L’ancienne église de Hai Ly, premier site témoin du changement climatique au Vietnam

L’ancienne église de Hai Ly, dont le clocher se dresse à présent au bord des flots, vient d’être reconnue par le Comité populaire de la province de Ninh Binh comme site touristique de la zone témoin du changement climatique.

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L’ancienne église de Hai Ly en juillet 2026.
Photo : Lê Hoàng/CVN
L’ancienne église de Hai Ly en octobre 2025.
Photos : Tuong Linh/CVN


Il s’agit du premier site témoin de cette nature consacré au Vietnam. Le Comité populaire de la commune de Hai Tiên s'est vu confier la responsabilité d’assurer la gestion, l’exploitation et le développement de ce pôle touristique dans le respect de la réglementation en vigueur. Les Services provinciaux du tourisme, des finances, de la construction, de l’agriculture et de l’environnement, de concert avec la Police provinciale, sont chargés de coordonner leurs interventions et d’accompagner le Comité populaire de la commune de Hai Tiên afin de garantir l’efficacité, la sécurité et la pérennité du projet.

Érigé il y a environ un siècle, l’édifice repose directement sur la plage, au-delà de la digue actuelle, ses vestiges et son clocher se dressant à proximité immédiate des vagues. Ces ruines appartiennent à l’ancienne église du Sacré-Cœur de Jésus, un monument architectural intimement lié à la naissance et à l’essor du vieux village de pêcheurs de Xuong Diên, désormais rattaché à la commune de Hai Tiên.

Xuong Diên constitue un espace de peuplement littoral depuis la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle. Au fil de leur installation, les résidents ont érigé des digues et conquis des terres sur la mer pour élargir les surfaces cultivables et protéger les bourgs. Entre 1864 et 1885, la levée de Ngu Hàm, longue de près de 12km, a été bâtie, contribuant à la sécurisation et à l’extension de ces nouveaux espaces.

Cependant, la zone subit en permanence l’assaut des tempêtes, des houles et de l’érosion. En 1925, près de 3 km de la digue longeant le littoral de Hai Ly ont cédé. En 1990, environ 1,5 km d’ouvrages endommagés ont nécessité un recul de 150m vers l’intérieur des terres. En 2005, le secteur de Xuong Diên - Van Ly recensait un front de côte soumis à une érosion continue sur environ 700m.

En l’espace d’un siècle, l’érosion a provoqué la disparition de 0,5 à 1 km de terres côtières à Hai Hâu. Le rivage de Xuong Diên tend ainsi à reculer sous l’action combinée des vagues, des courants marins, des vents et des tempêtes, le dérèglement climatique s’imposant comme l’un des moteurs majeurs de ce phénomène.


Le professeur associé et docteur en sciences Vu Cao Minh, ancien directeur adjoint de l’Institut de géologie relevant de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam, considère que la localisation actuelle du clocher matérialise visuellement les mutations du trait de côte ainsi que les efforts consentis par les populations pour défricher, aménager et défendre les zones maritimes.

"Le fait qu’un édifice bâti il y a près de 100 ans se trouve aujourd’hui sur la plage, à l’extérieur de la digue, représente une source documentaire inestimable pour analyser l’histoire des métamorphoses côtières. Cela démontre également de quelle manière les habitants ont dû continuellement renforcer les levées, préserver leurs terres et maintenir leurs activités productives face aux rigueurs de la nature", a confié Vu Cao Minh.

À ses yeux, la valeur de l’église ne se limite pas à ses restes architecturaux, mais réside aussi dans la cohérence entre l’ouvrage, la ligne de rivage, le dispositif de protection maritime et l’histoire humaine du peuplement. Il s’agit d’une typologie de site témoin singulière au Vietnam et particulièrement rare à l’échelle internationale.

L’ancienne église de Hai Ly en août 2026.
Photo : Lê Hoàng/CVN

L’expérience mondiale enseigne que les structures et vestiges frappés par l’érosion, la montée des eaux ou les calamités naturelles peuvent être sauvegardés pour nourrir la recherche, la pédagogie et le tourisme. Au Royaume-Uni, les deux tours de l’église Sainte-Marie du village de Reculver, dans le comté du Kent, ont ainsi été préservées pour illustrer l’impact des assauts de la mer.

Aux États-Unis, certains vestiges associés à des crises climatiques extrêmes sont conservés au sein d’espaces mémoriels, de parcs et de réserves. Au lendemain de l’ouragan Katrina en 2005, des infrastructures et des symboles liés au drame ont été mobilisés pour perpétuer le souvenir des pertes et aider les communautés à mieux appréhender les risques naturels.

À Taïwan (Chine), un parc commémoratif dédié aux éboulements et coulées boueuses du village de Siaolin a vu le jour après le typhon Morakot en 2009. Ce lieu rend hommage aux victimes tout en soutenant l’éducation, la recherche et le partage d’expertises en matière de prévention des catastrophes.

Selon le Professeur associé Vu Cao Minh, ces exemples prouvent que les sites témoins de crises naturelles peuvent faire office de supports documentaires visuels à condition d’être protégés, documentés et valorisés adéquatement.

La portée d’une zone témoin ne se résume pas à la simple conservation d’un bâtiment. Elle doit également permettre aux citoyens de saisir les raisons de sa présence en ces lieux, la façon dont le rivage a évolué et les réactions des populations. C’est à cette seule exigence que le site acquiert une véritable épaisseur scientifique, éducative et touristique, a-t-il affirmé.

Aux abords de l’ancienne église de Hai Ly se déployent la plage de Thinh Long, ainsi que les traditions, les arts culinaires et les modes de vie caractéristiques des communautés de pêcheurs locaux. Pour Vu Cao Minh, si elle bénéficie d’une protection, d’une restauration et d’une mise en valeur réfléchies, la région pourrait s'imposer comme une destination touristique ancrée dans l’histoire du peuplement, la défense des terres et les métamorphoses du littoral.

La consécration de cet espace en tant que site touristique ouvre de belles perspectives pour valoriser le patrimoine tout en rappelant l’impérieuse nécessité de sauvegarder les éléments architecturaux subsistants, le paysage environnant et les archives relatives à l’évolution de la côte.

Thu Huong/CVN

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