca Nardini, représentante résidente adjointe du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Vietnam, a estimé que le Vietnam avait réalisé des progrès "sans précédent" au cours des trois dernières décennies, maintenant une forte croissance tout en sortant des millions de personnes de la pauvreté.

Cependant, "le Vietnam doit entrer dans une nouvelle phase de transformation afin de hisser son économie à un niveau de développement supérieur".

La représentante du PNUD a mis en lumière le phénomène du "chaînon manquant", à savoir une grave pénurie d’entreprises de taille moyenne capables de stimuler la croissance. Les petites et moyennes entreprises (PME) et les microentreprises représentent actuellement 96% à 97% du nombre total d’entreprises, mais elles sont confrontées à d’importantes limitations en matière de ressources.

Citant les résultats de l’enquête 2025 de la Banque mondiale, Francesca Nardini a indiqué qu’il subsistait un écart important en matière d’adoption technologique entre les entreprises à investissement direct étranger (IDE) et les entreprises nationales.

Si des groupes pionniers comme FPT, Viettel et Vingroup introduisent avec succès l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies sur le marché, les PME n’ont pas toujours la capacité de les absorber et de les diffuser à l’ensemble de l’économie.

Un autre obstacle majeur réside dans le déficit de recherche et développement (R&D). Malgré une vision ambitieuse, les investissements vietnamiens en R&D restent inférieurs à 1% du PIB, un niveau nettement inférieur à celui de pays de la région comme la Thaïlande, la Malaisie, la Chine ou la République de Corée.

S’il est nécessaire de porter ce taux à 2%, la représentante du PNUD a insisté sur l’importance d’investissements stratégiques afin d’éviter une approche dispersée.

Trois priorités

Pour transformer les idées novatrices en gains de productivité concrets, Francesca Nardini a proposé trois solutions clés pour le Vietnam.

La première consiste à renforcer les capacités nationales en soutenant fortement les PME dans l’application des technologies et en consolidant les liens entre les entreprises nationales et les secteurs d’investissement direct étranger, afin de favoriser une participation plus active aux chaînes de valeur mondiales.

La deuxième vise à accélérer la commercialisation des technologies, à réduire l’écart entre la recherche et le marché, à renforcer le système de propriété intellectuelle, à valoriser le rôle des universités et à mettre en place un mécanisme de financement coordonné.

La troisième priorité porte sur le renforcement des infrastructures fondamentales, notamment la modernisation du réseau électrique conformément à la Résolution 70. Les industries de haute technologie, telles que les semi-conducteurs et l’industrie pharmaceutique, nécessitent en effet un approvisionnement énergétique stable et ne peuvent tolérer aucune interruption.

Selon la représentante du PNUD, dans la perspective d’un développement plus poussé, l’objectif ultime ne doit pas se limiter aux seuls chiffres de la croissance économique, mais viser avant tout le bien-être, la sécurité et la qualité de vie de la population.

Ce principe doit constituer le fil conducteur de toute réforme du modèle de développement du Vietnam.

Quê Anh/CVN

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