L’aspiration du Vietnam à travers le parcours du Renouveau : Bâtir la confiance

Le Dôi moi (Renouveau) n’a pas seulement consisté à transformer un modèle économique, mais avant tout à engager une "libération" profonde et courageuse des modes de pensée.

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Magasin de commerce d’État au début des années 1980. 
Photo : Photo d'archives : VNA/CVN

De l’abolition du système de subventions à la libéralisation des prix, aux réformes monétaires et financières, jusqu’à l’instauration d’un cadre juridique pour l’économie privée et l’ouverture à l’intégration internationale, ces décisions charnières ont permis de libérer les ressources sociales et de sortir le Vietnam de la crise.

Plus important encore, à travers les politiques publiques, la confiance de la population et des entreprises a été progressivement rétablie, devenant le socle d’un développement durable.

Les germes de la réforme dans l’adversité

Au milieu des années 1980, l’économie vietnamienne sombrait dans une crise globale. En 1986, l’inflation atteignait 774,7%, la monnaie se dépréciait fortement et les salaires étaient parfois versés en nature. Le système de distribution subventionné ne parvenait plus à satisfaire les besoins élémentaires, tandis que le marché noir supplantait le marché officiel. Les dérives sociales se multipliaient, la vie quotidienne s’enlisait dans un sentiment d’impasse, et la confiance dans les politiques publiques comme dans l’avenir s’érodait.

Dans ce contexte, le Dôi moi, lancé par le Parti lors du VIe Congrès (1986), apparaissait comme l’unique issue. Toutefois, la transition vers une économie de marché fut loin d’être aisée, tant la pensée de la planification centralisée et du système bureaucratique subventionné était profondément ancrée. L’économie de marché restait perçue comme antagoniste au bloc socialiste, ce qui rendait la transformation idéologiquement conflictuelle.

Ouvriers dans une usine textile à Hô Chi Minh-Ville au début du Dôi mới. Le textile-habillement a été identifié comme l’un des secteurs d’exportation clés du Vietnam dès la période du Dôi mới (1988). 
Photo : VNA/CVN

Néanmoins, les premiers signaux d’"ouverture" apparurent rapidement. Dès 1977, le Décret 115-CP sur l’investissement étranger, puis la Loi sur l’investissement étranger adoptée par l’Assemblée nationale juste après le VIe Congrès, envoyèrent un message clair de réforme. Ces initiatives pionnières posèrent les bases de l’attraction des investissements directs étrangers (IDE) et de l’intégration internationale, alors même que le pays subissait encore l’embargo et l’isolement.

Mais l’impulsion décisive pour rétablir la confiance vint de l’agriculture. La Résolution 10-NQ/TW de 1988 du Bureau politique, connue sous le nom de "Khoán 10", accorda aux agriculteurs des droits d’usage à long terme sur les terres et les reconnut comme acteurs centraux de la production. Libérée, la productivité agricole explosa, la production vivrière augmenta fortement, permettant au Vietnam de passer de la pénurie à l’excédent et de devenir l’un des principaux exportateurs mondiaux de riz.

Cette base ouvrit la voie à la phase de réformes la plus globale et la plus déterminée, entre 1990 et 1992. En peu de temps, une série de politiques clés furent adoptées : la Loi sur les sociétés et la Loi sur les entreprises privées de 1990 "légalisèrent" pour la première fois le secteur privé ; la Loi sur l’investissement étranger fut révisée dans un sens plus ouvert. Surtout, la Constitution de 1992 reconnut officiellement une économie à plusieurs composantes, fonctionnant selon les mécanismes du marché sous la gestion de l’État, marquant un tournant décisif vers l’économie de marché à orientation socialiste.

Le président du Conseil d’État, Võ Chí Công, signant l’ordonnance de promulgation de la Constitution de 1992. 
Photo : Minh Điền/TTXVN.

Parallèlement aux réformes institutionnelles, l’État procéda progressivement à la libéralisation des prix, supprima le système de double taux de change, unifia le taux de change selon les signaux du marché et mit fin aux subventions à l’import-export, afin de stabiliser l’économie macroéconomique, de maîtriser l’inflation et de favoriser l’intégration internationale. L’ensemble constitua un tremplin essentiel pour la forte croissance économique ultérieure.

La confiance, devenue une ressource

Selon le Docteur en économie Nguyễn Đình Cung, ancien directeur de l’Institut central de recherche sur la gestion économique, les deux premières années des années 1990 ont constitué "la réforme la plus radicale de l’histoire économique moderne du Vietnam". Le principal goulet d’étranglement de l’époque ne résidait ni dans le manque de capitaux ni dans la pénurie de biens, mais dans un mécanisme de répartition des ressources non fondé sur le marché, qui annihilait les incitations à produire. L’État fixait les prix, subventionnait les intrants et les extrants et intervenait directement dans les entreprises, entraînant la paralysie de la production, l’épuisement du budget public et l’évasion des acteurs vers l’économie informelle.

"La politique monétaire a alors été durcie, des taux d’intérêt réels positifs ont été appliqués afin de juguler l’inflation et de restaurer la confiance dans la monnaie. Les tickets de rationnement ont disparu non seulement par volonté politique, mais aussi parce que le marché disposait désormais de suffisamment de biens, notamment grâce aux acquis du Khoán 10. Résultat : l’inflation est passée de trois chiffres à deux chiffres en seulement quelques années", explique le Dr. Nguyễn Đình Cung.

Production de vilebrequins pour véhicules à moteur à la société Diesel Sông Công. 
Photo : VNA/CVN

La réforme des entreprises publiques fut également menée avec une grande fermeté. Environ 6.000 entreprises d’État, principalement au niveau des districts, furent dissoutes en raison de leur inefficacité chronique et de leurs pertes prolongées ; les subventions furent supprimées. Cette décision "douloureuse mais nécessaire" ouvrit la voie à l’essor du secteur privé national, tandis que les flux d’IDE commencèrent à affluer à mesure que l’embargo était levé.

L’année 1994 marqua un tournant majeur dans la pensée du Parti et de l’État avec l’adoption de la Loi sur l’encouragement de l’investissement national, suivie de la Loi sur les entreprises d’État et de la Loi sur les coopératives, ouvrant la voie à la liberté d’entreprendre et à l’enrichissement légitime des Vietnamiens, et consolidant une économie à composantes multiples.

Les deux "ailes" de la réforme - le marché intérieur et l’intégration internationale - volaient désormais dans la même direction. En particulier, la normalisation des relations avec les États-Unis, l’adhésion à l’ASEAN, puis la signature de l’Accord commercial bilatéral Vietnam - États-Unis (BTA) en 2000 ouvrirent de nouveaux horizons de développement. Les exportations connurent une croissance rapide, devenant le principal moteur de l’économie.

Le point culminant de cette vague de réformes institutionnelles fut l’adoption de la Loi sur les entreprises et de la Loi sur l’investissement en 2005, établissant un cadre juridique unifié pour tous les secteurs économiques, ouvrant la voie à l’adhésion du Vietnam à l’OMC en 2007 et attirant un flux record d’IDE en 2008, avec plus de 64 milliards de dollars de capitaux enregistrés.

Évoquant ces décisions historiques, Manuela V. Ferro, vice-présidente de la Banque mondiale pour l’Asie de l’Est et le Pacifique, a souligné que le choix audacieux d’ouvrir l’économie et de faire des exportations une priorité dès la fin des années 1980 figurait parmi les facteurs clés du succès du Vietnam aujourd’hui.

Le Dr. Nguyễn Đình Cung, ancien directeur de l’Institut central de recherche sur la gestion économique, au Forum économique du Vietnam 2025. 
Photo : VNA/CVN

Le Dr. Nguyễn Đình Cung affirme également que le plus grand succès du Đổi mới ne réside pas uniquement dans la croissance du PIB, mais dans l’établissement d’un ordre économique fondé sur le marché et l’État de droit. Lorsque l’État passe du rôle de "substitut" à celui de "facilitateur", lorsque les entreprises et les citoyens sont dignes de confiance, l’économie peut fonctionner efficacement. Cela se reflète concrètement dans la vie quotidienne : des marchés plus animés, des biens plus abondants, davantage d’emplois, et une population qui commence à épargner et à investir à long terme. D’une société préoccupée par la survie quotidienne, le pays est passé à une société qui se soucie de l’éducation, de l’emploi et de l’avenir des générations futures.

Certes, les réformes ne réussissent pas toujours pleinement. La résurgence de mécanismes de "sollicitation-octroi" ou certains modèles de groupes publics inefficaces montrent que la réforme institutionnelle doit être constamment renouvelée et consolidée. Mais il est indéniable que le Dôi moi, en particulier au début des années 1990, a constitué un tournant historique.

"Le Dôi moi a recréé la confiance : celle que des citoyens responsabilisés sauront s’enrichir de manière légitime, et qu’un marché guidé par des institutions adéquates alloue les ressources plus efficacement que les injonctions administratives", souligne le Dr. Nguyễn Đình Cung.

Phuong Mai/CVN

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