"Le Nobel n’est pas une destination, mais un point de départ"

Il y a un siècle, lorsque Max Planck formulait l’hypothèse des quanta d’énergie, presque personne n’aurait pu imaginer que cette découverte, alors purement scientifique, poserait les fondations de l’informatique quantique, des communications quantiques ou encore des capteurs quantiques d’aujourd’hui.

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Vo Xuân Hoài, directeur adjoint du Centre national d’innovation (NIC). Photo : Trân Huân/CVN

Pour Vo Xuân Hoài, directeur adjoint du Centre national d’innovation (NIC), c’est aussi l’une des grandes leçons que le Vietnam doit retenir : pour maîtriser les technologies stratégiques du XXIe siècle, l’investissement prioritaire ne doit pas porter uniquement sur des équipements coûteux, mais avant tout sur la science fondamentale, les talents et un écosystème d’innovation capable de faire émerger et de nourrir des idées audacieuses.

Toute révolution technologique commence par une question

Si l’intelligence artificielle transforme aujourd’hui notre manière de travailler, les technologies quantiques pourraient à leur tour bouleverser notre façon de calculer, de transmettre l’information et d’explorer le monde naturel. Ce n’est donc pas un hasard si de nombreux pays considèrent le quantique comme l’une des technologies stratégiques du XXIe siècle et sont prêts à investir des dizaines de milliards de dollars pour prendre une longueur d’avance dans la compétition technologique mondiale.

Selon Vo Xuân Hoài, pour comprendre pourquoi le quantique pourrait constituer un tel tournant, il faut remonter plus d’un siècle en arrière, à l’époque où étaient posées les premières pierres de la physique quantique.

En 1900, Max Planck formulait son hypothèse des quanta d’énergie. Lui succédèrent notamment Albert Einstein et son explication de l’effet photoélectrique, Erwin Schrödinger et son équation d’onde quantique, ainsi que Paul Dirac, dont les travaux ont profondément contribué aux fondements de la physique moderne.

À l’époque, presque personne n’imaginait que ces recherches, apparemment réservées aux laboratoires, deviendraient plus d’un siècle plus tard le socle de technologies appelées à transformer le monde.

Au cours des trois dernières décennies, plusieurs prix Nobel de physique ont continué à récompenser des travaux ayant ouvert la voie à l’ère des technologies quantiques. Des méthodes de refroidissement et de piégeage des atomes par laser aux techniques de contrôle de systèmes quantiques individuels, en passant par les expériences sur l’intrication quantique, ces recherches ont toutes contribué à bâtir les fondations scientifiques de l’informatique, des communications et des capteurs quantiques.

Vo Xuân Hoài au Vietnam Quantum Roadshow - VQR1 Gia Lai (Conférence internationale consacrée aux sciences quantiques et aux semi-conducteurs destinée au grand public), le 27 juillet dans la province centrale de Gia Lai.
Photo : ICISE/CVN

Ce qui mérite réflexion, c’est que la plupart de ces travaux n’avaient pas d’application pratique au moment de leur publication. Ce n’est qu’après plusieurs décennies de développement qu’ils sont devenus les fondations de secteurs industriels représentant aujourd’hui des milliers de milliards de dollars.

"Toute révolution technologique commence par des découvertes scientifiques fondamentales".

Ce constat permet non seulement de comprendre pourquoi les grandes puissances continuent d’investir résolument dans la recherche fondamentale, mais aussi d’éclairer la voie que le Vietnam doit emprunter s’il veut prendre part à la course aux technologies quantiques.

Car, dans l’histoire des sciences, les inventions qui ont changé le monde sont rarement nées de la volonté de créer immédiatement un produit commercial. Elles sont d’abord issues de la volonté de comprendre les lois de la nature, de la persévérance à poursuivre des questions qui peuvent sembler modestes, mais qui sont susceptibles d’ouvrir une nouvelle ère.

Maîtriser le quantique ne consiste pas simplement à acheter des technologies

Si la science fondamentale constitue le point de départ de toute révolution technologique, la question qui se pose au Vietnam est désormais de savoir comment transformer les connaissances en capacité de compétitivité nationale.

Selon le dirigeant du NIC, les technologies quantiques sortent aujourd’hui des laboratoires pour entrer dans la vie réelle à un rythme bien plus rapide que prévu. L’informatique quantique pourrait permettre de résoudre des problèmes qui demanderaient plusieurs dizaines d’années aux supercalculateurs actuels ; les communications quantiques ouvrent la voie à des niveaux de sécurité pratiquement inégalés ; tandis que les capteurs quantiques pourraient entraîner des avancées majeures dans la santé, l’énergie, l’aérospatiale ou encore la défense.

C’est pourquoi de nombreux pays ont fait du quantique une technologie stratégique et engagé des investissements de long terme dans la recherche, la formation et l’innovation.

Le Vietnam ne reste pas à l’écart de cette dynamique. Le Parti et l’État ont identifié la science, la technologie, l’innovation et la transformation numérique comme des moteurs du développement national ; les technologies quantiques figurent notamment parmi les domaines prioritaires pour la période à venir.

Cependant, un avantage technologique ne peut être construit par la seule importation de machines ou l’acquisition d’équipements de pointe.

"Pour maîtriser les technologies quantiques, nous ne pouvons pas nous contenter d’acheter des équipements ou d’importer des technologies"

L’enjeu essentiel est de bâtir un écosystème d’innovation suffisamment solide, dans lequel universités, instituts de recherche, entreprises, fonds d’investissement, start-up et pouvoirs publics collaborent pour transformer les connaissances en produits, en technologies et en valeur économique.

Selon lui, les technologies de rupture ne peuvent émerger que dans un environnement qui encourage la créativité, accepte l’expérimentation et est prêt à investir dans de nouvelles idées, même lorsque leurs résultats ne sont pas immédiatement visibles.

C’est également ce que démontre l’expérience des pays à la pointe du quantique : investir dans la science fondamentale n’est pas une dépense, mais un investissement dans la compétitivité des décennies à venir.

Un écosystème fondé sur la confiance et les connexions

Évoquant le développement de la science quantique au Vietnam, Vo Xuân Hoài s’attarde sur le rôle du Professeur Trân Thanh Vân et de la Professeure Lê Kim Ngoc, qui œuvrent depuis plus de trois décennies à travers l’association "Rencontres du Vietnam" et le Centre international de science et d’éducation interdisciplinaires (ICISE).

Le couple de scientifiques les Professeurs Trân Thanh Vân (droite) et Lê Kim Ngoc à l'ICISE.
Photo : ICISE/CVN

À ses yeux, l’essentiel ne réside pas seulement dans les infrastructures construites, mais dans leur capacité à connecter la communauté scientifique internationale au Vietnam.

Grâce à leur prestige et à leur engagement, 19 lauréats du prix Nobel ainsi que des milliers d’experts internationaux sont venus au Vietnam pour donner des cours, échanger sur le plan académique et inspirer de nombreuses générations de jeunes chercheurs.

Vo Xuân Hoài évoque également un souvenir personnel. Il y a plus de 10 ans, alors qu’il poursuivait ses études en France, il avait bénéficié d’une bourse Odon Vallet, attribuée par l’association Rencontres du Vietnam. Ce qu’il retient le plus n’est pas la valeur matérielle de cette bourse, mais le dévouement avec lequel le couple Trân Thanh Vân - Lê Kim Ngoc s’est investi pour accompagner les jeunes.

"Le Professeur Trân Thanh Vân ne m’a pas seulement accordé une bourse. Il m’a également transmis sa confiance, sa motivation et l’inspiration nécessaire pour continuer à contribuer à la société"

Selon lui, plus de 50.000 élèves et étudiants ont à ce jour bénéficié des bourses attribuées par le couple Trân Thanh Vân - Lê Kim Ngoc. Nombre d’entre eux sont devenus scientifiques, entrepreneurs ou experts et contribuent aujourd’hui au développement du Vietnam et du monde.

Plus important encore, nombre d’anciens boursiers reviennent à leur tour soutenir les générations suivantes, créant ainsi un cercle vertueux de transmission des connaissances, de responsabilité et de volonté de contribuer à la société.

Le Professeur Odon Vallet (droite) décerne des bourses Vallet aux étudiants ayant obtenu les meilleurs résultats à l'examen d'entrée à l'université en 2015. 
Photo : Quy Trung/VNA/CVN

C’est également le socle d’un écosystème d’innovation durable : sa plus grande richesse ne réside pas seulement dans les travaux de recherche réalisés, mais dans la transmission de l’esprit scientifique d’une génération à l’autre.

Toute découverte commence par "Pourquoi ?"

S’il fallait retenir un message transversal de l’intervention de Vo Xuân Hoài, ce serait sa confiance dans le pouvoir de la curiosité.

En revenant sur l’histoire de la physique quantique, on constate que la plupart des découvertes qui ont changé le monde sont nées de questions apparemment simples : Pourquoi la lumière possède-t-elle ces propriétés ? Pourquoi les atomes se comportent-ils différemment de ce que nous observons dans notre quotidien ?

Ce sont précisément ces questions, en apparence modestes, qui ont ouvert la voie à une nouvelle ère technologique.

"L’innovation ne commence pas dans les laboratoires les plus modernes. Elle commence par la curiosité, la volonté d’oser poser des questions et le désir d’explorer". 

Selon lui, à l’ère de la connaissance ouverte, de l’intelligence artificielle et des réseaux de coopération mondiaux, la distance entre un étudiant et un innovateur n’a jamais été aussi courte.

Le Vietnam a donc besoin non seulement de davantage de scientifiques, mais aussi de davantage de jeunes capables de rêver, de faire de la recherche, d’entreprendre et de poursuivre les grandes questions auxquelles l’humanité est confrontée.

Le Professeur Serge Haroche, lauréat du prix Nobel de physique 2012, s'exprime à la conférence internationale "100 ans de physique quantique", le 7 octobre 2025 à l'ICISE. 
Photo : VNA/CVN

En conclusion de son intervention, Vo Xuân Hoài estime que le prix Nobel ne doit pas être considéré comme la destination ultime de la science vietnamienne.

"Pour le Vietnam, les prix Nobel ne sont pas seulement une source d’inspiration. Ils nous rappellent aussi l’importance de créer un environnement propice à la recherche, à la détection et à l’accompagnement des talents". 

Ce n’est qu’en construisant un écosystème suffisamment solide pour faire émerger les talents, encourager la recherche fondamentale et renforcer les synergies entre l’État, les universités, les instituts de recherche et les entreprises que le Vietnam pourra progressivement s’intégrer davantage aux chaînes de valeur technologiques mondiales et apporter sa contribution, par l’intelligence et le talent vietnamiens, au progrès de l’humanité.

Câm Sa/CVN

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